Aïd al Adha : une opportunité pour les éleveurs
La date n'est pas encore fixée, il faut attendre début septembre : la fête démarre dix jours après l'apparition du premier croissant de lune. Durant les trois jours de l'Aïd al Adha, chaque famille doit sacrifier un animal (1). Cette fête, « plus importante que le Ramadan », selon Benaissa Chana, président du conseil régional du culte musulman (CRCM), représente un vrai débouché pour le secteur de l'élevage. Et pourtant, « les possibilités d'abattage en Isère ne sont pas à la hauteur de la demande lors de la fête de l'Aïd », estime Didier Villard, responsable du comité d'orientation élevage à la chambre d'agriculture de l'Isère. Benaissa Chana considère que la capacité d'abattage est insuffisante en Rhône-Alpes : « la demande est très forte. Dans la Loire par exemple, certains ont du mal à trouver des places dans les abattoirs. Des gens sont prêts à faire 200 kilomètres pour trouver un abattoir qui n'est pas saturé. » Il lui semble toutefois que dans le département de l'Isère, ce problème soit plus limité.
Un manque d'organisation face à la forte demande
L'abattage rituel est interdit hors des abattoirs agréés. Malgré tout, de nombreux animaux sont abattus dans des conditions illicites, selon l'autorité préfectorale. « On fait aussi venir des moutons d'autres pays, regrette Didier Villard. Il faudrait mieux s'organiser pour répondre à la demande. La réglementation se durcit sur les conditions d'abattage, mais le problème est plus vaste, et on ferme les yeux. » Des réunions en présence des représentants du culte musulman, du secteur de l'élevage et de la préfecture ont déjà eu lieu. En Isère, deux abattoirs temporaires ouvrent leur porte pour l'Aïd, en plus des trois autres abattoirs agréés. Jérôme Jourdan, éleveur possédant l'abattoire temporaire de Savas-Mépin, constate aussi un manque de structuration. « Les moutons que j'abats proviennent à 60% de Rhône-Alpes, et le reste des régions limitrophes », indique-t-il. « Certains abattoirs se fournissent à l'étranger, généralement en Roumanie, en Angleterre et en Espagne. Il faut que les éleveurs français prennent conscience de cette opportunité et fassent la démarche de contacter les abattoirs. »
(1) L'animal sacrifié le jour de l'Aïd est traditionnellement un mouton, mais peut aussi être une vache ou une chèvre.
Magali Seyvet
Qu'est-ce que l'Aïd al-Adha ?
L'Aïd al-Adha, aussi nommée Aïd el Kebir (1), est une des célébrations les plus importantes de la religion musulmane. Il s'agit de « la grande fête », explique Benaissa Chana. Son origine ? « Abraham, père de toutes les religions monothéistes, devait égorger son fils Ismaël, suite à un signe de Dieu. Mais lorsqu'il a voulu passer à l'acte, Dieu a remplacé son fils par un mouton, explique Benaissa Chana. Seules les familles qui en ont les moyens doivent faire le sacrifice. Environ les deux tiers de la viande issue de l'animal sacrifiée doit être redistribuée aux personnes dans le besoin. Les œuvres des prophètes interdisent de faire souffrir l'animal, et cela s'applique aussi lors de l'Aïd : ainsi, le couteau doit être bien aiguisé, pour un égorgement rapide. Concernant l'électronarcose, une grande majorité est contre, car il y a un risque que l'animal meure avant l'égorgement, mais la question se pose quand même au sein de la communauté musulmane. Pour le moment, notre attention est davantage focalisée sur le respect des conditions d'abattage, notamment en termes d'hygiène. »
(1) Il ne faut pas confondre l'Aïd al-Adha, avec l'Aïd el Fitr, « la petite fête », marquant la fin du jeûne du Ramadan.