Isère
Antibiorésistance : « Les éleveurs y sont sensibles »
SANTE ANIMALE/ Comme en médecine humaine, l'usage des antibiotiques en médecine vétérinaire doit être raisonné, dans le but de contenir l'antibiorésistance. Explications sur ce phénomène, avec Olivier Ribon, vétérinaire dans le Nord-Isère et secrétaire du groupement technique vétérinaires Rhône-Alpes.
Comment peut-on définir le phénomène d'antibiorésistance ?
L'antibiorésistance est un phénomène naturel au cours duquel des bactéries s'adaptent aux molécules médicamenteuses et deviennent résistantes. Cela a toujours existé, mais on a parfois tendance à faire l'amalgame avec des cas d'échec thérapeutique, ce qui veut dire que l'on n'arrive pas à guérir une maladie. Le seul moyen de vérifier l'antibiorésistance est de réaliser un antibiogramme en laboratoire. Je pense que c'est un phénomène qui reste encore assez rare. Depuis 1999, je n'ai vu que deux cas de bactérie E. Coli résistantes.
Alors pourquoi ce sujet est-il de plus en plus évoqué par la médecine ?
Finalement, il s'agit plus d'un problème de santé humaine qu'animale. Cela fait des années que l'on n'a pas trouvé de nouvelles familles d'antibiotiques, alors il faut tout faire pour éviter d'avoir des bactéries résistantes. Et cela passe par une utilisation raisonnée de ces médicaments. L'exemple le plus flagrant d'antibiorésistance est celui du Sarm, un staphylocoque doré résistant à la méticilline. Une des sources probables de la naissance de cette antibiorésistance est celle de l'industrialisation de l'élevage porcin, associée à l'usage préventif ou en complément alimentaire d'antibiotiques. Aujourd'hui, cette infection peut toucher aussi bien les humains que les animaux.
Comment peut-on éviter cela ?
La médecine veut éviter de ne plus avoir d'antibiotiques efficaces, et souhaite que leur consommation soit limitée. Une des pistes évoquées est de dissocier les familles d'antibiotiques pour les humains de celles des animaux. Honnêtement, avec le panel d'antibiotiques que nous possédons, les problèmes sont rares. Même si la médecine retire certaines familles de molécules, on arriverait très bien à soigner les animaux avec d'autres. Le tout est de les utiliser correctement.
Quels comportements doivent adopter les éleveurs ?
Il faut qu'ils suivent des protocoles de soin, donnés par leurs vétérinaires. Cela implique une pratique raisonnée, un respect scrupuleux des ordonnances, des posologies. Dans notre métier, nous utilisons un guide des bonnes pratiques de l'usage des médicaments vétérinaires. Notre rôle est de l'utiliser et de le transmettre aux éleveurs. Dans notre secteur, 99 % des éleveurs suivent ce protocole de soin. En élevage laitier, ils sont très sensibles à cette problématique. Et la majorité d'entre eux sont devenus très pointus techniquement. Ils ne font plus n'importe quoi ! Nous développons également le préventif. C'est-à-dire qu'on essaye d'éviter que les animaux tombent malades, en vaccinant par exemple. Les éleveurs se rendent compte que cette démarche est payante : même si agir préventivement a un coût, ils s'y retrouvent car leurs bêtes sont moins malades et donc, le coût des interventions diminue. Ils sont très réceptifs à cet état d'esprit et cela marche assez bien.
Lucile Ageron
L'antibiorésistance est un phénomène naturel au cours duquel des bactéries s'adaptent aux molécules médicamenteuses et deviennent résistantes. Cela a toujours existé, mais on a parfois tendance à faire l'amalgame avec des cas d'échec thérapeutique, ce qui veut dire que l'on n'arrive pas à guérir une maladie. Le seul moyen de vérifier l'antibiorésistance est de réaliser un antibiogramme en laboratoire. Je pense que c'est un phénomène qui reste encore assez rare. Depuis 1999, je n'ai vu que deux cas de bactérie E. Coli résistantes.
Alors pourquoi ce sujet est-il de plus en plus évoqué par la médecine ?
Finalement, il s'agit plus d'un problème de santé humaine qu'animale. Cela fait des années que l'on n'a pas trouvé de nouvelles familles d'antibiotiques, alors il faut tout faire pour éviter d'avoir des bactéries résistantes. Et cela passe par une utilisation raisonnée de ces médicaments. L'exemple le plus flagrant d'antibiorésistance est celui du Sarm, un staphylocoque doré résistant à la méticilline. Une des sources probables de la naissance de cette antibiorésistance est celle de l'industrialisation de l'élevage porcin, associée à l'usage préventif ou en complément alimentaire d'antibiotiques. Aujourd'hui, cette infection peut toucher aussi bien les humains que les animaux.
Comment peut-on éviter cela ?
La médecine veut éviter de ne plus avoir d'antibiotiques efficaces, et souhaite que leur consommation soit limitée. Une des pistes évoquées est de dissocier les familles d'antibiotiques pour les humains de celles des animaux. Honnêtement, avec le panel d'antibiotiques que nous possédons, les problèmes sont rares. Même si la médecine retire certaines familles de molécules, on arriverait très bien à soigner les animaux avec d'autres. Le tout est de les utiliser correctement.
Quels comportements doivent adopter les éleveurs ?
Il faut qu'ils suivent des protocoles de soin, donnés par leurs vétérinaires. Cela implique une pratique raisonnée, un respect scrupuleux des ordonnances, des posologies. Dans notre métier, nous utilisons un guide des bonnes pratiques de l'usage des médicaments vétérinaires. Notre rôle est de l'utiliser et de le transmettre aux éleveurs. Dans notre secteur, 99 % des éleveurs suivent ce protocole de soin. En élevage laitier, ils sont très sensibles à cette problématique. Et la majorité d'entre eux sont devenus très pointus techniquement. Ils ne font plus n'importe quoi ! Nous développons également le préventif. C'est-à-dire qu'on essaye d'éviter que les animaux tombent malades, en vaccinant par exemple. Les éleveurs se rendent compte que cette démarche est payante : même si agir préventivement a un coût, ils s'y retrouvent car leurs bêtes sont moins malades et donc, le coût des interventions diminue. Ils sont très réceptifs à cet état d'esprit et cela marche assez bien.