Antibiorésistance : on peut lutter
« Si nous ne pouvions plus utiliser d'antibiotiques dans les élevages, ce serait compliqué », déclare sans détour Jean-Yves Bouchier, président du GDS de l'Isère, à l'occasion de la journée sanitaire qui a eu lieu le 10 décembre à Tullins. « Pour les toux des veaux et les mammites des vaches, je trouve plus simple et plus efficace d'utiliser des antibiotiques. C'est donc pour pouvoir continuer d'en administrer que nous devons adapter nos pratiques », lance l'éleveur. Car des voix s'élèvent pour que les antibiotiques ne concernent que le monde humain. Pour Jean-Yves Madec, chef d'unité antibiorésistance et virulence bactériennes à l'Anses *, « il faut trouver le juste milieu ». C'est-à-dire que les antibiotiques soient utilisés pour l'essentiel dans le monde humain, mais qu'ils ne soient pas proscrits du monde animal. D'autant qu'en France, « le monde animal s'est déjà emparé du problème et a conduit de nombreux efforts ». Le rôle du chercheur, qui surveille la résistance de l'antibiotique, est donc de faire le lien, d'expliquer le fonctionnement du monde animal au Ministère de la santé et aux médecins.
700 tonnes
Les antibiotiques sont des molécules fondamentales en thérapeutique bactérienne, mais leur efficacité est mise à mal par l'émergence et la diffusion de la résistance. La résistance aux antibiotiques est un sujet complexe. Pour l'Organisation mondiale de la santé, c'est même un vrai problème. « Mais aujourd'hui, elle ne tue pas au jour le jour. Par contre, si nous ne devions plus utiliser d'antibiotiques, pour de nombreuses opérations, nous reviendrions 50 ans en arrière », estime Jean-Yves Madec. « Il faut donc changer les pratiques pour la faire diminuer », annonce l'Anses. « Dans certains cas, c'est impossible. Dans d'autres, c'est difficile. Dans d'autres encore, c'est plus facile. Il faut donc commencer par ceux-ci. Et pour les autres, il faut en reparler avec le Ministère de la santé », précise le chercheur. « En leur montrant ce qui est déjà fait, c'est plus facile d'indiquer que certains objectifs sont difficiles à atteindre ». Et d'expliquer : « En France, 700 tonnes de matières actives sont consommées dans le monde animal (c'est plus que dans les pays du nord, mais c'est moins que dans les pays du sud), dont 20 % par les bovins et 37 % par les porcs. Les médecins estimaient que c'était beaucoup. Mais ils n'avaient pas établi de relations avec le poids des animaux. C'est l'exposition des animaux (la tonne d'antibiotiques utilisés par rapport au poids vif traité) qui doit être regardée. Cette approche met en évidence que ce sont les lapins qui bénéficient le plus de traitements antibiotiques. C'est dit. Sans pour autant pointer une filière plus qu'une autre. Mais cela explique que le monde animal a tout intérêt à communiquer sur ses pratiques et ses travaux de suivi ».
Traitements longue action
La résistance, il faut donc vivre avec. S'il existe des bactéries naturellement résistantes, celles qui posent problème, ce sont les bactéries qui étaient sensibles aux antibiotiques et qui ne le sont plus. Leur usage a amplifié cette résistance. « Ce que nous avons gagné en commodité, nous l'avons perdu en résistance », indique le chercheur en prenant comme exemple les traitements longue action, qui grâce à une seule injection permettent de traiter l'animal durant plusieurs jours. Ces médicaments ont permis aux éleveurs de réaliser les traitements « jusqu'au bout », tel qu'on le leur demandait, mais ils ont aussi probablement favorisé l'antibiorésistance.
* Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail