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Mobilisation

Avertissement syndical à La Tour-du-Pin

Le monde agricole s'est donné rendez-vous à La Tour-du-Pin ce mardi 8 octobre, répondant à un appel à la mobilisation pour un meilleur dialogue avec la société.
Avertissement syndical à La Tour-du-Pin

« France, veux-tu encore de tes paysans ? » C'est à cet appel national, relayé par la FDSEA de l'Isère et les JA 38, qu'ont répondu une cinquantaine d'agriculteurs isérois, ce mardi 8 octobre, à La Tour-du-Pin. Ils dénoncent un climat qui n'est « plus tenable », alimenté par des « accords internationaux incohérents, une pression environnementale incompréhensible, un sentiment de déconsidération et un agribashing permanent ».

Vers 11 heures, huit tracteurs chargés de vieux pneus et de bâches ont pris place autour du rond-point à la sortie de l'autoroute A43, ralentissant la circulation. Les agriculteurs en ont profité pour distribuer des tracts aux automobilistes et recevoir, à plusieurs reprises, l'approbation des chauffeurs routiers. Le tout était solidement encadré par un dispositif de gendarmerie.

En fin de matinée, une délégation syndicale composée de Jérôme Crozat, président de la FDSEA Isère, David Gallifet, David Rivière, Sébastien Poncet, président des JA 38, et François Félix président de la FNPHP (1), a été reçue par la sous-préfète, Caroline Gadou, accompagnée du directeur-adjoint de la DDT, Bertrand Dubesset.

Agriculteurs et parents d'élève

« Nous avons abordé la question du Ceta et des 200 000 tonnes de viandes importées », indique Jérôme Crozat, président de la FDSEA 38. Il dénonce les distorsions de concurrence dans les productions agricoles, à l'image du jus de soja produit par Danone avec « du soja américain bourré de glyphosate, alors que nous n'avons même pas le droit d'en mettre en intercultures ». Sébastien Poncet a par ailleurs traduit le sentiment de « trahison » éprouvé par les agriculteurs isérois qui se sont fortement investis dans les Etats généraux de l'alimentation (EGA) il y a deux ans. « On nous avait promis une augmentation des revenus : on ne l'a pas, reproche le président des Jeunes agriculteurs. On attend toujours un décret à paraître à l'automne pour nous donner du poids dans les négociations commerciales et retrouver du revenu dans nos exploitations. L'idée était bonne, mais on ne voit toujours rien venir. »

Bien entendu, il a largement été question des zones de non-traitement, les ZNT. Les responsables syndicaux ont rappelé qu'une charte de bon voisinage a été signée lors de la Foire de Beaucroissant et qu'un travail de fond était engagé avec les producteurs de noix. « Nous sommes ouverts pour signer des conventions entre les agriculteurs, les communes et les propriétaires là où c'est nécessaire, insiste Jérôme Crozat. Mais nous ne voulons pas être pointés du doigt. Nous habitons les villages, nous sommes parents d'élèves et nous voulons engager des relations saines et durables. » Le président des JA a également protesté contre les attaques personnelles dont sont victimes les agriculteurs depuis plusieurs mois, exigeant que ces agressions soient punies.

Le projet de loi de finances 2020 et la baisse annoncée du niveau de la TAFNB (2) affectée aux chambres d'agriculture posent aussi problème : « On nous demande d'être vertueux sur nos exploitations et, parallèlement, on retire des moyens aux chambres qui nous accompagnent », dénonce Jérôme Crozat.

La rencontre s'est achevée par une demande pour « plus de souplesse lors des contrôles PAC ». « On sait que le chiffre de deux suicides par jour chez les agriculteurs est une réalité. Et c'est au moment des contrôles que les choses peuvent basculer », signale le président de la FDSEA 38. Ce premier « avertissement » devrait être suivi de nouvelles journées de mobilisation, notamment le 22 octobre, à Vienne ou Grenoble.

Isabelle Doucet et Marianne Boilève

(1) Fédération nationale des producteurs de l'horticulture et des pépinières.

(2) Taxe foncière additionnelle sur les propriétés non bâties.