Isère
Bergers : la féminisation à l'oeuvre
Prospective/ Les femmes pèsent pour un tiers des effectifs de bergers en Isère, et deux fois plus dès qu'il faut assurer la traite ou gérer différentes espèces à la fois. Cette féminisation du métier de gardien de troupeaux n'est pas anodine. Après enquête, la fédération des alpages de l'Isère y voit plusieurs intérêts.
Les bergers ne sont plus ce qu'ils étaient. Au-delà de la variété de leurs origines et leur niveau de formation croissants, « nous avons été surpris, dans le cadre de nos derniers sondages, par la proportion importante de femmes qui s'engagent dans cette voie : 33 % des gardiens de troupeaux sont des bergères dans le département », souligne la fédération des alpages de l'Isère (FAI).
Les particularités des profils féminins
Comme « elles sont appréciées dans la mise en œuvre des tâches délicates, note ensuite cette structure regroupant collectivités, associations de développement, alpagistes et transhumants, dès que la gestion devient complexe (alpages bovins, laitiers, troupeaux ovins-bovins, démarches qualité), la proportion de bergères est de deux tiers ».
« En revanche, elles restent moins longtemps dans le métier, fait par ailleurs remarquer l'association, en moyenne trois fois moins longtemps que les hommes (soit deux ans et demi) ». Ceci s'explique notamment par le fait que « les bergères engagent des projets originaux et se lancent dans des initiatives économiques locales en marge des critères institutionnels, analyse la FAI. Elles s'inscrivent dans des démarches d'installation agricole progressive ou en complément des exploitations établies par leurs conjoints. On les retrouve dans la mise en œuvre de petites productions (fruits rouges, fromages...) en vente directe sur les marchés ou sur l'alpage ».
Cette évolution fait que « de plus en plus de couples viennent travailler dans les alpages, relève aussi la fédération des alpages. Et nombre d'entre eux montent avec leurs enfants, même si cela les oblige souvent à trouver des arrangements aux limites des droits sociaux et que les conditions d'accessibilité deviennent alors prégnantes ».
Une féminisation positive pour les hommes
Cette problématique fait penser à la FAI que l'assertion selon laquelle « la femme est l'avenir de l'homme » pourrait bien se vérifier en estives, le nombre croissant de femmes en alpages poussant à améliorer les accès, les hébergements des bergers, mais aussi leurs outils et les techniques de contention du bétail, afin de limiter le recours à la force. Et, justement, « en tant que berger, il faut retirer sa carapace et apprendre à se soumettre aux animaux », estime Jean-Marie Davoine, le chargé de mission contention du bétail de la fédération des alpages, qui se dit « convaincu que le changement arrivera par les femmes ».
« Au-delà de l'égalité entre sexes », l'idée défendue par la FAI est donc qu'il faut « aller vers davantage de fraternité et d'apports mutuels entre hommes et femmes ». En lien avec l'association des bergers de l'Isère, la maison du berger de Champoléon (Hautes-Alpes), la mutualité sociale agricole et le lycée agricole de La Côte-Saint-André, la fédération des alpages a donc répondu à un appel à projets de la Région Rhône-Alpes sur l'égalité des chances entre hommes et femmes en milieu rural. Le but de ces travaux est de trouver les moyens d'« accompagner les nécessaires évolutions qui profiteront tant aux bergers qu'aux bergères dans leur vie professionnelle ».
Une expo pour aller plus loin
La poursuite de cet objectif s'est d'abord traduit par la conduite d'une enquête de terrain par l'anthropologue Guillaume Lebaudy, l'été dernier, en Rhône-Alpes et Paca. Une exposition intitulée « Un berger, des bergères... » en a été tirée. Elle est itinérante et peut aussi être vue sur le site Alpages38.org, rubrique « Emplois, métiers et formations », puis « Egalité des chances hommes/femmes ».
