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Témoignage

Anticiper les pépins

Benoît Vallier, jeune éleveur du Trièves, a participé avec la MSA à l'organisation d'un forum sur la santé et la sécurité des agriculteurs. Retour sur son expérience.
Anticiper les pépins

« Organiser des actions, même si ce n'est qu'une fois par an. Ne pas laisser le territoire à l'abandon ». C'est ce qui motive Benoît Vallier, jeune éleveur de brebis, installé à Saint-Guillaume, dans le sud-Isère à s'investir dans la vie locale. Avec les jeunes agriculteurs du secteur, avec Sitadel (l'association pour le maintien et le développement de l'agriculture en Sud Isère), et aussi avec la MSA, en tant que délégué local. Car c'est bien cet échelon qui l'intéresse.

Difficile de penser à tout

Benoît Vallier est particulièrement sensible à la problématique de santé et de sécurité au travail. En tant qu'éleveur, il considère « qu'en cas d'accident, il n'est pas  facile de laisser sa ferme à quelqu'un d'autre. Chacun a sa propre vision des choses. Il vaut donc mieux anticiper, prendre des précautions de manière à éviter le pépin, que le voir arriver et le subir ». En s'installant en 2009, il a donc essayé de s'équiper en matériel de contention. Mais il reste encore à faire. Si l'installation de cornadis lui facilite la tâche, « cela ne vaut pas un parc de contention et une cage de retournement », reconnaît-il. Et bien qu'il soit lui-même à l'origine de son bâtiment, qu'il l'a réfléchi, qu'il se soit documenté et renseigné, il constate qu'il est diffcile de penser à tout. « On ne voit les choses et les besoins que lorsqu'on est dans l'utilisation concrète. Et même si l'on sait que c'est important, on attend toujours le dernier moment pour réaliser des investissements permettant d'améliorer notre sécurité. On a tort. »

Sept thématiques

C'est pourquoi, il estime que le forum « Santé, sécurité au travail » organisé par la MSA en février 2013 était une bonne initiative. Autant sur le fond que sur la forme utilisée. « Il ne s'agissait pas d'une réunion qui n'abordait qu'un seul thème. Au contraire, nous en avions identifié sept : la contention, le secourisme, l'alimentation humaine, l'audition, la sécurité au travail, la sécurité routière, et les risques liés au soleil. Autant de sujets susceptibles d'attirer le plus grand nombre d'agriculteurs, et notamment les jeunes installés récemment dans le Trièves », explique Benoît Vallier, qui a participé à l'organisation de la journée. Diffusion d'une vidéo sur la contention des animaux, présentation des formations aux premiers secours organisées dans le territoire, réalisation de prothèses auditives, conférence sur l'équilibre alimentaire, explications sur l'intérêt et l'importance d'une bonne signalisation du matériel agricole, les organisateurs ont voulu diversifier la manière d'aborder chaque thématique. Pour l'éleveur, la formule était propice aux échanges, puisque les participants avaient la possibilité de parcourir à leur gré les stands, pour bénéficier de l'information de chacun, mais aussi, pour discuter avec les collègues de santé et de sécurité au sein des exploitation... ou d'autre chose. L'idée a semblé plaire, puisque « les agriculteurs sont venus nombreux à cette journée et ont apprécié son organisation, notamment la diversité des thématiques abordées et l'absence de contraintes horaires », observe le délégué MSA.

S'impliquer dans le territoire

Une initiative semblable sera probablement reconduite après les élections. Car même si, par rapport à la génération de ses parents, il estime qu'il y a déjà eu de nombreuses améliorations en matière de prévention sur la santé et la sécurité des personnes, il faudra aller encore plus loin. L'exercice du métier a évolué. Les agriculteurs sont de plus en plus seuls dans les exploitations. Ils ont donc besoin d'être équipés correctement. Et ils ont aussi besoin de lieux de rencontre et de discussion. Pour le jeune éleveur de Saint-Guillaume, c'est encore plus vrai en zone de montagne, ou l'on circule plus difficilement d'un village à un autre, et où la densité des agriculteurs est plus faible. Il ne faut donc pas perdre sa motivation à s'impliquer dans le territoire. « Car si nous arrêtons de nous investir dans la vie locale, d'autres le feront, et parleront d'agriculture à notre place ».  

Isabelle Brenguier