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Technique

Bandes enherbées et haies contre l’érosion

Après plusieurs épisodes de coulées de boues, la commune de Chonas-l’Amballan a décidé d’agir pour limiter le phénomène. La chambre d’agriculture de l’Isère a préconisé des solutions alternatives pour maitriser l’érosion des sols agricoles.
Bandes enherbées et haies contre l’érosion

Les balmes viennoises sont caractéristiques du pays viennois. Aussi belles soient-elles, elles favorisent aussi une accélération du ruissellement des eaux de pluie en surface depuis le plateau de l'Amballan. « Les eaux se concentrent et font des incisions dans les terres agricoles qui peuvent devenir des ravines de 30 centimètres de profondeur », explique Jean-Pascal Mure, conseiller à la chambre d'agriculture de l'Isère. Jusqu'à se déverser le long de la rue principale du village de Chonas-l'Amballan sous la forme de coulée de boues. « Ces évènements ont pu arriver plusieurs fois par année. Ces coulées de boue suivent généralement un épisode orageux », explique-t-il.
Souhaitant limiter le phénomène, Vienne Condrieu agglomération avait proposé en premier lieu d'installer trois bassins de rétention en amont de la rue principale. Mais en amont, ce sont des terres agricoles. « Cela créait des emprises sur le foncier agricole et les propriétaires et exploitants n'y étaient pas favorables. Et des bassins de rétention n'agissent pas sur la cause », explique Jean-Pascal Mure. A la demande de la collectivité, il a donc mené une étude afin de déterminer les causes de l'érosion des sols agricoles pour favoriser la mise en place de solutions alternatives.

Type de sol et relief en cause

Le type de sol est un des premiers facteurs. « Le sol limoneux-sableux pauvre en matières organiques est sensible à la battance et à la compaction. La capacité d'infiltration des sols est réduite et ça ruisselle... » explique Jean-Pascal Mûre. Le relief, plus ou moins pentu, favorise aussi la concentration des eaux ainsi que l'accélération de celles-ci. Les pratiques agricoles ont aussi un rôle à jouer. Entre des zones de pâturage chez un éleveur, et des plaines céréalières, l'incidence sur l'érosion des sols n'est pas la même. Dans le Pays Viennois, la majorité des agriculteurs de la zone sont des céréaliers. « Le sol est laissé nu durant plusieurs semaines entre deux cultures, notamment aux périodes propices au ruissellement, entre septembre et novembre, ou au printemps, et cela accentue le phénomène », explique Jean-Pascal Mûre. En outre, un sol pauvre en matières organiques diminue la stabilité structurale et favorise également une croûte de battance. « A long terme, c'est la terre la plus fertile qui part par érosion. Et l'évolution du climat nous dirige vers des orages plus fréquents et plus intenses ». Après plusieurs entretiens menés dans une démarche de concertation avec des exploitants agricoles, les propriétaires et les membres de la collectivité concernés, un dispositif d'aménagement a pu être mis en place.

Favoriser l'infiltration

Dans le bassin versant, « des ouvrages de génie végétal » ont été positionnés, comme des haies et des bandes enherbées. En fonction de son emplacement, la bande enherbée, d'une largeur minimum de 6 mètres, n'a pas la même fonction. En aval de la parcelle, elle favorise le piégeage des boues et ralentit le ruissellement, tandis qu'en amont, elle protège la surface du sol et favorise l'infiltration de l'eau. Les haies ont les mêmes fonctions tout en favorisant une infiltration plus profonde grâce aux systèmes racinaires. Enfin, un fossé enherbé a été ajouté en aval pour diriger l'eau vers les nouvelles canalisations de la rue principale. Afin de placer au mieux tous ces ouvrages, plusieurs simulations de l'érosion et du ruissellement, en fonction de la présence d'ouvrages ont été réalisées. Elles montrent qu'une diminution des volumes d'eau et des quantités de terre transportées de 5 % à 20 % peuvent être attendus en aval.
Seuls 3% de la SAU a été utilisée pour mettre en place ces mesures alternatives. Le Gaec des Manoques fait partie des agriculteurs concernés par les aménagements. « Ce n'est pas un changement radical. Mais la bande enherbée est un terrain qu'on loue et qui ne produit plus. Tout ça a un coût, mais c'est un gain pour l'agriculteur situé plus bas », explique Marie-Hélène Nivon, du Gaec des Manoques. Les agriculteurs ont été indemnisés de la perte d'une partie de la SAU et sont chargés d'entretenir les bandes enherbées. C'est à Vienne Condrieu Agglomération de gérer l'entretien des haies et des fossés. La mise en place date de 2012. Six ans après, les ouvrages sont toujours là mais plus les coulées de boue.

Virginie Montmartin

 

Contre l’érosion, éviter la compaction

Les bandes enherbées et les haies permettent de limiter le ruissellement. Le changement de pratiques agricoles est aussi une solution à long terme.

En fonction du travail du sol mené, les conséquences sur l’érosion ne sont pas les mêmes. « Des préparations de semis trop affinées ou des pratiques favorisant la dilution des matières organiques comme les labours profonds favorisent la formation d’une croûte de battance », explique Jean-Pascal Mure, conseiller de la chambre d’agriculture de l’Isère. Il conseille donc des labours peu profonds voire des techniques sans labour mais cela pose quelques problèmes. « Cela demande du matériel différent qu’on a pas encore et il faudrait repenser les investissements pour passer en non-labour. Pour l’instant, on fait un essai avec quelques parcelles », explique Marie-Hélène Nivon, du Gaec des Manoques, qui travaille des parcelles présentes dans la zone concernée par l’érosion. De même, les passages répétés dans la parcelle favorisent la compaction. « Il faudrait réussir à faire le maximum en un seul passage », préconise le conseiller. Il est aussi conseillé de ne pas travailler dans le sens de la pente, sauf si le passage du tracteur est difficile. « On n’a pas de références dans la région. Les travaux menés viennent du Nord de la France et de l’Europe où les terres limoneuses ont toutefois proches », souligne Jean-Pascal Mûre. Le Gaec des Manoques expérimente depuis 3 ans avec la chambre d’agriculture le non-labour dans une des parcelles. « On étudie une autre façon de travailler, ça doit aider l’eau à s’infiltrer. Mais c’est un essai, de là à s’équiper…»
VM