Cécile Fandos
----- ENCADRE ----------------------------------------------------------------------------------------------------
Formation et origines
Les autres mutations du métier de berger
« Les bergers et bergères salariés d'aujourd'hui ne correspondent pas à l'image que l'on s'en fait, ou même que certains employeurs s'en font encore, souligne la fédération des alpages de l'Isère. Très souvent issus du monde urbain, ils arrivent dans le métier avec un niveau élevé de formation (brevets de techniciens supérieurs, masters...). Ils ont fréquemment suivi une formation au métier de berger auprès des centres de formation agricole du Merle (Provence-Alpes-Côte d'azur) ou de La Motte-Servolex (Savoie) ».
C.F.
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Les particularités des profils féminins
Comme « elles sont appréciées dans la mise en œuvre des tâches délicates, note ensuite cette structure regroupant collectivités, associations de développement, alpagistes et transhumants, dès que la gestion devient complexe (alpages bovins, laitiers, troupeaux ovins-bovins, démarches qualité), la proportion de bergères est de deux tiers ».
« En revanche, elles restent moins longtemps dans le métier, fait par ailleurs remarquer l'association, en moyenne trois fois moins longtemps que les hommes (soit deux ans et demi) ». Ceci s'explique notamment par le fait que « les bergères engagent des projets originaux et se lancent dans des initiatives économiques locales en marge des critères institutionnels, analyse la FAI. Elles s'inscrivent dans des démarches d'installation agricole progressive ou en complément des exploitations établies par leurs conjoints. On les retrouve dans la mise en œuvre de petites productions (fruits rouges, fromages...) en vente directe sur les marchés ou sur l'alpage ».
Cette évolution fait que « de plus en plus de couples viennent travailler dans les alpages, relève aussi la fédération des alpages. Et nombre d'entre eux montent avec leurs enfants, même si cela les oblige souvent à trouver des arrangements aux limites des droits sociaux et que les conditions d'accessibilité deviennent alors prégnantes ».
Une féminisation positive pour les hommes
Cette problématique fait penser à la FAI que l'assertion selon laquelle « la femme est l'avenir de l'homme » pourrait bien se vérifier en estives, le nombre croissant de femmes en alpages poussant à améliorer les accès, les hébergements des bergers, mais aussi leurs outils et les techniques de contention du bétail, afin de limiter le recours à la force. Et, justement, « en tant que berger, il faut retirer sa carapace et apprendre à se soumettre aux animaux », estime Jean-Marie Davoine, le chargé de mission contention du bétail de la fédération des alpages, qui se dit « convaincu que le changement arrivera par les femmes ».
« Au-delà de l'égalité entre sexes », l'idée défendue par la FAI est donc qu'il faut « aller vers davantage de fraternité et d'apports mutuels entre hommes et femmes ». En lien avec l'association des bergers de l'Isère, la maison du berger de Champoléon (Hautes-Alpes), la mutualité sociale agricole et le lycée agricole de La Côte-Saint-André, la fédération des alpages a donc répondu à un appel à projets de la Région Rhône-Alpes sur l'égalité des chances entre hommes et femmes en milieu rural. Le but de ces travaux est de trouver les moyens d'« accompagner les nécessaires évolutions qui profiteront tant aux bergers qu'aux bergères dans leur vie professionnelle ».
Une expo pour aller plus loin
La poursuite de cet objectif s'est d'abord traduit par la conduite d'une enquête de terrain par l'anthropologue Guillaume Lebaudy, l'été dernier, en Rhône-Alpes et Paca. Une exposition intitulée « Un berger, des bergères... » en a été tirée. Elle est itinérante et peut aussi être vue sur le site Alpages38.org, rubrique « Emplois, métiers et formations », puis « Egalité des chances hommes/femmes ».
----- ENCADRE ----------------------------------------------------------------------------------------------------
« Les bergers et bergères salariés d'aujourd'hui ne correspondent pas à l'image que l'on s'en fait, ou même que certains employeurs s'en font encore, souligne la fédération des alpages de l'Isère. Très souvent issus du monde urbain, ils arrivent dans le métier avec un niveau élevé de formation (brevets de techniciens supérieurs, masters...). Ils ont fréquemment suivi une formation au métier de berger auprès des centres de formation agricole du Merle (Provence-Alpes-Côte d'azur) ou de La Motte-Servolex (Savoie) ».
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------