Agri-Emploi, le petit groupement d'employeurs qui monte, qui monte...
En dépit d'un printemps calamiteux qui lui a fait perdre près de 2 000 heures de mise à disposition en maraîchage, Agri-Emploi affiche un bilan 2013 plus qu'honorable. Avec 81 contrats et 22 500 heures de mise à disposition au total, le groupement d'employeurs isérois enregistre deux fois plus d'activité qu'en 2012, ce qui correspond à 14 équivalents temps plein (ETP), contre 9,54 l'année précédente. La raison de ce « bond en avant » ? Un vigoureux travail de prospection auprès des agriculteurs, qui a permis de recruter 19 nouveaux adhérents (soit 54 au total), essentiellement des éleveurs de gros animaux, très demandeurs d'emplois partagés, et des nuciculteurs. Les intempéries de l'automne ont en effet permis au groupement d'employeurs de démontrer sa réactivité. Une équipe de saisonniers a rapidement été mise en place pour prêter main-forte aux producteurs de noix contraints au ramassage manuel sur leur exploitation, comme ce fut le cas dans certaines communes particulièrement affectées par la grêle et les fortes pluies (Quincieu, Serre Nerpol, La Forteresse...). D'autres producteurs de noix, séduits par la possibilité de faire appel à du personnel qualifié, formé à la conduite d'engins, ont également rejoint le groupement d'employeurs à l'automne. « Nous avons comptabilisé 2 500 heures de mise à disposition, qui ont permis d'amortir les manques du printemps », confirme Thibault Boucher, chargé de mission à Agri-Emploi.
Confiance
Cette évolution est-elle conjoncturelle ? Sans doute pas, mais il est encore trop tôt pour le dire. Cela étant, ces emplois, comme dans d'autres productions (arboriculture, maraîchage...), sont par nature saisonniers. Ce qui n'est pas le cas de ceux créés dans la filière lait (élevage de petits et gros animaux, transformation fromagère...), où une demande en main-d'œuvre régulière et permanente permet de développer des emplois pérennes. La diminution de l'astreinte, la gestion du troupeau et l'aide aux travaux saisonniers (parcs, foin, culture...) par un ouvrier qualifié, spécifiquement formé, constituent des arguments de poids pour « convaincre » un éleveur d'embaucher un salarié partagé. Il n'en reste pas moins que Thibault Boucher et sa collègue Sariah Donzel-Gargand ont un gros travail de pédagogie à mener pour lever un certain nombre de freins, comme la crainte d'un engagement dans la durée en raison d'un manque de visibilité économique ou la peur d'une mésentente avec le salarié... Mais avec le temps et le bouche-à-oreille, la notoriété du service augmente. Certes, Agri-Emploi n'a pas encore atteint les 17 ETP potentiels recensés au moment de son lancement, mais il n'en est pas loin. Son président, Martial Durand, lui-même éleveur laitier à Montrevel, a d'ailleurs fixé le cap de 20 ETP pour la fin 2014 : « L'augmentation de 150% de l'activité en 2013 montre qu'Agri-Emploi a une certaine assise dans le département. Mais si nous voulons attirer de nouveaux adhérents, il faut aussi trouver de nouveaux salariés et faire en sorte de les garder en rendant les emplois motivants. Pour moi, les deux mots-clés sont la communication et la confiance. Il faut que les deux partenaires, le salarié et l'employeur, soient contents l'un de l'autre. Pour cela, il faut que le premier soit formé et que le second apprenne à déléguer certaines tâches. Or un éleveur laitier, par exemple, a parfois du mal à laisser ses vaches... »
Relations humaines
Voilà pourquoi, tout autant que sur la prospection, Agri-Emploi mise sur l'information et... la formation. Information des agriculteurs, pour qui le recours au salariat partagé peut être une solution, voire un soulagement en cas de surcharge de travail ou d'accident de la vie. Les chargés de mission d'Agri-Emploi ne cachent pas pour autant à leurs interlocuteurs que, même si le groupement d'employeurs s'occupe de toute la partie administrative et peut jouer le rôle de « tampon » en cas de problème ou de conflit, les contraintes existent : il faut savoir écouter le salarié, le prévenir des aléas et ne pas lui confier que de basses besognes. Embaucher un salarié, même quelques heures par semaine, est aussi une affaire de relations humaines...
