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Montagne

Belledonne, terre d'accueil

L'économie agricole reste dynamique en Belledonne où l'Adabel comptabilise chaque année de nouvelles installations.
Belledonne, terre d'accueil

Belledonne est une montagne qui attire les jeunes. C'est en tous les cas l'impression donnée lors de l'assemblée générale de l'Association pour le développement de l'agriculture de Belledonne (Adabel) qui s'est déroulée au printemps à Saint-Jean-le-Vieux. « Nous comptons trois nouvelles personnes au conseil d'administration, indique la présidente Audrey Abba. Il s'agit de Ludovic Turenne, Romain Ollier et de Robin Vergonjeanne, un des deux repreneurs de la Ferme de Bellevue ». Elle se réjouit de l'intérêt de ces jeunes agriculteurs pour l'association « alors que les années d'installation sont très chargées »
Le massif compte environ 200 fermes dont huit installations cette année. Si la vie sur les balcons de Belledonne attire, c'est aussi parce que le réseau des fermes y est dynamqiue et fédère tous les types d'exploitations, de la ferme traditionnelle et familiale d'élevage aux petites productions souvent pilotées par des exploitants installés hors cadre familial.

L'accent sur la communication

La présidente énumère les nombreux dossiers qui permettent à cette économie de montagne de fonctionner, à l'image de l'emploi partagé créé cette année, et du deuxième poste possiblement ouvert ; des marchés fermiers, au nombre de 23 désormais avec le lancement de celui de la Grangette ou encore de la signalétique qui a été rénovée.

« Cette année, nous retravaillons le projet associatif et notre communication. Le territoire a changé depuis 30 ans. Avant l'Adabel était la structure porteuse des procédures financières. Aujourd'hui, ce rôle revient à l'Espace Belledonne, détaille Audrey Abba. Si l'Adabel reste décisionnaire, en revanche, il est nécessaire de recaler les rôles. » La présidente insiste sur tous les chantiers où l'association agit « mais n'est pas visible ». C'est le cas de l'appel à projet concernant la réouverture et l'entretien des paysages. « Les agriculteurs ne savent plus trop qui décide et qui finance », déclare la présidente qui souhaite que l'association « réaffirme ses valeurs, au service des agriculteurs ».

Ouverture des paysages

L'association  poursuit aussi des chantiers de longue haleine, comme celui du foncier entre interrogations et avancées à pas comptés. « A Laval, on tient le choc, on y croit. Nous avons dû faire face à des problématiques administratives et d'interprétation des textes. Il y a 50 ans, il y avait énormément de terres agricoles. Avec la déprise, elles ont été couvertes par la forêt, plantée ou non. Aujourd'hui, les bois sont arrivés à maturité. Nous avons souhaité, il y a trois ans, profiter de la règlementation sur le boisement qui arrivait à échéance afin de repasser les bois en terres agricoles et les ramener en prairie. Mais nous nous heurtons à une doctrine », regrette la présidente qui voulait faire de Laval un projet pilote dans sa méthodologie. Les demandes d'autorisation de défrichement déposées à la DDT au titre de la lutte contre l'érosion ne sont pas accordées dès lors que les terrains sont peu pentus. « Sinon, nous devons mettre en place des mesures compensatoires. » Pour les agriculteurs de Belledonne, inscrits dans une démarche d'ouverture des paysages et d'autonomie alimentaire avec la création de pâtures et de prairies mécanisables, la logique de l'administration touche à l'absurdité. « En attendant, la friche revient sur les parcelles déboisées il y a trois ans », se désole Audrey Abba. Deux hectares ont été défrichés, une dizaine sont cartographiés, mais le potentiel est bien plus important.

Groupes d'échanges

D'autres dossiers avancent beaucoup plus vite, comme la mise en place de groupes d'échanges. « Les éleveurs laitiers se rencontrent deux fois par an chez les uns et les autres », expose la présidente de l'Adabel. Les agriculteurs y parlent technique, partagent leurs problématiques, visitent les fermes, apportent un oeil neuf sur les pratiques réciproques au quotidien. « C'est un groupe qui fonctionne bien. Et quand on se voit régulièrement, on prend plus facilement son téléphone pour appeler. Il se crée des liens », cosntate la présidente. D'autres groupes emboîtent le pas comme les productions végétales, mais aussi les producteurs bovin viande.

Isabelle Doucet
Transmission / Robin Vergonjeanne et Anne Kerdranvat, ont repris la ferme de Bellevue, en Belledonne.

« Nous avons cumulé les avantages »

« Nous nous sommes connus en école d'ingénieur, en Normandie. Nous avions chacun pour projet de s'installer, Anne dans l'élevage de cochons bio et moi dans les ruminants », explique Robin Vergonjeanne. Les deux amis finissent par trouver la ferme de Bellevue, au Moutaret, via le RDI. La famile Renaud cherchait à céder son exploitation depuis quelques années. La vente a eu lieu à Noël 2017, après 9 mois de tuilage avec les anciens propriétaires.
Pour mener à bien cette installation hors cadre familial dans l'élevage de bovins viande en race charolaise les deux jeunes installés, qui étaient auparavant journaliste en ce qui concerne Robin Vergonjeanne et formatrice au lycée horticole de Saint-Ismier pour Anne Kerdranvat, ont déroulé un projet réaliste, dans des conditions favorables. « Le stage de reprise d'exploitation nous a permis de bénéficier de nos droits aux indemnités chômage au titre de la reprise d'entreprise. Nous sommes allés voir les banques qui ont été rassurées par le fait que nos conjoints travaillent hors secteur agricole, cela d'autant que nous nous sommes installés avec peu d'apport », détaille Robin Vergonjeanne. Les repreneurs n'ont racheté que le bâtiment d'élevage, les terres étant en fermage. Les cédants ont préparé la transmission avec les propriétaires fonciers qui sont une cinquantaine pour 90 ha. « Nous avons cumulé les avantages d'une zone de montagne », poursuit le jeune agriculteur. La DJA a compilé les bonification montagne, bio et hors cadre familial. « Cela permet de voir venir la première année », ajoute-t-il. D'autant qu'ils ont repris une exploitation en production, avec un fichier client déjà établi.
Aujourd'hui, Anne Kerdranvat a créé un atelier de truies en plein air pour vendre des porcelets bio à d'autres éleveurs. Il est appelé à se développer, de même que le cheptel de mères charolaises qui devrait atteindre 50 têtes. La ferme vend environ une vache et un veau par mois. Les bêtes sont abattues à Chambéry et découpées dans l'atelier des cédants qui ont conservé une activité de boucherie. Tous les colis sont vendus en direct à la ferme ou via le site de vente de viande de Belledonne dans lequel les associés se sont investis, ou encore en Amap. Si les cultures sont en bio, l'agrément des bêtes est aujourd'hui remis en question car, comme dans de nombreuses fermes de montagnes, elles sont entravées presque 5 mois par an.
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