Bloqués sous le col d'Ornon
La situation commence à durer pour les quelques 180 habitants des hameaux d'Ornon, Villard-Reymond et Oullles, bloqués depuis qu'un glissement de terrain s'est produit, le 4 janvier sur la RD256, peu après l'embranchement de la D1091, avant Le Bourg-d'Oisans. Les exploitations agricoles et les professionnels du tourisme souffrent de cet enclavement, d'autant que le retour à la normale devrait prendre plusieurs jours, voire plusieurs semaines.
Jymmy Haussler, associé du Gaec La Bergerie de la Lignarre, brosse un tableau alarmiste de la situation. Sur le plan familial, son épouse, Emilie Salvi, a dû louer un logement à Bourg-d'Oisans pour que leurs deux enfants puissent retourner à l'école et à la crêche. « Après quoi Emilie remonte à pied pour revenir travailler sur l'exploitation où nous sommes en pleine période d'agnelages ». L'éleveur de brebis a installé une corde de rappel pour contourner l'éboulement et assurer un passage d'homme. « On ne peut pas se contenter de ça ! », se désole-t-il. Surtout qu'en cas de mauvais temps, le passage sera compromis.
Quatre heures de route
« La seule chose qui nous relie à Bourg-d'Oisans, c'est de faire quatre heures de route aller-retour contre un quart d'heure en temps normal », déclare Jymmy Haussler. Sur le plan professionnel, il décrit une situation tout aussi catastrophique. Le marché de Bourg-d'Oisans représente 50% de son chiffre d'affaires. Mais il lui faut passer par le col d'Ornon avec une remorque réfrigérée pour arriver sur place, deux heures plus tard, à 7h30... L'autre ressource de la bergerie est celle du magasin de producteurs de La Pallud, dont l'activité est plus qu'en sommeil depuis la fermeture de la route. Le problème du fonctionnement de l'abattoir se pose également, les deux exploitants qui assurent l'abattage des bêtes, Guillaume Salvi et Jymmy Haussler, étant bloqués à Ornon. Les agriculteurs commencent à compter les dépenses occasionnées et les pertes d'exploitation, à l'image du Gaec du Taillefer qui a dû commander deux camions pour faire remonter son fourrage, moyennant plusieurs centaines d'euros.
Itinéraire de délestage
Jymmy Haussler se dit « très en colère. Des capteurs ont été installés pour mesurer les mouvements de terrain, mais s'il faut attendre que la falaise tombe d'elle-même, cela va prendre des mois. J'ai l'impression que nous pesons peu dans ce dossier car officiellement nous ne sommes pas isolés puisque nous pouvons passer par le col d'Ornon ». Son seul espoir tient au statut de la RD256, qui est l'itinéraire de délestage de la RD1091. Avec les chassés-croisés des vacances de février, la route de Bourg-d'Oisans est empruntée par des milliers de véhicules qui se rendent à l'Alpes-d'Huez ou aux Deux-Alpes. En cas de problème sur la RD1091, les voitures peuvent être déviées par le col d'Ornon. C'est ce que confirme Bernard Pérazio, vice-président du Conseil départemental en charge des tranports. « C'est la raison pour laquelle nous sommes doublement mobilisés sur ce sujet ». Il explique que le glissement au-dessus de la route n'est pas stabilisé, qu'il y a encore 1 500 m3 de matériaux qui bougent et qu'on ne peut déblayer la route sans sécuriser le terrain en hauteur. Un minage de cette partie est prévu dans la semaine, puis il faudra s'assurer que l'ensemble ne bouge plus avant de pouvoir procéder au déblaiement. « On fait le maximum », assure l'élu. Il indique également que le préfecture a missionné la DDT afin de venir en aide aux exploitations agricoles touchées, lesquelles s'étaient émues d'une fin de non recevoir de la part des services de l'Etat.
Une réunion publique avait lieu mardi soir dernier, les habitants comme les collectivités espérant une réouverture de la route d'ici la fin du mois de janvier.