Agneau de l'adret : l'anticipation rémunératrice
Petit cousin de l'agneau de Sisteron, l'Agneau de l'adret est une filière de qualité mise en place en Rhône-Alpes en 1994 pour se démarquer au sein d'un marché ultra-concurrentiel, tout en garantissant un certain niveau de rémunération. Plus de 330 éleveurs de la grande région Auvergne-Rhône-Alpes y souscrivent. Il y a cinq ans, la filière a fait le pari du Label rouge. Pour l'obtenir, les éleveurs doivent garantir que leurs agneaux sont issus de races rustiques locales, qu'ils bénéficient d'une surface minimum et qu'ils sont nourris au moins pendant deux mois avec le lait de leur mère (plus de 55% d'autonomie alimentaire). Ne sont par ailleurs commercialisés que les agneaux de moins de six mois, de conformation U et R. Les agneaux allaités artificiellement sont exclus de la démarche ainsi que les agneaux engraissés issus des troupeaux laitiers.
Prix incitatifs
Le respect de ce cahier des charges, pour exigeant qu'il soit, est récompensé par une plus-value qui varie de 40 centimes à un euro selon la saison. Autrement dit selon la demande du marché, celui-ci connaissant deux accélérations dans l'année, l'une à Pâques et l'autre à l'automne. Chez Agneau Soleil, qui livre 75 % des volumes en Rhône-Alpes (label Agneau de l'adret) et Paca (label Agneau de Sisteron) et, à ce titre, fait figure de locomotive pour la filière, une politique de prix incitative a été mise en place, qui permet aux éleveurs d'anticiper la production. « Un calendrier des plus-values pour l'année n+1 est envoyé aux producteurs, explique Bruno Damiens, éleveur ardéchois et président de l'Association de promotion de l'agneau de l'adret, qui gère et défend l'appellation. A l'heure qu'il est, le calendrier 2019 est déjà dans les exploitations. Les éleveurs peuvent ainsi caler leur production sur les prix les plus intéressants et programmer leurs luttes en fonction. » C'est ce que fait Sylvain Pascal, éleveur dans le Trièves, même s'il ne profite pas pleinement du système : « J'essaie de m'adapter par rapport aux dates d'agnelage, mais quand on va en alpage, on ne peut pas faire agneler en juillet. On ne ne peut donc pas profiter des plus-values de l'automne. Mais c'est bien pour les sédentaires. » L'éleveur n'en apprécie pas moins le label et la sûreté des revenus qu'il implique.
Pour Bruno Damiens, « la filière est loin d'être perdue : les prix sont intéressants, mais la consommation est fragile ». Il est donc impératif de mettre en adéquation la production et la demande, et non l'inverse. Tout cela s'organise. « C'est par une plus-value plus importante à l'automne qu'on peut inciter les producteurs à décaler leurs agnelages. » Et donc enclencher un cycle vertueux, qui profite à toute la filière ovine : en matière de prix, les infos circulent vite dans les campagnes...
Marianne Boilève