C'est la rentrée... chez les chasseurs
C'est une ouverture toujours attendue. En Isère, la saison de chasse a démarré depuis dimanche 11 septembre. Si le rendez-vous continue de susciter une certaine impatience, cette année, le milieu est aussi gagné par l'appréhension, après l'accident qui a causé le décès d'un randonneur à Revel l'an passé. « Pour éviter qu'un tel drame ne se reproduise, la pression est mise pour accroître la sécurité », insiste Jean-Louis Dufresne, président de la Fédération départementale de chasse de l'Isère (FDCI). En amont de la saison, différentes journées dédiées à la sécurité ont été organisées. Une journée de réglage des carabines a eu lieu à Saint-Jean-d'Hérans et un salon consacré à la sécurité s'est déroulé au sein du parc naturel des Chambaran. Elles ont rassemblé environ 500 chasseurs et sont venues en complément des formations organisées régulièrement pour le permis de chasser et l'approfondissement de connaissances. « L'objectif est de permettre aux chasseurs de régler leurs armes pour bien les maîtriser et avoir confiance en elles », explique Jean-Louis Dufresne.« La sécurité est le premier objectif de la fédération. Il y avait déjà de nombreuses règles inscrites dans le schéma départemental de gestion cynégétique approuvé par le préfet, mais nous les avons encore renforcées suite à l'accident », affirme ainsi le président. Et de citer les obligations de porter des vêtements oranges, d'avoir suivi une formation de responsable de battue pour toutes personnes qui encadreront des équipes à partir de 2018, l'interdiction de tirer au dessus des routes goudronnées, le développement des miradors... Au niveau de la cohabitation entre les différentes activités pratiquées, un travail est en cours pour proposer des panneaux d'information indiquant notamment les jours de chasse. Le vendredi est un jour sans chasse et que dans certains secteurs soumis à une forte fréquentation de randonneurs, des sociétés de chasse ont suspendu l'activité le dimanche après-midi.
5 800 sangliers et 600 000 euros
Pour la FDCI, la prolifération des sangliers reste aussi un sujet d'actualité. Des améliorations ont été notées mais les efforts doivent se poursuivre pour réguler la population. « Certaines zones enregistrées comme « point noir » ont enregistré des évolutions, mais il y en a où les problèmes persistent. Dans ces lieux, nous mettrons une forte pression aux chasseurs qui ne jouent pas le jeu. Il faut trouver des solutions efficaces. Je pense que nous sommes assez grands pour nous faire plaisir pendant quatre mois, mais aussi pour faire la régulation nécessaire après », assure Jean-Louis Dufresne. « Quand nous devons envoyer la louveterie, c'est un échec. Certaines ACCA (Associations communales de chasse agrées) ont commencé à s'occuper du sanglier le 15 août, et certaines le 1er juin. Ces pratiques se développent. Il faut continuer ». Pour la saison 2015-2016, 5 800 sangliers ont été tués et le montant des indemnisations approche les 600 000 euros. C'est la deuxième année la plus forte. Pour le président, le message aux chasseurs est ferme : « Si nous dépassons le budget fixé, nous utiliserons le principe de responsabilisation ». Une façon d'encourager chacun à faire le nécessaire.
Simples exécutants
Les apppels pour que les chasseurs interviennent sur le loup se multiplient de toute part. Selon la FDCI, « le loup doit être régulé. Nous ne devons pas le laisser proliférer là où il commet des dégâts, car, bien sûr, il y a l'aspect économique, mais il faut aussi tenir compte du psychologique.» Jean-Louis Dufresne l'assure : « Les chasseurs formés peuvent intervenir en battue, si le préfet a donné son accord, mais nous ne sommes que de simples exécutants ». Quant aux blaireaux, en recrudescence, et à l'origine d'importants dégâts, le problème est que l'animal chassable, sort principalement la nuit. Il est donc nécessaire de s'entendre entre chasseurs, piégeurs, déterreurs, et louvetiers. Mais, comme il n'est pas indemnisable, il est difficile d'estimer le développement de la population. En attendant, dans les cultures, le problème s'amplifie.
Isabelle Brenguier
ENCADRE
Des bêtes et des dégâts
Ici, les sangliers. Là, les cervidés. Ailleurs, ce sont les blaireaux qui officient. Les problèmes de dégâts d'animaux dans les cultures ne s'arrêtent jamais et les agriculteurs sont exaspérés. D'autant que les pertes sont souvent loin d'être négligeables. En témoigne, Patrice Girard, éleveur au Gua, et représentant de la chambre d'agriculture pour le dossier chasse, qui suit les déclarations envoyées par les agriculteurs à la FDSEA et qui est lui-même confronté à d'importants dégâts dans ses champs. « Dans l'unité de gestion 5 (secteur de Saint-Paul-de-Varces, Vif, Le Gua..., l'augmentation des cervidés et des mouflons n'est pas tenable. La population est en plein développement et les dégâts sont considérables. Pour ma part, ils ont brouté mes céréales au printemps sur 18 hectares, et je connais un agriculteur à Roissard qui, en présence d'un expert, en a compté une quarantaine dans une parcelle de trois hectares », explique-t-il. « Il y en a beaucoup trop. Et il n'y a pas que les problèmes sur les cultures qui peuvent être importants. Les risques sur la route le sont aussi. Je suis également très inquiet au niveau sanitaire. Il ne faudrait pas qu'ils soient vecteurs de maladie ».Poursuivre les efforts
D'où la nécessité de bonnes relations avec les chasseurs. « Il ne faut pas y aller en ordre dispersé. Quand il y a des problèmes, il faut en informer la FDSEA qui fait le lien avec la Fédération départementale des chasseurs de l'Isère (FDCI). Aujourd'hui, nous entretenons des relations bien plus ouvertes qu'il y a quelques années. C'est important pour accroître la pression sur les animaux sauvages. L'objectif du monde agricole est de diminuer la somme des dégâts et d'arrêter l'augmentation des populations de cervidés. Des efforts ont été faits. Il faut les poursuivre. Je pense également qu'il faudrait encore davantage limiter l'agrainage ».IB