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Filière bois

Bois : planter pour diversifier (a corriger)

Alain Claret a choisi de reboiser sa parcelle de trois hectares avec six essences afin de favoriser la biodiversité de celle-ci et non pas uniquement son exploitation.

Bois : planter pour diversifier (a corriger)

La communauté de communes du Trièves en partenariat avec l’association forêts Trièves-Beaumont-Matheysine (AFTBM) a mis en place un fonds de reboisement dans le cadre du Territoire à énergie positive pour la croissance verte (TEPCV). Alain Claret en a bénéficié pour un chantier forestier un peu atypique. Il souhaite une forêt diversifiée sur sa parcelle de trois hectares de Gresse-en-Vercors afin de favoriser la biodiversité. « Je veux une forêt plaisir, plutôt qu’une forêt de revenus », explique-t-il. Pour Rémi Mallein, conseiller forestier de la chambre d’agriculture de l’Isère, c’est la première fois qu’il reçoit une telle demande. « Habituellement, le reboisement est demandé à des fins d’exploitation ». Pour le propriétaire, la logique se justifie par le marché du bois. « Il a de moins en moins de valeur pour le propriétaire. Qui peut m’assurer du coût du bois dans 30 ans ? Je préfère développer une forêt riche de biodiversité », confirme-t-il. Avant de planter, il a fallu défricher. « Il y avait trop d’arbres pour que ce soit une parcelle agricole, et pas assez pour l’appeler une forêt », se rappelle Rémi Mallein.

2 500 plants plantés aléatoirement

Afin de construire ce projet, six essences seront plantées à l'automne prochain : trois résineux (sapin, mélèze et épicéa) et trois feuillus (hêtre commun, merisier, érable sycomore). Les 2 500 plants ne seront pas disposés selon des longues rangées d'une même essence. La plantation se fera en mode aléatoire. Xavier Poulat, scieur en scierie mobile, est chargé du chantier de défrichage et de reboisement et c'est également la première fois qu'il participe à un tel projet. « Planter en aléatoire n'est pas plus compliqué que la méthode classique. Ce sont les protections autour des arbres qui le seront car elles sont de tailles différentes en fonction des arbres », explique-t-il. Elles sont de 20 centimètres de diamètre pour les feuillus et 30 centimètres de diamètre pour les résineux. Il va falloir jongler pour les poser.
Mais les protéger du gibier est indispensable. Le propriétaire de la parcelle est également le président de l'association de chasse de Gresse-en-Vercors. Pour lui, le chantier c'est aussi l'occasion d'expérimenter dans ce domaine. « J'ai posé des pièges photo dans la parcelle pour observer le gibier. Il y a une forte pression dans le secteur, en particulier des ongulés », raconte-t-il. « Chevreuil, chamois, cerf... tout descend dans sa parcelle », raconte Xavier Poulat. Alain Claret a ainsi pu recenser les animaux de la zone, et l'aménager pour la chasse. Le but est de surveiller qu'ils ne broutent pas trop les nouveaux plants, autant les siens que celui du voisin qui a replanté classiquement. « Il faudra être vigilant quand les plantes vont grandir et sortir des mailles protectrices », ajoute-t-il.

Subventionner le reboisement

« Ce chantier de biodiversité est une opération intéressante pour étudier le changement climatique. On va voir comment va évoluer sa parcelle, comment l'association des espaces va fonctionner », explique Marie Chenevier, de la communauté de communes du Trièves. Un suivi plus précis se fera sur ce chantier pour mesurer la pression du gibier. « Ce sera un bon support pour échanger sur le sujet avec les autres acteurs ». Pour l'investissement, le fonds de reboisement finance ce chantier à 70%. « J'ai été très soutenu par la communauté de communes du Trièves. Un tel projet, ce n'est pas une aventure, c'est un vrai enjeu financier », dit Alain Claret. Selon le cahier des charges, il doit également mener des actions d'élagage et d'entretien durant les 15 prochaines années. Pour compléter l'investissement du chantier, il a fait le choix de vendre en bois énergie les quelques bois sortis de sa parcelle durant le défrichage.

Virginie Montmartin

SUBVENTION / Motiver les propriétaires à reboiser leurs parcelles

Le fonds de reboisement du Trièves dispose d’une enveloppe de 80 000 euros à destination des propriétaires privés. Mais 25 000 euros n’ont pas encore été consommés.

Lancé en 2017, le fonds de reboisement du Trièves s’adresse autant aux forêts publiques que privées. Les 100 000 euros disponibles pour la forêt publique ont servi à replanter huit hectares. Les propriétaires privés bénéficient de 80 000 euros, les 20 000 euros supplémentaires étant alloués à l’animation. Seize hectares de forêt privée sont actuellement financés par le fonds. Alors que l’enveloppe destinée à la forêt publique a déjà été dépensée, 25 000 euros restent à être distribués sur le total alloué à la forêt privée. « On a des difficultés à mobiliser les propriétaires car le prix du bois est faible », explique Marie Chenevier de la communauté de communes du Trièves. Les personnes qui investissent sont souvent des propriétaires retraités qui réinvestissent dans l’espoir de laisser quelque chose à leurs petits-enfants. « Il n’y a peu de jeunes qui fournissent ce type d’investissement », confirme-t-elle. Afin de limiter les frilosités, les projets sont souvent financés à 70%.

Entretenir au long terme

Mais le but de ce fonds n’est pas uniquement de reboiser à un instant donné. La subvention par le fonds de reboisement est aussi liée au suivi sur plusieurs années selon le cahier des charges signé. « Il y a des travaux à faire de dégagement et d’élagage pour être sûr de la prise des jeunes pousses. On veut être sûr que la subvention serve à quelque chose », justifie Marie Chenevier. Si ces fonds ne sont pas consommés, ils seront perdus à la fin de l’année.  VM