Besoin d'aides ?
Ne pas faire valoir les aides, financières ou non, auxquelles toute personne peut prétendre porte un nom : c'est le non-recours. Ce phénomène représente en France 20 à 40% des non-dépenses, en fonction des dispositifs. Ce sont ainsi 5,3 milliards d'euros non distribués au titre du RSA et 700 millions d'euros pour la couverture maladie universelle complémentaire. Les travailleurs sociaux des organismes de l'Isère (conseil général, Caf, UDCCAS et MSA), réunis en décembre à Grenoble, considèrent ce non-recours comme le fait d'une population qui se paupérise, voire comme un déficit de richesse, car synonyme de sous-consommation.
Isolement et précarité
L'observatoire social de l'Isère s'est penché sur la situation dans l'agglomération grenobloise, dressant quelques constats. D'abord, la métropole concentre 35,6% de la population iséroise et 35,6% de la population active. Si l'agglomération se caractérise par un taux très important de catégories socio-professionnelles supérieures, elle réunit aussi le plus grand nombre d'allocataires à bas revenus (44%). La part de bénéficiaires du RSA y est « significativement haute », s'établissant entre 8,2 et 9,4% des ménages, suivie de très près par les pôles urbains de Bourgoin-Jallieu (8,2 à 9,2% des ménages), de Vienne (9,4% des ménages) et Roussillon (6,6% des ménages). Une récente étude de la Dares* s'est penchée sur le non-recours au RSA, un des plus significatifs (36% pour le RSA socle et 68% pour le RSA activité). On y découvre que ce sont les personnes les moins précaires, les plus diplômées et les plus âgées qui ont tendance à ne pas faire valoir leurs droits. On y apprend aussi qu'en cas de problèmes, notamment financiers, ces personnes préfèrent se faire aider par leurs proches plutôt que par les institutions. Les principaux freins identifiés au non-recours sont l'insuffisance d'information, la complexité du dispositif, l'isolement lié à la précarité et la stigmatisation. Pour les travailleurs sociaux, le problème du non-recours semble donc relever de la situation telle que la vit la personne concernée. Pour s'en sortir, des expériences menées en Isère et dans la Drôme montrent que, lorsqu'une personne est engagée dans un processus de participation collective, elle peut s'appuyer sur le groupe, libérer sa parole, sortir de son isolement et, mieux informée, faire valoir ses droits, qui sont statutaires.
L'exemple du Sillon dauphinois
Aller au devant des personnes, c'est une approche bien comprise par la MSA. Ainsi, la présentation de la démarche du Sillon dauphinois, initiée par la MSA, la chambre d'agriculture, le conseil général de l'Isère et la DDT depuis 2006, a fait forte impression lors de cette conférence sociale. Marie-Paule Le Guen, responsable du service social de la MSA a présenté ce dispositif qui maille désormais l'ensemble du territoire de l'Isère. Pour repérer les personnes en difficulté et avant qu'il ne soit trop tard, cette action permet de mobiliser le réseau secondaire de l'exploitant : une chaîne capable de donner l'alerte face à une situation fragile. Mairie, service de remplacement, Crédit agricole, contrôleur laitier, assistantes sociales de la MSA, conseillers d'entreprise chambre d'agriculture : tous ces acteurs ont été sollicités en tant que lanceurs d'alerte. Ces personnes ressources sont chargées de proposer à l'agriculteur en difficulté de prendre contact avec le Sillon dauphinois ou d'être contacté par le dispositif. Une première rencontre engagée par un binôme assistante sociale MSA-technicien de la chambre d'agriculture, permet de cerner les difficultés de l'exploitant, puis de l'inscrire dans une démarche d'accompagnement individuel ou collectif. « Les personnes prennent alors conscience de leur environnement, explique la responsable de la MSA. Lorsqu'il se situe mieux dans son environnement et qu'il comprend mieux les enjeux, le ressortissant agricole devient acteurs de sa situation, et sait mieux faire valoir ses droits. »
Isabelle Doucet
* Dares : Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques