C'est pas plié pour le peuplier
C'est un cri d'alarme ou d'amour, ou les deux à la fois, qu'a poussé Véronique Jabouille, responsable du CRPF pour les départements de l'Ain et de l'Isère, au cours de la dernière assemblée générale de Valfor, l'association des propriétaires forestiers du Nord-Isère, le 4 mai au Bouchage. « La pénurie nous guette », lance-t-elle à la quarantaine de personnes de l'assistance.
Mal aimé
Sous l'effet de deux phénomènes, la rouille qui avait fortement attaqué certains cultivars de peuplier, le beaupré en particulier, et sous la pression environnementaliste, les plantations ne se renouvèlent pas autant qu'il faudrait. « Pour se débarasser de son chien, on dit qu'il a la rage, paraphrase Véronique Jabouille. Pour le peuplier on lui attribue de nombreux maux ». Consommateur d'eau, culture industrielle, pollen allergisant, bon que pour des allumettes... La responsable technique énumère la liste pour la contrecarrer. Car selon elle, le bois de peuplier ne sert pas qu'à fabriquer des palettes et des allumettes. « Le marché du bois est à 90% résineux, énonce Bertrand de Germiny, président de Valfor. Dans les 10% de feuillus, 40% sont réprésentés par le chêne, mais le peuplier vient derrière immédiatement avec 20% ». C'est un bon bois de charpente soutient Véronique Jabouille, non seulement par sa longueur mais aussi parce qu'il ne prend pas les insectes. « Et avec les classifications classifications, on peut y recourir avec plus d'efficacité qu'il y a quelques années ». Avec un traitement à haute température, on peut même l'utiliser à l'extérieur sur des terrasses. En meuble, il est tendance car clair. Alors la technicienne incite son auditoire à replanter. « L'Ain et l'Isère sont des territoires naturels pour la populiculture, il y a des stations favorables ».
20 ans seulement
Et c'est un bois qui pousse vite. « Avec le chêne c'est au moins 80 ans d'attente, mais plus communément entre 100 et 120 ans, le peuplier, c'est seulement 20 ans ! » Un propriétaire peut donc réaliser trois récoltes dans sa vie. Les prix s'étaient écrasés comme beaucoup d'essence de bois, « mais ils se reprennent », assure Véronique Jabouille. Elle cite une vente significative en volume au mois de décembre dernier, où les prix ont connu une augmentation entre 15 et 20%. « Un peuplier, élagué, blanc, peut atteindre 50 euros le m3 sur pied. En moyenne, on peut compter sur 30 et 35 euros le m3. Bien sûr, quand il part à l'emballage, on n'est qu'autour de 20 euros... », indique-t-elle.
Si la technicienne est si enthousiaste, c'est que le marché a besoin de peupliers. Un tiers de ce qui est coupé n'est pas replanté. La région Rhône-Alpes est en déficit d'approvisionnement depuis plusieurs années, tandis que le quart sud-ouest de la France va l'être à partir de 2018. Cela va créer à terme une pénurie catastrophique pour certaines scieries et pour l'aval de la filière. Avec une fois de plus, un vide comblé par des importations. C'est le contraire de l'économie circulaire.
Jean-Marc Emprin
Transition
La forêt bouge. Au-delà du slogan, c'est une réalité pour les organisations sylvicoles. La disparition de l'UGDFI (1) entraîne une rationalisation des organismes forestiers par le regroupement des associations de propriétaires sous la bannière de l'Union de la propriété forestière de l'Isère (UPF 38). Cet organisme est présidé depuis un an par Albert Raymond qui a pris la suite de Bruno de Quinsonas-Oudinot. « Nous avons deux jambes, une pour représenter les propriétaires auprès des instances publiques, la deuxième pour les accompagner techniquement et administrativement sur le terrain en forêt privée », commente sobrement le récent président.Celui-ci fait d'ailleurs état des problèmes importants que soulève désormais la population de gibier, notamment chevreuils et cerfs. Si le premier ne cause des dégâts que les premières années, le deuxième par sa taille est capable de nuire aux plantations pendant une vingtaine d'années. Une pression insupportable pour les propriétaires sylviculteurs qui essayent de gérer le problème avec les chasseurs. Mais leur réceptivité est variable dans le département.Le monde de la forêt bouge également par la présence désormais sur le terrain des techniciens du CRPF et de ceux du service Forêt de la chambre d'agriculture. « Nous devrons travailler ensemble », commente Véronique Jabouille, responsable des services du CRPF (2) en Isère et dans l'Ain. Bruno de Quinsonas, représentant de la forêt au sein de la chambre d'agriculture, souligne l'écoute de l'organisme consulaire et de son président Jean-Claude Darlet vis-à-vis du secteur forestier. Les hommes pourraient bouger. C'est en tout cas le souhait de Bertand de Germiny, qui aimerait laisser sa place à la présidence de Valfor. Mais les prétendants ne se bousculent pas. JME (1) Union des groupements de développement forestiers de l'Isère(2) Centre régional de la propriété forestière