Accès au contenu
Recherche appliquée

Azodure :pour des céréales moins gourmandes en azote

Après la sélection des parcelles l'an dernier, le programme Azodure entre dans sa phase expérimentale. Le maïs inoculé par la bactérie azospirillum, moins consommateur d'azote, sera semé d'ici une dizaine de jours. L'occasion de rencontres sur le terrain entre chercheurs et agriculteurs.
Azodure :pour des céréales moins gourmandes en azote

Ils sont revenus. Après un an passé dans leur laboratoire à identifier les cultivars de maïs les plus réceptifs à la souche naturelle d'azospirillum, les chercheurs de l'Inra et du CNRS sont de retour dans les parcelles d'expérimentation du programme Azodure (1). Début avril, ils ont enfilé leurs croquenots pour arpenter les parcelles d'essais sélectionnées l'an dernier chez quatre maïsiculteurs du nord Isère. D'ici une dizaine de jours, à Sérézin-de-la-Tour, Chatonnay et Saint-Savin, seront semés des grains de maïs pas tout à fait comme les autres : les chercheurs les ont « enrobés » d'azospirillum, une bactérie symbiotique (2) qui doit aider les plantes à développer leur chevelu racinaire pour une meilleure exploration du sol. L'ambition du programme soutenu par l'Agence nationale de recherche est en effet de mettre au point une technologie d'inoculation de semence de céréales pour diminuer les apports d'engrais azotés et augmenter la résistance des plantes aux aléas climatiques, à commencer par le manque d'eau.

Se passer de l'azote

« Si on peut se passer de l'azote, on s'en passera. Et avec plaisir, même ! » Venu assister jeudi dernier à une lecture commentée du profil pédologique d'une parcelle test appartenant à Hubert Michon, agriculteur à Chatonnay, Gilbert Chappat, exploitant à Saint-Jean-de-Bournay, ne boude pas son plaisir. « On s'intéresse aux nouvelles techniques. Il y a la crise de l'azote, alors si on peut faire autrement, tant mieux ! » Et l'agriculteur d'écouter avec attention l'histoire de ce bout de vallée glaciaire « racontée » par l'un des chercheur de l'équipe, un pédologue de l'Inra de Montpellier, chargé d'effectuer des prélèvements de sol pour réaliser un « état zéro » des parcelles test avant le démarrage des semis.

Du point de vue du chercheur, l'enjeu est de déterminer « l'impact des conditions pédoclimatique sur le succès de la symbiose plante-bactérie ». Autrement dit d'étudier l'action de la bactérie sur la microbiologie du sol. Bref, de « comprendre comment ça marche ». Pour les agriculteurs, l'intérêt de l'expérimentation est plus « terre à terre » : il s'agit de réaliser des économies d'engrais. Si les motivations sont différentes, les ambitions se rejoignent. D'où l'idée de l'association Paturin et de la chambre d'agriculture de l'Isère, partenaires du programme avec le groupe La Dauphinoise, de provoquer des rencontres entre les chercheurs et les agriculteurs. Les 3 et 4 avril, une quinzaine de personnes (agriculteurs, associations environnementales, enseignants...) ont ainsi assisté à des séances de « description et d'analyse » sur les profils de sol des différentes parcelles.

Mieux profiter des ressources du sol

Après avoir rapidement présenté le projet Azodure et le protocole d'expérimentation en cours, les chercheurs et Aymeric Solerti, responsable des systèmes à bas niveau d'intrants à la chambre d'agriculture, ont détaillé les perspectives et les enjeux du programme. Son objectif premier est la diminution des apports en engrais azotés, dont les coûts sont en augmentation (car liés aux prix du pétrole) et dont l'impact sur l'environnement est néfaste. A terme, il devrait également permettre de diminuer les apports de pesticides chimiques et mettre en évidence une plus grande tolérance des plantes au stress hydrique et aux écarts climatiques. Pourquoi ? Parce qu'en modifiant l'architecture de son système racinaire, la bactérie aide la plante à mieux profiter des ressources en minéraux et en eau du sol, tout en lui permettant d'atteindre plus rapidement les couches les plus profondes.

Si l'expérimentation est concluante, il faudra encore développer une méthodologie d'inoculation de semences adaptée à l'échelle industrielle et définir le cadre juridique de cette technologie. Les agriculteurs intéressés devront se montrer patients : la commercialisation de ces semences inoculées n'est pas attendue avant 10 ans.

 

(1) voir sur www.terredauphinoise.fr / rubrique Technique /projet Azodure : l'expérimentation démarre

(2) Capable de s'associer à un autre organisme dans une action durable et réciproque.

Marianne Boilève