Agricultrice et équilibriste
Very busy (1) mais toujours disponible. C'est à ce difficile exercice que se livre chaque jour Séverine Deschamps, agricultrice à Saint-Chef, mais aussi enseignante à la MFR de Mozas et accessoirement, secrétaire de la société d'agriculture du canton de Morestel. Cette institution locale accueille le concours départemental d'élevage ce week-end.
Profil recherché
Cette hyperactive est représentative de la place qu'ont prise les femmes dans l'agriculture. Très investies dans leurs entreprises mais aussi à la recherche d'un équilibre global. « Je voulais devenir véto, révèle l'éleveuse, mais des circonstances particulières en ont décidé autrement il y a 20 ans. Et puis j'ai rencontré Didier ». Son conjoint n'est autre que Didier Brechet, président de Cerfrance Isère. Mais si la voie vétérinaire ne s'est pas ouverte, la jeune femme a trouvé du travail immédiatement et en 2002 est devenue formatrice à la MFR de Mozas. « Un profil recherché aujourd'hui par ces établissements car les formateurs / professionnels de l'agriculture sont rares dans les effectifs », explique-t-elle. C'est un milieu dans lequel elle se sent bien car « j'ai envie de transmettre mon expérience, la réalité du terrain, le concret que les jeunes doivent connaître pour ne pas se planter plus tard ». Et pour cette boulimique de la relation humaine, le poste est idéal.
Souplesse d'organisation
« Mais alors que j'étais à temps plein à la MFR, j'ai eu besoin de trouver un équilibre et d'être plus présente au sein de l'exploitation. Je suis donc devenue salariée à mi-temps des deux côtés, chose possible grâce à la souplesse d'organisation que permet la structure de formation berjalienne. » Une necessité aussi pour pallier les déplacements de plus en plus nombreux de Didier Bréchet impliqué dans plusieurs organisations professionnelles. « Je suis multitâche polyvalente dans l'exploitation », avoue Severine Deschamps après une brève hésitation pour trouver les mots exacts sur ses compétences. « Je fais la traite, le paillage, un peu d'administratif, mais le matériel ce n'est pas ma tasse de thé. Je fais aussi, s'il y a besoin, l'andainage, la réparation des clôtures ou la conduite de la bétaillère, même si notre salarié à mi-temps fait l'essentiel de ces tâches. »
Malgré ces activités énergiques, l'agricultrice ne regrette pas de ne pas être devenue vétérinaire. « Je suis passionnée d'animaux, mais avec l'expérience dans notre élevage, je me dis que quelquefois je n'aurais pas eu la force physique pour réaliser certaines interventions » se rappelant des vêlages au cours desquels le vétérinaire requis « a beaucoup souffert ». Pas que lui visiblement.
Viscéral
Cet attachement aux bêtes, l'éleveuse veut l'expliquer à tous ses interlocuteurs. Le concours départemental en est une bonne occasion par les moments propices qu'il peut fournir pour parler du métier à des gens qui en ignorent tout. « La population ne comprend pas l'attachement viscéral qui nous lie à nos bêtes, se désole-t-elle. Dans notre région, les troupeaux sont plutôt modestes (à peine plus d'une cinquantaine de vaches laitières en production dans l'exploitation), ce lien affectif est obligatoire ».
« C'est assez naturellement que la commune s'est portée volontaire pour l'accueil du concours d'élevage, car le président de la société d'agriculture, Richard Armanet, est persuadé comme moi de la nécessité d'expliquer notre métier. Il faut échanger avec les gens alors que nous avons affaire à une société de l'image.»
Caractères complémentaires
Etre une femme dans ce milieu réputé macho n'est plus un problème. « En 20 ans, j'ai vu les changements. Les hommes laissent la place aux femmes qui ont envie de s'investir. Nos caractères se complètent souvent, la femme prenant plus de recul et n'allant pas directement au clash en cas de désaccord comme cela peut arriver pour certains hommes. Dans les jeunes générations, celles que je côtoie à la MFR, on voit aussi que les jeunes femmes ne s'en laissent pas conter et savent recadrer « les mecs ». Ce qui a fait avancer les choses, c'est aussi le véritable statut auquel peuvent accéder les femmes dans les exploitations. La sécurisation de leur avenir financier car il faut préparer la retraite, a influencé l'égalité avec leur conjoint. Nous bénéficions des luttes des générations précédentes, même s'il reste encore beaucoup à faire. »
A 40 ans, l'agricultrice aimerait aussi préparer un avenir moins contraint. « Nous partons dix-douze jours en vacances par an, à l'étranger, explique-t-elle. Cet objectif nous fait tenir toute l'année. Mais j'aimerais pouvoir me dégager un week-end tous les quinze jours. » Car si la quadragénaire voue une attirance pour l'Amérique profonde, elle est aussi passionnée de moto, de Harley-Davidson en particulier. Alors ne la branchez pas la dessus, elle pourrait être intarissable...
(1) Très occupée