" Attention à ne pas s'enfermer dans un système."
Entré en « observateur » il y a trois ans, Olivier Gamet en est aujourd'hui le meneur. Quand Raphaël Gaillard lui a proposé de lui succéder à la présidence du comité de territoire Sud Grésivaudan, le jeune homme n'était pas « parti pour ». Mais comme personne ne se battait pour le poste, il a fini par accepter : « Je n'étais pas le plus ancien, ni le plus capable, mais j'ai estimé que je pouvais apporter quelque chose... » L'homme a le sourire communicatif, le profil modeste et l'envie d'avancer chevillée au corps. En prenant la présidence du comité, il a fait part de sa volonté de continuer dans la droite ligne de ce qui s'est fait depuis une douzaine d'années déjà, tant en termes de dynamique d'installation, que d'émergence de projets innovants et de synergies entre le milieu agricoles et les autres secteurs d'activités. Sur le terrain, chacun connaît l'attrait d'Olivier Gamet pour les « techniques alternatives ». Une impulsion nouvelle pour le comité ? « Je voudrais apporter ma pierre à l'édifice. Il ne faut pas vouloir changer pour changer, mais il faut au moins tenter des choses pour ensuite les faire partager aux autres », répond prudemment le nouveau président.
A la tête d'une exploitation polyculture et noix à Chatte, Olivier Gamet est du genre à réfléchir avant d'agir et surtout à « essayer pour voir ». C'est ainsi par exemple qu'il a eu l'idée de transposer les couverts qu'il pratique sur ses grandes cultures sous deux parcelles de noyers, afin d'en améliorer le sol. Une initiative qui a depuis été intégrée à la dynamique du groupe « Techniques alternatives » mis en place l'an dernier par le comité de territoire. L'expérience est révélatrice de la démarche participative du comité : mutualiser, échanger et faire avancer le groupe avec les idées de chacun. L'expérimentation est en cours (1), et Olivier Gamet n'est pas peu fier de démontrer le monde agricole peut être source d'innovations et contribuer au développement du territoire, tout en étant respectueux de l'environnement. « Aujourd'hui, le gentil, aux yeux des gens, c'est celui qui fait du bio. Moi, je veux prouver qu'en conventionnel, on peut faire bien aussi. Avec les couverts, nous n'avons pas encore les mêmes résultats qu'avec la chimie, mais je suis sûr qu'à moyen terme, nous arriverons à proposer des méthodes globales, qui marcheront et qui conviendront au plus grand nombre. »
Pratiques alternatives
Le comité de territoire ayant pour vocation de faire travailler ensemble des acteurs aux préoccupations et aux profils très différents (agriculteurs, élus locaux, acteurs de la formation, de la forêt, du tourisme, de la protection de l'environnement...), cet esprit de consensus est de bon aloi. Il entre en résonnance avec une tradition d'humanisme et d'ouverture bien ancrée sous la présidence de Raphaël Gaillard. Curieux, ouvert et très à l'écoute, Olivier Gamet énumère avec enthousiasme les projets en cours de développement (pratiques alternatives, financement d'aires de lavage, pépinière d'entreprises...). Et se montre particulièrement attentif aux candidats à l'installation : dès qu'il croise un jeune en formation, il n'hésite pas à discuter métier avec lui. Quitte à écorner quelques idées toutes faites. Car pour le nouveau président, bien que nuciculteur lui-même, l'avenir du territoire ne passe pas forcément par le tout noix. « Attention à ne pas s'enfermer dans un système et une culture, prévient-il. Aujourd'hui on arrête le tabac et l'élevage parce que ça ne paie plus. Planter des noyers dans les prés où les vaches ne broutent plus, c'est bien, mais ponctuellement. Dans la région, on va droit dans cette direction depuis que la mécanisation s'est développée. On intensifie, on simplifie tout, mais ce n'est pas sans danger. D'autant que n'est pas la France qui fait le marché... »
Marianne Boilève
(1) Compte-rendu dans Terre dauphinoise la semaine prochaine.