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Bovins viande : une forte capitalisation pour des revenus contenus

ÉCONOMIE / Présentés le 23 avril par les réseaux Cerfrance et la chambre d'agriculture régionale, les premiers résultats du projet Cap Bovins dressent un état des lieux économique des exploitations de bovins viande en Auvergne-Rhône-Alpes. Dans un contexte de recul de l’élevage et de vieillissement des exploitants, l’étude met en lumière des structures fortement capitalisées et des revenus contenus.

Par Léa Rochon
Bovins viande : une forte capitalisation pour des revenus contenus
En Auvergne-Rhône-Alpes, les élevages de type polyculture bovins-viande et les systèmes naisseurs-engraisseurs sont les plus rentables, avec respectivement 7,80 et 7,70 € d’actifs nécessaires pour générer 1 € d’EBE.

Le 23 avril, la chambre d'agriculture régionale, VetAgro Sup, Cerfrance Synergie Sud-Est et Cerfrance Alliance Massif-central, ont dévoilé les premiers résultats du projet Cap Bovins. Celui-ci vise à faciliter le financement des installations en bovins viande tout en améliorant la rentabilité des exploitations, notamment en limitant leur niveau d’endettement. Cette première restitution a permis d’éclairer la santé économique des exploitations, en particulier le poids des capitaux engagés et les revenus obtenus, tandis que l’année 2026 sera consacrée aux solutions proposées aux éleveurs.

Une dominante en naisseurs de broutards

L’analyse repose à la fois sur les données du Réseau d’information comptable agricole (Rica), piloté par le ministère de l’Agriculture, et sur celles issues des exploitations suivies par les services comptables de Cerfrance en Auvergne-Rhône-Alpes (Aura). Au total, 6 000 exploitations spécialisées en bovins viande disposant d’au moins 10 unités de gros bétail (UGB) ont été étudiées, dont 2 200 dans la région. Celles-ci se concentrent principalement dans le bassin charolais de l’Allier, en Aubrac, ainsi que dans d’autres zones plus spécialisées, notamment en Isère. À l’échelle régionale comme nationale, les systèmes naisseurs de broutards dominent largement. En Aura, les exploitations se caractérisent par un recours limité au salariat, avec en moyenne 0,2 unité de travail humain (UTH) salariée, et par une forte orientation herbagère. Les systèmes intégrant de l’engraissement se distinguent toutefois par une part plus importante de cultures céréalières, qui représentent environ 12 % de la surface agricole utile (SAU). Les structures présentent des dimensions variables, avec des surfaces comprises entre 130 et 152 hectares pour les exploitations de polyculture-élevage, qui comptent en moyenne 95 UGB, tandis que les systèmes naisseurs-engraisseurs atteignent environ 137 UGB. Le nombre de vaches allaitantes s’établit autour de 59 têtes dans les systèmes de polyculture-élevage, contre plus de 80 dans les exploitations spécialisées, un niveau qui reste inférieur à la moyenne nationale estimée à 100.

Environ 25 000 € de revenu disponible par exploitation en 2024

En s’intéressant à la structure du capital des exploitations en 2024, Annabelle Barthélémy-Dubost, chargée d’études au Cerfrance Alliance Massif central, a mis en évidence une progression marquée des niveaux d’actifs1 et de patrimoine entre 2020 et 2024, et ce quel que soit le système de production. Cette évolution s’explique notamment par la hausse du prix du matériel, des bâtiments et des frais de structure, mais également par une amélioration de la conjoncture en bovins allaitants depuis 2022. Dans le même temps, les investissements en matériels ont progressé dans l’ensemble des systèmes. Malgré cette augmentation des capitaux mobilisés, les taux d’endettement sont restés relativement stables et demeurent inférieurs à ceux observés dans d’autres productions agricoles telles que les bovins lait, les grandes cultures ou encore le porc. En matière de performance économique, les systèmes de polyculture bovins-viande et les naisseurs-engraisseurs apparaissent comme les plus favorables, avec respectivement 400 600 et 384 000 € d’actifs par unité de travail humain familial (UTHf), pour des niveaux d’endettement de 46 et 38 %. À l’inverse, les systèmes naisseurs de broutards se distinguent par des niveaux d’actifs plus modestes.

Des revenus modestes au regard des capitaux engagés

L’analyse de l’excédent brut d’exploitation (EBE) met en évidence des écarts entre les systèmes, tout en soulignant une relative convergence des revenus disponibles. Les naisseurs de broutards dégagent ainsi un EBE de 43 392 €, dont 25 529 € de revenu disponible, tandis que les naisseurs engraisseurs atteignent 49 705 € d’EBE pour 26 403 € de revenu disponible. Les exploitations de polyculture bovins-viande affichent quant à elles un EBE de 51 427 €, mais un revenu disponible légèrement inférieur, à 24 046 €.

7 à 8 € d’actifs pour 1 € d’EBE

Finalement, la plupart des systèmes se situaient autour de 25 000 € de revenu disponible en 2024, soit environ 1,5 salaire minimum interprofessionnel de croissance (Smic), à l’exception des ateliers d’engraissement pur, qui restent en retrait. Ce niveau de revenu apparaît relativement limité au regard des capitaux mobilisés, puisqu’il faut engager entre 7 et 8 € d’actifs pour générer 1 € d’EBE. Cette caractéristique contribue à expliquer le faible attrait de ces systèmes pour les investisseurs, en raison d’un besoin important en capital pour une création de richesse jugée modeste. Les perspectives pour 2025 apparaissent toutefois plus favorables, portées par la hausse des prix de la viande. Les experts invitent néanmoins à la prudence, dans la mesure où ces résultats ne prennent pas en compte la valeur du cheptel, susceptible d’augmenter fortement dans les prochaines années.

Léa Rochon