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Bâtiment d'élevage bovin

Après le temps des cathédrales, celui des chapelles... en plastique

Inédite en Isère, la structure multi-chapelle dans laquelle Nicolas Rousset, éleveur à Vernioz, loge son troupeau de vaches allaitantes, s'inspire du principe des maraîchers. Pratique, rapidement montée et bien meilleur marché qu'un bâtiment classique.
Après le temps des cathédrales, celui des chapelles... en plastique

Vu de loin, ça a l'air d'une énorme serre à double nef, recouverte d'une bâche verte. Lovée dans la pente, quelques mètres au-dessus de la ferme familiale, la « serre » est en fait un bâtiment d'élevage d'un genre totalement inédit en Isère. Conçue à l'origine pour le maraîchage, cette structure légère de type serres multi-chapelles de plus de mille mètres carré abrite un troupeau de bovins qui s'apprête à y passer allègrement son deuxième hiver. Paisiblement.

Vaches sous serre

Des vaches sous serre ? L'idée semble culotée. Mais pour Nicolas Rousset, éleveur à Vernioz, elle est le fruit d'une réflexion longuement mûrie et totalement assumée. Ayant repris l'exploitation de son oncle en janvier 2012, le jeune agriculteur dispose d'un joli troupeau (31 vaches allaitantes, une vingtaine de génisses, 18 broutards et trois taureaux reproducteurs) et de 120 hectares de SAU (74 hectares de prairie permanente, 20 hectares de céréales à paille et de 25 hectares de maïs grain, tournesol et colza). Avant même de s'installer, le jeune agriculteur comptait rationaliser l'exploitation à moindre coût. Son projet : réunir troupeau et fourrage en un seul lieu plutôt que de courir d'une étable à l'autre pour s'occuper des bêtes : « Au départ, je pensais construire un tunnel. Mais il me fallait onze tunnels pour obtenir la surface que j'ai actuellement. Ça ne me plaisait pas. En faisant une recherche sur internet, j'ai découvert qu'il existait des bâtiments d'élevage plus légers, de type serre. Mais je me posais des questions sur leur résistance, notamment par rapport à la neige. Je suis allé en voir un dans la Nièvre : il y avait 60 cm de neige dessus. Ça m'a convaincu. »

Son projet en tête, Nicolas réfléchit à l'implantation de son bâtiment par rapport au vent, recense les entreprises capables de fournir une telle prestation, contacte des fournisseurs et dessine ses premiers plans avant d'aller trouver le conseiller bâtiment agricole et d'élevage de la chambre d'agriculture. François Guillot ne connaît pas trop le système mais, séduit par son côté innovant et son faible coût (47 euros le m2 contre 110 pour un bâtiment traditionnel), il emboîte le pas au jeune éleveur. Les deux hommes affinent le projet, anticipent l'évolution du troupeau, réfléchissent à la fonctionnalité du bâtiment, aux questions d'isolation, de ventilation, d'éclairage, de stockage. Ils calculent la surface par vache, le nombre et l'implantation des poteaux... Et les travaux commencent.

«Fait maison»

Le terrassement démarre en juillet 2012. Plus de 2 000 m3 de terre sont charriés. S'ensuit l'installation des éléments préfabriqués (murs maçonnés à mi-hauteur) et celle des prépoteaux, coulés dans 40 centimètres de béton. Nicolas Rousset participe activement aux travaux, ce qui réduit d'autant la facture finale : « La structure est intégralement montée par une entreprise, mais tout le reste c'est du « fait maison ». » En octobre tout est prêt pour accueillir l'équipe spécialisée dans le montage de la structure métallique. Pendant trois semaines, cinq professionnels jouent du tube poteau comme du mécano. Un poteau tous les 2 mètres 50 à l'extérieur, un tous les cinq mètres à l'intérieur. Les deux nefs en arceau sont posées (largeur modulable en fonction du projet : de 5 mètres 40 à 12 mètres 60), puis un film de protection, l'isolation (laine de verre de 80) et enfin la bâche plastique clipsée et tendue sur chaque bordure. Le raccordement entre les deux toitures ne pose apparemment aucun problème d'étanchéité : « Lorsqu'il pleut, toute l'eau est dirigée vers le nord par trois descentes de gros calibres, explique l'éleveur. En cas de pluie battante, on sent un peu d'humidité, quelques gouttelettes, mais il n'y a pas d'eau à l'intérieur. »

