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Foncier

Aurons-nous encore des terres agricoles demain ?

Les projets d'emprise foncière pour la création de zones d'activités se multiplient dans le département. Et plus particulièrement dans le nord-Isère. A l'heure où certains se précisent, André Coppard, référent foncier à la chambre d'agriculture, fait le point sur la situation.
Aurons-nous encore des terres agricoles demain ?

900 hectares ici, 80 là, une centaine de l'autre côté, une vingtaine ailleurs, et encore une trentaine plus loin, sans compter la multitude de « petites » emprises de sept ou huit hectares qui sont faites régulièrement. Au final, l'addition commence à être salée. Très salée même, puisque tous ces hectares correspondent aux surfaces agricoles qui sont prises en ce moment pour devenir des zones économiques et qui ne reviendront jamais à l'agriculture. Cela dans le seul département de l'Isère, et pour une grande partie dans le nord du département. André Coppard, référent foncier à la chambre d'agriculture de l'Isère s'interroge : « Aurons-nous encore des terres agricoles dans le nord-Isère demain ? A t-on encore la volonté d'installer des jeunes agriculteurs dans le secteur ? » Car, même si tous ces projets  ne verront pas le jour dans les deux ou trois années à venir, leurs conséquences pour les agriculteurs du territoire et pour l'agriculture du département sont incontestables. Au moment où des décisions concernant plusieurs projets de création ou d'agrandissement de zones économiques sont en train d'être prises, André Coppard, dresse un état des lieux des zones convoitées et de la question de la préservation du foncier.

 

Quels sont les plus grands projets d'emprise foncière actuellement ?

Je ne pourrai pas être exhaustif, il y en a beaucoup... La zone la plus importante concerne la DTA (directive territoriale d'aménagement) de l'aire métropolitaine lyonnaise qui s'étale sur 900 hectares allant du nord de l'aéroport de Saint-Exupéry aux terres de la Capi (Communauté d'agglomération porte de l'Isère), avec de fortes emprises dans les communes de Janneyrias, et surtout dans la zone d'activité concertée de Chesne à Satolas-et-Bonce. La modification de la DTA risque d'être approuvée, alors qu'avec la chambre d'agriculture du Rhône, nous avons émis de fortes réserves sur la taille de ce projet ainsi que sur la présence de friches industrielles qu'il serait plus pertinent de réhabiliter avant de chercher de nouvelles parcelles. Une nouvelle zone économique est aussi en passe d'être créée à Vaulx-Milieu (80 hectares concernés), une autre à Reventin-Vaugris (60 hectares qui feront suite à la création d'un nouvel échangeur sur l'A7) et encore une autre de 40 hectares aux environs de Vif.  Une petite vingtaine d'hectares risquent également d'être amputés dans le cadre de la déviation de la D522 à Saint-Chef, Saint-Savin et Bourgoin-Jallieu. Les carrières sont aussi en développement. Nous suivons un projet d'agrandissement de 100 hectares de celle exploitée par Eiffage à Izeaux et nous avons été informés très récemmment d'un projet d'extension de 30 hectares de celle de Saint-Savin.

L'observatoire départemental du foncier agricole indique qu'il y a une prise de conscience des élus sur la nécessité de préserver les terres agricoles. Partagez-vous ce constat ?

Oui et non. C'est vrai qu'il y a une diminution de la consommation du foncier agricole. Mais, est-ce dû à la volonté des élus ou au contexte économique actuel ? Je n'en sais rien. Cette baisse serait-elle aussi significative si nous étions en période de pleine croissance économique ? Je n'en suis pas certain...

Où en sont les travaux menés avec l'Epora* sur la rétrocession des terres à l'agriculture ?

Après plusieurs réunions de travail, la commission plénière s'est réunie en janvier dernier. Mais depuis, il ne se passe plus rien, puisque la personne qui avait en charge ce travail a été détachée sur d'autres missions. Plus d'une centaine d'agriculteurs exploite donc des terres, parfois mêmes de grandes surfaces, de façon extrêmement précaire. Jusqu'à maintenant, ils bénéficiaient d'une petite protection sous la forme de convention, mais actuellement, ils n'ont plus aucune garantie. Du jour au lendemain, ils peuvent être remerciés et se retrouver sans leur outil de travail. Cette situation est devenue intenable. Je n'ose imaginer qu'elle puisse avoir un quelconque lien avec la modification de la DTA de Saint-Exupery. Mais, à ce jour, malgré nos demandes, nous sommes toujours dans l'attente d'une rencontre avec la direction de l'Epora.

 

* Epora : Etablissement public foncier de l'Ouest Rhône-Alpes

 

Plus d'informations sur terre dauphinoise.fr, car, à l'heure où nous bouclons, nous n'avons pas connaissance des conclusions issues des réunions qui se tiennent en ce moment à la préfecture de région.

Propos recueillis par Isabelle Brenguier