Actions synchronisées
« Tout a commencé par une grosse colère du président », raconte, un peu amusé, Yannick Neuder, président de la communauté de communes Bièvre Isère communauté (BIC), lors de la réception d'élus de Cœur de Savoie, une intercommunalité savoyarde, le 28 août, à Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs. Cette réaction, Yannick Neuder l'a eue lorsqu'il a eu vent en 2015 de projets de méthaniseurs répartis sur son territoire parce qu'il « fallait organiser les choses pour pouvoir aboutir ». A la même période, de nombreux remous secouaient l'émergence du méthaniseur d'Apprieu face à un groupe d'opposants virulents. « Au même moment, nous étions en réflexion sur le futur plan local d'urbanisme intercommunal », rappelle le président de BIC. Alors la question de l'acceptabilité de méthaniseurs en Bièvre a été posée aux 54 maires concernés. Plus de 50 se sont montrés favorables. Quatre sites ont été retenus dans le PLUI pour l'implantation : Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs, La Côte-Saint-André, Saint-Jean-de-Bournay et Nantoin. Les dossiers des trois premiers seront bouclés d'ici la fin de l'année.
Concertation
« La visite en Savoie d'une installation de méthanisation située en plein cœur du village a emporté notre décision », souligne Michel Veyron, maire de Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs et ancien agriculteur. La méthode utilisée a toujours été la concertation, d'abord avec les élus, puis avec la population au travers de réunions publiques. « Il faut aller au-delà des clivages », estime Yannick Neuder. C'est pour cela qu'une avancée concomitante des collectivités, des porteurs de projets, des agriculteurs et des opérateurs est nécessaire. « C'est un succès collectif, résume-t-il, mais cela reste plus facile pour les projets solaires et la méthanisation que pour l'éolien. »
Les maires des communes de l'ensemble de la Bièvre ont compris les enjeux : la transformation d'une contrainte réglementaire (la mise aux normes des stockages d'effluents d'élevage), synonyme de charges pour les agriculteurs, en un investissement bénéfique. « Cela représente le même coût, mais va générer un complément de revenus », selon le président de BIC, par ailleurs vice-président du conseil régional. Les projets vont être organisés autour de société détenues par les agriculteurs mais dont les études ou certains investissements seront soutenus par la Région Auvergne Rhône-Alpes, le Département de l'Isère, BIC et l'Ademe. Des dossiers dans lesquels tout le monde sort gagnant, des agriculteurs aux populations locales au bénéfice de la planète. Ce n'est pas rien.
Jean-Marc Emprin
Projet 100% agricole
Le projet de méthaniseur Agri Méthabièvre, présenté à la délégation d'élus savoyards de l'intercommunalité Cœur de Savoie le 28 août, regroupe neuf exploitations et 20 agriculteurs de six communes. Le capital de la SAS est détenu à 100% par les agriculteurs, ce qui implique la maîtrise des matières entrantes, des épandages de digestat sur les terres agricoles et surtout les bénéfices de la société au profit des porteurs de projet. « Nous ne nous connaissions pas tous, reconnaît Damien Chevalier, président de la société et associé du Gaec des 13 fontaines, mais nous travaillons tous en Cuma, ce qui facilite le fonctionnement. » Accompagné par la chambre d'agriculture, Agri Méthabièvre va traiter 27 000 tonnes de matières par an pour une production de 12 000 MWh et un débit de 140Nm3/h soit l'équivalent de la consommation de 1 000 foyers.
« Notre problème résidait dans la gestion des effluents et la mise aux normes, explique Damien Chevalier. Il n'y a qu'un seul céréalier dans notre projet. » 80% des matières seront des effluents d'élevage (fumier pailleux, compact, mou, lisier, purin ou lactosérum). L'apport de cultures intermédiaires à vocation énergétique (Cive) d'hiver ou de cultures dédiées génériques ne sont là que pour assurer la continuité des apports et l'équilibre nécessaire pour que le méthaniseur fonctionne correctement. A noter aussi 450 tonnes de poussières de céréales ingurgitées par l'installation. Autant de déchets qui vont produire du méthane directement utilisable dans les réseaux et donneront un amendement de qualité, sans odeur.