Beaucroissant fait ses comptes
Avec son statut hybride de foire agricole et de foire commerciale, Beaucroissant peine à satisfaire tous les exposants. Y être ou ne pas y être : le faible turn-over chez les concessionnaires de matériel agricole, neuf ou d'occasion, témoigne que beaucoup ont tranché. « Finalement, nous somme obligés de la faire, c'est une question de notoriété. La seule année où nous étions absents, nos clients pensaient que nous avions coulé ! », assure Marielle Jullien, de Mécagri à Roussillon.
Les spécialistes de la vente de matériel agricole ne tirent pas tous le même bilan de leur foire d'automne. Mais peut-être ne partagent-il pas les mêmes attentes.
« Il y a environ 200 exposants de matériel agricole, ce qui représente 18% des exposants, explique Patrick Bouchet, le régisseur de la foire. En raison du contexte économique, la chaleur de septembre et la crainte des attentats, il y a eu moins de monde par rapport à la fréquentation habituelle. Notre chiffre d'affaires est en baisse, mais nous nous attendions à pire. » Selon le régisseur, les exposants ont quant à eux vu leur chiffre d'affaires baisser de 20% en moyenne. « J'ai eu quelques échos d'exposants de matériel agricole qui se disaient satisfaits de leur foire, reprend Patrick Bouchet. Tant que le matériel agricole tiendra, la foire tiendra. »
Carnets de commande
Il est vrai que la disparition des plus gros marchands de chevaux, rattrapés par les affaires, et la désertion des négociants de bovins, pour des raisons de mise en conformité sanitaire, ont marqué le déclin du bétail. En revanche le machinisme est le premier secteur rempli par les exposants. « Nous arrivons en saturation de superficie et nous avons accueilli quelques nouveaux cette année », reconnaît le régisseur. C'est peut-être la raison de la sévérité de Marielle Jullien, un peu déçue par son emplacement. Elle « fait la foire depuis 15 ans », mais estime que faute de retour sur investissement, « elle n'a plus d'intérêt ». Elle s'explique : « Aujourd'hui, la découverte de matériel ne se fait plus sur les stands. Les constructeurs attendent les grandes manifestations comme le Sima ou le Sommet de l'élevage. » Les transactions ne sont pas davantage au rendez-vous. Les effets du suramortissement Macron ont précipité les investissements en 2015 qui ne se sont pas poursuivis en 2016. « Nous partageons désormais le stand avec un autre concessionnaire pour limiter les frais », explique la dirigeante de Mécagri.
Chez Balland SAS, le bilan est tout aussi mitigé. « C'est une foire de contact. Cela n'apporte rien du tout. Le carnet de commandes ne se remplit pas suite à Beaucroissant. Alors qu'il y a quelques années, on comptait les bons de commande à la fin de la foire », rappelle Jean-Jacques Balland, le dirigeant de la concession éponyme à La Côte-Saint-André. Si la Beaucroissant reste une vitrine, en revanche, « les acheteurs vont sur d'autres salons », confirme-t-il. Le Sommet de l'élevage exerce une forte attraction régionale et les concessionnaires y voient une forme de concurrence, sauf à y participer eux-mêmes. Mais la Beaucroissant « marque la rentrée » et aucun concessionnaire ne songerait à la louper. Cependant, elle représente un investissement important en temps, en homme et en argent pour les vendeurs de matériel.
Certains y voient un réel intérêt comme Bièvre agri services, créé en 2011 à Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs. « Nous avons tout à faire, nous sommes en recherche de notoriété pour notre marque qui est arrivée en France il y a seulement dix ans », déclare Sébastien Robert-Quatre, le concessionnaire. Et les agriculteurs se montrent toujours très curieux des nouveautés présentées. « Le parc évolue constamment, poursuit-il. Notre offre va du tracteur de petite puissance au tracteur de tête. » Il considère que les trois jours de foire sont l'équivalent de plusieurs semaines d'intense prospect. « Mais le dimanche soir, à la fermeture, nous ne pouvons pas dire si nous avons fait une bonne foire. Les affaires finalisées se font de plus en plus rares. »
Professionnalisme
Tous les exposants ont leur avis, concernant l'évolution de la Beaucroissant de septembre. Mais l'organisateur pose les limites financières. Le chiffre d'affaires de la foire s'élève cette année à 480 000 euros en retrait de 0,5% par rapport à l'an passé, alors que les charges pour assurer la sécurité du site, ont connu une croissance exponentielle. « Elles s'élèvent à 62 000 euros. Le bénéfice a fondu », explique Patrick Bouchet qui cherche d'autres moyens pour financer ce monument du patrimoine régional. « Le site a été refondu l'an dernier, reprend-il, il n'y a pas de modification en perspective. » Pour l'heure, aucun projet n'est engagé autour de la reconversion des 5 000 m2 de friches industrielles de MBM rachetées par la mairie.
« Pourvu que la foire dure », s'exclame le dirigeant de Bièvre agri services qui mesure le poids de la sécurité et de l'organisation. Mais d'autres font part de leurs fortes attentes : « Il faudrait que les emplacements soient plus jolis », déclare-t-on à Mécagri. Le souhait de Marielle Jullien serait une meilleure répartition entre le machinisme, les bêtes et la foire commerciale, « ou animer autrement, suggère-t-elle. Cela devient une grosse foire foraine. » Chez Balland aussi, on plaide pour le rajeunissement. « Certaines foires marchent très bien et ont su garder le vent en poupe, explique le dirigeant. Ce que nous recherchons, c'est du professionnalisme ! »