Côté ventilation, le bâtiment présente de belles performances, grâce notamment à des filets pare-vent à l'efficacité impressionnante. Au nord et au sud, les portes à deux battants ont été assemblées afin de leur permettre de coulisser et rendre ainsi leur maniement plus aisé. A l'extérieur, le vent souffle souvent à décorner les bœufs. A l'intérieur, rien. On entend juste le claquement des bâches qui recouvrent le foin entreposé à l'extérieur. Sur le flanc ouest, un film plastique monté sur un enrouleur, comme un store, permet de réguler la ventilation du bâtiment. L'éleveur est pleinement satisfait : « Ça ne condense pas. Quant à l'isolation, on a déjà eu moins 10°C dehors, mais à l'intérieur il faisait bon. Les abreuvoirs n'ont pas gelé. » François Guillot, qui a réalisé le test de visualisation des circuits d'air avec des fumigènes, estime cependant que « la vitesse d'air est excessive, mais il y a possibilité de calfeutrer un peu ».

Les vaches, elles, n'ont pas l'air de se plaindre. A défaut de soleil direct, elles jouissent d'un éclairage naturel grâce à la sous-face de toiture, blanche, qui diffuse la lumière du jour. Installées en contrebas du quai d'alimentation et de stockage du foin, elles foulent la terre battue et broutent de bel appétit. Le fond d'aire est paillé, ce qui accroît leur bien-être, mais nécessite de grandes quantités de paille et oblige à l'éleveur à mettre les bêtes au parc quand il s'agit de curer la litière (en attendant la stalle auto-nettoyante). Tout n'est pas encore fini. Les auges au sol ne sont pas encore posées, l'enrobé viendra plus tard. « J'attaque les travaux peu à peu, précise Nicolas Rousset. Pour l'instant, je n'ai pas tout maçonné, par choix : ça me permet de réaliser mes investissements progressivement. » Ce qui n'empêche pas l'agriculteur de mécaniser les tâches et donc de gagner un temps considérable : « Aujourd'hui, je suis tout seul pour m'occuper du troupeau, mais je ne passe qu'un heure sur un site, alors qu'avant je passais sept heures à cavaler entre cinq bâtiments. » Et si l'on peut s'interroger sur l'intégration paysagère et la durabilité du bâtiment (la bâche de couverture est garantie dix ans, mais, comme les filets, elle peut se changer), Nicolas Rousset, lui, ne reviendrait en arrière pour rien au monde.

Marianne Boilève

Un coût de construction divisé par deux

Le coût total du projet de Nicolas Rousset s'élève à 80 400 euros hors taxe. Ayant fait une demande de subvention dans le cadre du plan de modernisation des bâtiments d'élevage (PMBE), l'éleveur s'est vu accorder 24 000 euros. La structure multi-chapelle revient donc à 1 600 euros par animal logé (y compris une surface de couloir dédiée au stockage de fourrage), contre 2 500 euros (avec auto-construction) à 2 800 euros (sans auto-construction) en contruction traditionnelle. L'enveloppe par mètre carré de bâtiment couvert fermé (bâtiment fermé sur quatre faces : charpente + couverture + bardages + portes + collecte des eaux pluviales) revient donc à 47 euros hors taxe, contre un coût moyen de 110 à 120 euros hors taxe le mètre carré pour un bâtiment classique.
Terrassement                                                                                                                     2 400 euros
Fondation en béton prêt à l'emploi                                                                                    1 800 euros
Enveloppe multi-chapelle (pose comprise)                                                                      53 000 euros
Murs préfabriqués                                                                                                            11 100 euros
Tubes de coffrage carton                                                                                                 300 euros
Tubulaire (barrières, cornadis, portes, poteaux...)                                                            10 200 euros
Abreuvoirs + fournitures d'amenées d'eau + circulateur antigel (hors pose)                   1 300 euros
Tableau électrique + fournitures d'éclairage (hors pose)                                                 300 euros
Total                                                                                                                         80 400 euros