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Bois

Bois : Adjugé, vendu !

La vente aux enchères de l’ONF au Sappey-en-Chartreuse intègre la vente par unité de produit, demandée par les scieurs en septembre dernier.
Bois : Adjugé, vendu !

« La vente peut commencer ». Dans l'assemblée, les scieurs feuillettent le cahier contenant les détails des lots de bois de différents massifs. Sur l'estrade, les représentants de l'Office national des forêts (ONF) vérifient les lots. Cette vente aux enchères, qui s'est déroulée fin juin au Sappey-en-Chartreuse, est la dernière de la saison. La description de chaque lot est affichée indiquant plusieurs éléments tels que le type de peuplement, la taille de la parcelle ou encore sa localisation. Les scieurs ont alors 20 secondes pour faire une offre. Cette offre prend en compte de nombreux critères : les essences présentes, la taille des parcelles, la distance de la scierie ainsi que la facilité d'exploitation...

Dans les faits, chaque scieur a ses préférences en termes d'essence et de massif. Si la parcelle fait moins de 130m3 de bois, l'exploitation devient moins intéressante. « Les scieurs ne se déplacent pas, donc ces parcelles peuvent être assemblées avec des parcelles privées pour créer un chantier », explique Rémy Mallein, conseiller au service forêt de la chambre d'agriculture de l'Isère.

Depuis une dizaine années, les scieurs font leurs offres sur des boitiers électroniques. Outre l'avantage du temps réel et de la transparence durant la vente comparé aux enchères à la criée, l'ONF peut également mener un meilleur suivi des statistiques et des demandes de chaque scierie. La meilleure offre remporte le lot. Mais si elle est plus faible que le prix minimum fixé par la commune propriétaire, il est retiré de la vente.

Des ventes à l'unité de produit

Entre les chuchotements de la salle, l'attente de l'affichage du vainqueur et la surprise de certains montants affichés, la vente est bien rythmée. « C'est une vente sélective, avec beaucoup de concurrence et une augmentation des prix pour certains bois comme l'épicéa. Le volume de bois invendus est passé de 55 % à 42 % », explique Jean-Yves Bouvet, directeur de l'agence ONF Isère.

La partie la plus attendue reste la vente par unité de produit. Les scieurs avaient organisé un boycott des enchères publiques en septembre dernier afin d'obtenir une partie des ventes selon ce système au lieu de la vente en bloc et sur pied. Cette technique fixe le prix au m3 des bois selon une certaine qualité. Elle limite les incertitudes que peut représenter une vente par bloc. « Nous sommes un peu déçu car on a 61 % d'invendus pour la vente par unité de produit. Il semble que ce système de vente n'apporte rien de plus », note le directeur de l'ONF. Stéphane Eymard, président du syndicat des scieurs, pense que le problème est ailleurs. « La qualité des bois n'était pas à la hauteur et l'exploitation serait difficile. Il y a moins de risque lors de l'achat par unité de produit mais cela n'assure pas qu'on va acheter ». Pour lui, l'ONF doit utiliser la vente par unité de produits pour tout type de bois et non pas seulement les lots délicats. Rémy Mallein estime qu' « il faudrait un pourcentage de lot par massif et par secteur proposé à l'unité de produit. »

Impliquer les élus

Le prix de retrait joue aussi un rôle important dans la conclusion d'une vente. Quand les ventes concernent leurs communes, les élus présents montent sur l'estrade afin de suivre la vente auprès de l'ONF. « Ce sont les élus qui décident s'ils vendent ou pas durant la vente. Cela dépend de la demande. Par exemple, si une offre se situe juste en-dessous du prix de retrait, ils peuvent l'accepter ou non », explique Jean-Yves Bouvet. Mais le fonctionnement de la filière bois n'est pas toujours connu de tous les élus. L'ONF peut donc proposer un prix de retrait en fonction de leur estimation. Pour Stéphane Eymard, même si beaucoup de lots invendus ont été attribués, il y a quand même de moins en moins d'acheteurs présents. « Aujourd'hui, les bois issus des forêts publiques représentent moins de 15% de mes approvisionnements. Entre la caution à fournir pour participer aux ventes, le système de vente et le délai d'exploitation fixé, c'est très compliqué, surtout pour les petites entreprises. » L'année prochaine, la vente aux enchères devrait être dématérialisée. A voir si les échanges deviendront, eux, plus concrets.

Virginie Montmartin