Autre axe prioritaire d'Agri-Emploi : la formation. Outre les sessions organisées dans le cadre du dispositif Adema (1) qui ont permis à une quinzaine de personnes de découvrir les métiers de l'agriculture, le groupement d'employeurs s'efforce de développer des formations en lien avec la demande du terrain. Près de 80 salariés ont ainsi suivi une formation en 2013 (taille des arbres fruitiers, éclaircissage des abricotiers suite à la grêle, récolte des abricots, tri et conditionnement des cerises...). Mais la plus emblématique est celle qui a été organisée dans la filière noix. Suite à un travail de fond engagé avec le Comité interprofessionnel de la noix de Grenoble (CING) qui avait fait remonté certains besoins de la profession, sept salariés d'Agri-Emploi ont été formés à la conduite d'engins pour la récolte des noix. Ils ont ainsi appris à atteler, dételer et manœuvrer une remorque, conduire une ramasseuse, manipuler un vibreur et assurer l'entretien de base du matériel. Plébiscitée par les salariés, les employeurs et le financeur (2), cette formation devrait être reconduite à l'automne prochain. Et Martial Durand, qui aimerait voir se développer ce genre de partenariat, de rappeler à ses collègues agriculteurs : « L'investissement dans une ferme, ce n'est pas que du matériel... »
(1) Accès des demandeurs d'emploi aux métiers agricoles.
(2) La formation était financée par le Fonds d'assurance formation des salariés des entreprises et exploitations agricoles (Fafsea).
Marianne Boilève
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Production |
Nbre d'adhérents |
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Elevage gros animaux |
18 |
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Arboriculture |
18 |
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Elevage petits animaux |
8 |
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Horticulture-pépinière |
3 |
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Bois |
1 |
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Petits fruits |
2 |
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Maraîchage |
2 |
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Transformation fromagère |
1 |
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Elevage équin |
1 |
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TOTAL |
54 |
Un mouton à cinq pattes ? Ça se trouve...
Pas simple de dénicher un mouton à cinq pattes ! En Oisans, ils étaient plusieurs adhérents de l'Apao (1) à songer à vouloir partager un salarié (1). Mais où trouver une personne capable de s'occuper de brebis, traire des chèvres et fabriquer du fromage, récolter des petits fruits et extraire du miel... sans avoir peur des routes de montagne ? Après avoir hésité longtemps, trois exploitants sont allés frapper à la porte d'Agri-Emploi. Il a d'abord fallu se mettre d'accord sur un profil de poste assez atypique : un CDD de sept mois à mi-temps sur trois productions (élevage caprin, ovin et petits fruits) avec transformation pour certaines. « C'est vrai que ce n'est pas simple de tomber sur quelqu'un qui accepte de tout faire, mais ça existe », témoigne Cécile Strauss, de la ferme du Rivier (Allemont). En 2013, la publication de l'offre débouche sur cinq candidatures. Cette année, six. En janvier, Léa Poudret, une jeune Iséroise détentrice d'un bac agricole CGEA, décroche le poste partagé entre cinq exploitations (deux de plus que l'an dernier).Léa a effectivement tout du mouton - ou plus exactement de la jolie brebis - à cinq pattes. Ses études l'ont conduite à faire un stage en élevage caprin, elle aime la polyvalence et prépare un BTS horticulture en alternance, dans l'optique de s'installer par la suite en plantes aromatiques. « Quand on m'a parlé de ce poste, j'ai trouvé ça tip top, s'enthousiasme Léa. Je cherchais du travail en Rhône-Alpes, mais à chaque fois je suis tombée sur des élevages de 200 chèvres. Trop gros pour moi. Là, ce sont des petites fermes, où l'on peut me laisser la main sur tout ce qu'il y a à faire. » La jeune femme est bien consciente de la nécessité de s'adapter à chaque exploitation, à chaque manière de faire, ce qui peut présenter des difficultés. « Je vais apprendre plein de choses ! », rétorque-t-elle. Et le fait de devoir changer chaque jour de lieu de travail, de jongler avec les horaires, de n'être rémunérée que sur la base d'un mi-temps ? « C'est aussi le mode de vie que je veux avoir... Et puis je n'ai pas besoin de gagner des mille et des mille : je prépare mon BTS. » Le seul frein à l'embauche de Léa a étét l'établissement d'un planning cohérent, convenant à la fois aux employeurs et à Léa, tout en tenant compte des contraintes légales, notamment en termes d'amplitude horaire. Mais quand on sait qu'Albane, la salariée qui était en poste l'an dernier, est en cours d'installation dans le département, on se dit que cela vaut la peine de phosphorer un peu...M.B.(1) Association de promotion de l'agriculture en Oisans.