« Ca ne paye pas »
C'est une exploitation agricole moderne, qui produit près d'un million de litres de lait par an, avec des équipements optimisés. Ses associés ont mené une vraie réflexion sur les coûts de production, assortie de résultats, et la ferme s'est largement diversifiée ces dernières années. « Tout ça, c'est bien, mais ça paye pas », résume Nicolas Perrin, un des trois associés de la ferme des 13 Fontaines à Brézins.
L'exploitation recevait, mardi 24 août, la visite du préfet de l'Isère, Lionel Beffre, et des élus locaux, notamment, le président du Conseil départemental, Jean-Pierre Barbier et le vice-président de la Région, Yannick Neuder, ainsi que les responsables de la DDT, sur l'invitation de la Coordination rurale. « Pour un litre de lait, nos coûts de production s'élèvent à 55 centimes. Le prix de vente s'établissait à 35 centimes en 2015. Avec les produits complémentaires, nous parvenions à un total de 46 centimes, ce qui représentait déjà une perte de revenus d'une dizaine de centimes l'an dernier. En 2016, le prix de vente du lait est passé à 30 centimes, nous perdons donc 5 centimes de plus. La perte provisoire s'établit donc à 14 centimes par litre de lait, sur une production de un million de litres, soit 63 000 euros par an », explique Nicolas Perrin. L'exploitation, qui compte un troupeau d'une centaine de vaches de race montbéliarde, livre à la laiterie du Châtelard, à Eydoche. C'est une entreprise de proximité certes, mais l'exploitant ne se berce pas d'illusions : « Pourquoi payerait-elle plus cher que Lactalis ou un autre ? »
L'organisation des filières
Concernant la production laitière, le syndicat estime que « les producteurs sont la variable d'ajustement de la conquête des marchés par les industriels ». Dans le collimateur, les coopératives agricoles « qui ne respectent plus les valeurs qu'elles sont censées défendre ». La Coordination en appelle à « un système de régulation à l'échelle européenne ayant pour but la maîtrise des volumes de lait pour le maintien des prix dans une fourchette liée aux coûts de production ». « Un système de quotas ? » interroge le préfet. « Non », se défend François Ferrand, le président de la CR de l'Isère. Pour lui, « le problème du lait, c'est que l'interprofession ne fonctionne plus. ». Le syndicat demande pour toutes les productions une « réforme en profondeur des relations commerciales », de même qu'une « réforme drastique de la Pac » ainsi qu'une « une harmonisation fiscale et sociale » de l'UE.
Jean-Pierre Barbier a souligné que la France, à travers les contrats laitiers, avait fait le choix de ne pas libérer la production, contrairement à d'autres pays européens qui, en plus, ont mis en place des outils de transformation. « Le problème n'est pas que politique, mais aussi celui de l'organisation des filières », a-t-il insisté. Il a souligné une situation « d'urgence » et « une fragilité » liée au fait « que les fournisseurs de la profession en sont devenus les banquiers. Les trésoreries des exploitations sont à sec, il y a beaucoup d'argent dehors. Il faut en tenir compte. »
Diversification
A son niveau, chaque exploitation cherche une solution pour tenir la tête hors de l'eau. A la ferme des 13 Fontaines, le maître-mot a été la diversification. Le Gaec a été pionnier dans l'installation de distributeurs de lait. « Cela a été un tremplin pour nous faire connaître », insiste Aurélie Perrin, qui est salariée de l'exploitation. Formée à la communication, elle a aussi eu l'idée « de faire venir les gens à la ferme ». Ferme pédagogique, magasin de vente directe, marchés de Noël, journées portes-ouvertes : l'agrotourisme et la vente directe on aussi porté leurs fruits. Aujourd'hui, la ferme trouve son équilibre grâce à son atelier noix. « Nous avons eu la chance que le grand-père plante des noyers », reconnaît son mari Nicolas Perrin. Sur 22 hectares, 18 sont en production. Le Gaec compte une superficie de 230 hectares dont le tiers est réservé aux grandes cultures, un secteur qui rencontre aussi des difficultés. Enfin, une réflexion a été menée sur l'optimisation des outils de production avec l'arrivée des deux jeunes agriculteurs, Aurélien Jay et Damien Chevalier, quelques mois avant que se déclenche la crise laitière. Un deuxième robot de traite a ainsi été installé et le troupeau porté à 100 têtes. Modernisation du travail, bien-être animal et humain, les exploitants ne reviendraient pas en arrière, même s'ils ont aujourd'hui l'impression de se trouver dans une impasse.
Dans la même journée, la délégation s'est rendue dans l'exploitation céréalière de Thierry Boiron à Ornacieux.
Isabelle Doucet