Au coeur de Coopenoix
La gestion d'une forte saisonnalité, c'est le propre de la coopérative Coopenoix. Si l'exercice s'avère délicat, il doit être réussi. Chaque année. Dans le même temps, la coopérative doit s'employer à satisfaire ses producteurs pour la réception de leur produit et ses clients pour l'expédition dudit produit. « C'est une question de gestion de flux de matières premières », explique Marc Giraud, directeur de Coopenoix. « Nous devons à la fois être en capacité de réceptionner les noix des nuciculteurs quand ils le souhaitent pour ne pas qu'ils soient engorgés dans leur exploitation et répondre aux besoins et exigences de nos clients qui veulent rapidement des noix une fois la saison commencée. C'est un équilibre à trouver entre les entrées et les sorties pour ne pas que la station soit bloquée ».
La coopérative nucicole est donc équipée en conséquence. Elle est en mesure de réceptionner 220 tonnes de noix avec un agréage en temps réel. Elle a des capacités de stockage du produit brut avant calibrage de 1 600 tonnes (800 en silos et 800 en palox) et une cadence de calibrage de dix tonnes à l'heure, permettant de calibrer 200 tonnes par jour. Elle dispose aussi d'une capacité de stockage du produit calibré de 1 050 tonnes. Et elle peut conditionner 150 tonnes de noix par jour.
60 heures par semaine
Coopenoix s'appuie aussi sur d'importants moyens humains. Sur les 20 salariés permanents de l'entreprise, 12 se consacrent à l'encadrement des saisonniers qui viennent en renfort durant le pic d'activité. Ils sont chefs d'ateliers de conditionnement, responsables de zones de réception et d'agréage, de quai d'expédition ou de maintenance. Les autres employés sont détachés à l'administratif (gestion des entrées des produits, enregistrement des bons et paiement des producteurs, gestion des ressources humaines, comptabilité) et au commercial. Les contrats de travail sont annualisés car, durant la saison, le nombre d'heures de travail est important. Très important. « Nous sommes amenés à demander une dérogation nous permettant de travailler 60 heures par semaine à l'inspection du travail car nous dépassons largement les durées maximales autorisées. Les heures travaillées entre 35 et 48 heures sont récupérées en période plus calme alors que les heures travaillées au-delà de ce seuil sont immédiatement rémunérées », détaille Marc Giraud. « Contrairement à ce que l'on pourrait penser, à Coopenoix, il y a du travail tout au long de l'année car une saison, cela s'anticipe et se prépare », révèle le directeur de la structure.
Ordonnancement de la production
Les saisonniers jouent aussi un rôle majeur dans le fonctionnement de l'entreprise. Ils sont ainsi entre 60 et 70 à venir chaque année travailler le fruit à coque emblématique du Grésivaudan. Certains sont devenus des habitués et restent jusqu'à plusieurs mois. Mais la majorité ne vient que pour une saison. Répartis en deux équipes de 25 personnes (trois équipes les années de récolte importante comme cette année où un groupe de 15 personnes a travaillé 11 nuits), ils sont occupés au tri et au conditionnement des noix. Les durées d'embauche varient. La plupart travaille pendant six semaines (de début octobre à mi- novembre), mais quelques-uns restent pour trier les cerneaux. « Nous accordons une grande importance à la formation des salariés. En amont de leur entrée dans l'usine, nous leur présentons son fonctionnement, ses contraintes, les points de vigilance à avoir. Nous avons remarqué que cela permettait une plus grande motivation et une meilleur implication du personnel saisonnier », indique Marc Giraud. Et comme l'objectif est que les taux de rupture soient les plus faibles possibles, l'entreprise a travaillé ces dernières années sur un meilleur ordonnancement de la production. « En terme d'organisation, nous sommes aujourd'hui dans une approche industrielle. C'est ce qui nous permet de gérer 7 500 tonnes de noix par an », souligne le responsable.
Isabelle Brenguier
Témoignage« Eviter les ruptures »
Mireille Vangi est aujourd'hui responsable de production à Coopenoix. Elle a commencé comme saisonnière il y a 19 ans et est passée par de nombreux postes. Au terme d'une période où les journées se finissaient bien tard, elle reconnaît que, « pour faire la saison, il faut être en forme, car c'est beaucoup de pression et de travail. Nous vivons à Coopenoix pour Coopenoix et le dimanche, seul jour de congés hebdomadaire, on se repose. Même si nous ne tiendrions pas ce rythme toute l'année, c'est le moment le plus intéressant », explique-t-elle avec enthousiasme. C'est donc une saison qu'elle aime et qu'elle attend. En presque 20 ans de service, Mireille Vangi a assisté à de nombreux changements, notamment sur les plans de l'organisation et de la pénibilité. « Le matériel est beaucoup plus performant qu'avant. Un planificateur informatique mis à jour en temps réel remplace le grand cahier de commandes et des palettiseurs rendent le poste d'emballage de noix en vrac bien plus productif et moins pénible », détaille-t-elle.Gestion des saisonniersDurant la saison, ses tâches sont variées. Elle doit s'assurer du bon fonctionnement de l'atelier. Elle doit surveiller la production pour respecter le planning de commandes, et veiller à ce qu'il n'y ait pas ou peu d'interruption des lignes de conditionnement grâce à un changement régulier des bobines et des emballages. Elle a aussi en charge la gestion des saisonniers, qui ne s'avère pas toujours facile. Son travail nécessite de fortes capacités d'adaptation. En pleine saison, une journée ne ressemble jamais à une autre. Seule constante : tout faire pour éviter les ruptures. Après le pic d'activité, la pression retombe, mais il y a toujours à faire. Et notamment au niveau des cerneaux.IB