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Bio

Au bout de la vallée des cochons et des brebis

La ferme du Pas de l'aiguille est conduite en bio depuis son origine avec des troupeaux élevés en plein air et un atelier de transformation. Les exploitants, Sabine Gourdellier et Eric Vallier veillent à l'équilibre entre rentabilité et charge de travail.
Au bout de la vallée des cochons et des brebis

Pas touche aux brebis. Trois patous veillent. Ni aux cochons d'ailleurs. De beaux porcs gascons élevés en plein air. A Chichilianne, à 1 000 mètres d'altitude, pile sous le mont Aiguille, la ferme du Pas de l'aiguille s'est construite autour d'un modèle de production bio, diversifié et en vente directe. Le Gaec de Sabine Gourdellier et Eric Vallier tourne sans temps mort, rythmé par l'abattage et la transformation de toutes leurs bêtes, les marchés, la vente directe et depuis cette année, le camping à la ferme. Mais ce sont des choix réfléchis et les éleveurs connaissent leurs limites car la demande, elle, semble inextinguible.

Plein air

Eric Vallier a repris l'exploitation familiale a la fin des années 90, regroupant deux troupeaux de vaches laitières et de plusieurs centaines de brebis, en élevage conventionnel. « En 1974 mon oncle a revendu le pulvé et arrêté l'engrais après être tombé malade », explique l'agriculteur. Le passage de l'exploitation aux pratiques bio est donc relativement ancien. Le Gaec dispose d'une SAU de 107 hectares, dont 60 d'un seul tenant le long du ruisseau du Pas de l'aiguille. Les 30 autres sont à Gresse-en-Vercors. Les 12 hectares de céréales (blé, orge, triticale, avoine) sont destinés à couvrir les besoins de l'exploitation. Les prairies temporaires sont composées de légumineuses et de graminées en rotation avec les céréales (5 ans/3 ans). « La ferme est autonome, hormis l'achat de protéines sous forme de tourteaux bio à la minoterie Corréard à Clelles », explique l'agriculteur.
A la fin des années 90, après son installation et l'obtention de sa certification en agriculture biologique, Eric Vallier s'est séparé de la plus grande partie de son troupeau ovin, l'activité laitière ayant été abandonnée depuis de longues années. « J'avais un contrat d'exclusivité avec une coopérative afin de bénéficier d'aides à l'installation. Mais je ne voulais plus travailler pour ne rien gagner, alors, lorsque j'ai pu dénoncer le contrat, en 2008, j'ai arrêté. Je me suis dessaisi des 2/3 du troupeau de brebis et j'ai cessé de monter en alpage à Gresse-en-Vercors. » C'est en vacances en Corse que lui vient l'idée de l'élevage porcin, de la transformation et de la vente directe. Les premiers porcelets bio arrivent à Chichilianne en 2009. Ils sont nourris d'orge, d'avoine et de petit lait que l'agriculteur récupère à deux pas, à la laiterie du Mont Aiguille. Achetés à 20 kg, ils sont engraissés jusqu'à 120 kg. Les exploitants sont rapidement passés de 20 à 50 porcs par an et refusent d'en faire plus. Les porcelets bio sont difficiles à trouver, chers à l'achat (100 à 110 euros) et il faut ensuite les transformer.
L'atelier ovin est aussi conduit en plein air. La ferme compte 167 mères, cinq béliers en permanence dans le troupeau et trois patous, parce que le loup peut avoir ses quartiers dans ce coin du Vercors. Tous les agneaux sont issus du troupeau. Les animaux ne reçoivent pas de soins particuliers. « Je n'ai pas donné de vermifuge depuis huit an. Mais ça marche parce que nous disposons de grandes surfaces. Les bêtes en passent pas plus de 10 à 15 jours par an au même endroit », explique l'éleveur qui veille à ce qu'il y ait toujours des feuillus à pâturer. Cela fait partie des petits trucs pour éviter les parasites... Les agneaux sont tués toute l'année, entre 4 et 11 mois. L'éleveur obtient environ 0,8 agneau par brebis et par an et enregistre une mortalité de 7 à 12% en fonction des années. Les brebis de réforme sont aussi toutes valorisées : couscous, tajine, merguez...

Atelier de transformation

Porcs et moutons sont descendus à l'abattoir de Grenoble le mardi pour être récupérés en demi-carcasse, le jeudi matin. Eric Vallier et Sabine, qui ont tout deux suivi une formation, découpent le jeudi et transforment le vendredi. Le laboratoire de 100 m2 a été créé en 2011 et représente un investissement global, avec le matériel, de 80 000 euros, subventionné à 30% par la région et le Feader. Sabine Gourdelier, qui s'est installée comme JA en 2013, a élaboré vingtaine de recettes, toutes validée par Ecocert. Avec l'atelier, la ferme dispose désormais d'un local commercial. La vente à la ferme est complétée par deux à trois marchés hebdomadaires (Grenoble, Clelles et Chichilianne à la belle saison), la participation aux Biaupaniers depuis 2011, et la présence dans quelques commerces. « Mais nous avons du mal à fournir tous les circuits, c'est pourquoi nous cherchons à raccourcir nos distances de livraison », constate le producteur qui a recruté une personne sur la ferme. Mais les exploitants ne veulent pas aller plus loin et tomber dans l'engrenage du travail à outrance. L'été, au plus fort de la saison, deux cochons, cinq agneaux et deux brebis sont conduits à l'abattoir par semaine, ce qui réclame 50 heures de travail de transformation et de vente. « Plus l'accueil au camping, les foins, la gestion des commandes », ajoute Sabine. Car pour diversifier l'activité de la ferme, le couple propose un hébergement dans trois roulottes « made in Trièves » ou sous tente. Ouvert depuis le mois de mai, le camping affiche déjà près de 800 nuitées ! Au départ des randos vers le Mont Aiguille, le succès était assuré.

 

Le Gaec la ferme du Pas de l'aiguille

SAU : 107 ha dont 12 ha de céréales (rendement environ 30 qtx/ha), 35 ha de prairies temporaires et 60 ha de prairies naturelles.
50 porcs engraissés par an
167 brebis et 5 béliers
Petits fruitsPetit atelier cunicole
Camping à la ferme
Atelier de transformation
3 UTH
Budget : 100 000 euros