Agroécologie : des choix de conduite agile
« Il n’y a pas de révolution, assure Adrien Raballant, nouveau responsable de la ferme du lycée agricole de la Côte-Saint-André. Plutôt une adaptation à un nouvel environnement, car l’évolution en agriculture ne peut pas se faire d’un coup. » L’exploitation qu’il dirige est entrée dans l’ère de l’agro-écologie : « c’est une façon de concevoir le système de production en s’appuyant sur l’éco-système », précise-t-il à son auditoire lors d’une demi-journée de présentation du projet agro-écologique de la ferme. Si le terme est relativement nouveau, les pratiques sont déjà anciennes, mais éparses et pas forcément raisonnées dans un ensemble cohérent. « Utiliser des auxiliaires pour limiter la pression des ravageurs est une pratique habituelle. On peut penser au recours aux trichogrammes dans les maïs par exemple. La possibilité existe mais elle est insuffisamment répandue. Il faut se battre pour qu’il y en ait davantage. Les agriculteurs ont encore trop de pression les encourageant à recourir aux traitements. » En 2016, « l’indice de fréquence de traitement est moins bon, parce qu’il y avait moins de trichogrammes dans notre secteur », avance-t-il.
Série de choix techniques
Jean-Philippe Magnière, responsable technique au sein de l’exploitation agricole, entre dans les détails : mettre en place l’agro-ecologie dans les pratiques entraîne une série de choix techniques. « Nous visons l’autonomie alimentaire totale du troupeau, la diminution de la consommation d’engrais azoté minéral et de pesticides et des économies d’eau. » Vaste programme. Le troupeau de vaches laitières a dû être recalibré, de 50 à 40 bêtes traites, avec des vêlages tout au long de l’année. La ration est composée de maïs ensilage et de luzerne, à part égale. Le tout est complété par du tourteau de soja de la ferme et des rebuts d’épis de maïs issus de la production de semences. 4 ha de pâture sont dédiés à l’alimentation des 40 vaches. Le troupeau ovin a été réduit et la race changée : des brebis mérinos (métis) d’Arles ont remplacé « l’excellent troupeau de romanes ».
L’assolement a également évolué afin de garder 20 à 25 ha de cultures de rentes à haute valeur ajoutée constituées de maïs et de soja semence. Si les premères évolutions dates de la saison 2014/2015, c’est l’année culturale 2015/2016 qui est la vraie première année de l’expérience. « Nous avons donné du tourteau expeller aux vaches ainsi que de la luzerne ensilée, explique J.P. Magnière. Nous avons une autonomie totale pour l’atelier lait avec une augmentation de la productivité par vache. Le tourteau a fait progresser le lait mais baisser les taux protéiques et butyriques. »
Agilité décisionnelle
Côté luzerne, cinq coupes ont été réalisées au cours de la saison, tandis que le méteil comprenait un peu trop de vesces difficiles à récolter en sec. Il a donc été ensilé. « L’agro-écologie demande de l’agilité dans les décisions », estime Jean-Philippe Magnière.
Le désherbage s’est appuyé sur du désherbinage. « Cela a été difficile mais réussi, souligne-t-il. Il n’est pas évident de différencier la herse étrille et la houe rotative dans les résultats. » La herse étrille ferait redémarrer la culture plus rapidement au printemps et « a un aspect sanitaire certain » selon lui. En revanche, il ne serait pas nécessaire de semer plus dense. Des essais de semis plus clairs par rapport à une conduite conventionnelle vont être menés. Si le désherbage mécanique sur maïs ne marche pas mal, « nous n’avons pas osé pour les 20 ha de soja, car si nous ratons notre objectif de 30 quintaux/ha, nous n’atteignons pas l’objectif d’autonomie alimentaire. »
Des marges de progrès
Si globalement la démarche a donné des résultats allant dans la bonne direction, les responsables de l’exploitation soulignent points à améliorer. « Nous faisons encore trop de labour, ce qui a une influence sur notre consommation de gasoil. Nous n’avons pas encore assez travaillé sur les économies d’énergie (323 l/ha), mais dans un élevage c’est compliqué. Nous allons essayer de semer dans les récoltes de maïs ou sous couvert. La stratégie générale est franchement orientée vers les TCS. Nous n’avons pas assez de cultures à hautes valeur ajoutée (PPAM, plants de légumes bio). Nous devons également chercher à valoriser le lait sans OGM et local qui possède une vraie valeur. L’expérience de la marque « C’est qui le patron ! » doit nous inspirer. » Tous les espoirs sont permis.