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Santé

Besnoitiose : L'importance du dépistage

La besnoitiose est une maladie économiquement handicapante pour les élevages. Dès lors, le GDS propose différentes méthodes pour limiter la transmission
Besnoitiose : L'importance du dépistage

Il y a beaucoup de choses qu'on ne sait pas encore sur la besnoitiose. Pourquoi certains bovins restent asymptomatiques et d'autres vont déclencher une phase aigüe ? Est-ce seulement les taons et les stomoxes qui la transmettent ? Mais ce qu'on sait déjà, c'est qu'elle se transmet vite et (trop) bien causant parfois la mort des bovins contaminés. Classée catégorie 3, les agriculteurs doivent s'en prémunir individuellement. Mais pour le groupement de défense sanitaires de l'Isère (GDS 38), l'assainissement est avant tout collectif. Il a donc réuni les agriculteurs du sud Isère à La Motte-d'Aveillans juste avant les fêtes de fin d'année afin d'échanger sur les pratiques pour éradiquer la maladie. Près de 70 exploitants ont répondu présents. En théorie, la solution est simple : « Il faut séparer les animaux sains et ceux positifs. Si on travaille par lots, on arrive à limiter la transmission mécanique. Un taon pique des bêtes à moins de 5 mètres, pas 100 mètres », explique Philippe Jacquiet, professeur à l'Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse, spécialiste de cette maladie.« Le but est ensuite d'éliminer les bêtes porteuses de la maladie car il n'existe pas encore de traitement.» Mais en pratique, la nuance est plus ténue... Pourquoi abattre des animaux asymptomatiques, qui sont bien portants ? « Ils vont contaminer les autres. Pire, lors de l'introduction d'une bête jeune, c'est elle qui tombe malade le plus souvent. Les bêtes séropositives depuis une longue période déclarent rarement la phase aigüe. » A l'inverse, si son troupeau est sain, il faut faire très attention aux bêtes qu'on introduit. « Faire entrer un animal séropositif dans l'exploitation saine revient à insérer un cheval de Troie », confirme le vétérinaire. Malheureusement, la vie d'une exploitation est rythmée par le mélange d'animaux de troupeaux différents : jeunes génisses, prêt de taureau, montée en alpages...

Dépister avant la montée en Alpages

Afin de séparer les animaux en lots, le GDS conseille d'effectuer un dépistage, notamment avant la montée en Alpages. « Il faut effectuer un dépistage trois semaines avant la montée et un dépistage trois semaines après la descente. On ne fait pas monter les animaux contaminés. Cela sécurise le président d'alpage qui est responsable », explique Philippe Jacquiet. « Mais on a besoin de remplir l'alpage pour les primes ! » commence un agriculteur de la salle. « Comment on nourrit les bêtes restées en bas durant tout l'été ? » interroge un autre. « On doit avoir des alpages propres. Si d'octobre à mai, un éleveur fait l'effort d'assainir et il doit tout jeter par terre et recommencer à chaque descente d'alpage, cela n'a pas de sens non plus ! » rétorque le vétérinaire. Surtout que la source de la contamination n'est pas en soi le taon, qui n'est qu'un vecteur, mais l'animal contaminé... « Il n'y a pas de réservoir sauvage, un taon peut transmettre le virus seulement dans les 24H. En alpage, la besnoitiose se transmet uniquement si un des éleveurs a monté des animaux séropositifs. » confirme Philippe Jacquiet.

Des tests performants

D'ailleurs les techniques de dépistage ont nettement évolué. Il y a quelques années, les vétérinaires vérifiaient s'il n'y avait pas de kystes dans les yeux des bovins, symptôme précoce de la maladie. Mais cette technique était peu précise. Aujourd'hui, le dépistage est mené avec un kit Elisa, qui détecte le anticorps présents dans le sang face à une maladie donnée. Malheureusement, les anticorps n'apparaissent qu'une à deux semaines après la contamination... le dépistage en alpage se faisant trois semaines plus tôt, il existe des faux négatifs. « Si le test n'est pas certain à 100%, cela ne sert à rien de le faire... » souligne un agriculteur. « Aucune analyse n'est sûre à 100%, si un faux négatif passe à la trappe à la montée, il sera détecté à la descente. Le poids bénéfice-risque reste positif », répond le vétérinaire invité. La conduite par lots et le dépistage systématique des animaux introduits font partie du plan d'assainissement mis en place par le GDS. Jean-Yves Bouchier, élu du GDS 38 et Grégoire Malaval, directeur du GDS 38 ont ainsi rappelé que certaines aides existent pour l'abattage des bêtes touchées ainsi que pour les analyses en laboratoire. Christian Boulon, directeur du GDS 07 et 42 a également présenté un plan d'assainissement réussi. Malheureusement, certaines exploitations sont touchées à 60 voire 90%. Dès lors, l'assainissement prendra plusieurs années. « Il faut oser dire à son voisin qu'on a des bêtes porteuses de la besnoitiose. C'est dur, je sais, mais cela devrait être fait pour toute maladie », a-t-il conclu.

Virginie Montmartin