Accès au contenu

Cadmium : L’Anses appelle à un durcissement des seuils

Fertilisation / L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a rendu public, le 24 mars, une expertise confirmant la surexposition d'une part significative de la population française au cadmium. Les agriculteurs sont invités à réduire leurs apports d’engrais phosphatés.

Par Christophe Soulard 
Cadmium : L’Anses appelle à un durcissement des seuils
Pour stopper l’accumulation de ce métal, l’Anses préconise de ne pas dépasser un flux d’apport de 2 g de cadmium par hectare et par an.

C’est un petit coup de tonnerre qui secoue la communauté scientifique et agricole après la publication de l’avis de l’Agence de sécurité sanitaire (Anses) sur le cadmium, intitulé « Priorisation des leviers d’action pour réduire l’imprégnation de la population française selon une approche d’exposition agrégée ». Les analyses de l’agence pointent du doigt des produits de consommation courante comme des vecteurs principaux du cadmium : céréales du petit-déjeuner, pains, pâtes, pommes de terre et certains légumes. Ce métal lourd peut poser des risques sanitaires sérieux : insuffisance rénale, fragilité osseuse, cancers et troubles du neurodéveloppement, a indiqué l’Anses. Le cadmium présent dans certaines denrées provient majoritairement de la contamination des sols, elle-même alimentée par l’utilisation historique et actuelle des engrais minéraux phosphatés. Ces derniers « sont élaborés à partir de roches phosphatées en grande partie situées hors de France » et certaines « peuvent contenir des teneurs plus élevées en cadmium », a précisé Yann Le Bodo, expert au sein de la direction sciences sociales, économie et société de l’Anses.

Changer de fournisseur ? 

Pour stopper l’accumulation de ce métal, l’Agence préconise de ne pas dépasser un flux d’apport de 2 g de cadmium par hectare et par an. Pour atteindre cet objectif, le levier réglementaire proposé est ambitieux : abaisser la teneur maximale des engrais minéraux phosphatés à 20 mg de cadmium par kilogramme d’anhydride phosphorique (P₂O₅). Ce seuil, déjà évoqué en 2019, représenterait une contrainte structurelle forte pour les fournisseurs. Ils seraient contraints de changer de source d’approvisionnement et de privilégier des roches phosphatées naturellement pauvres en métaux lourds (lire encadré). À titre de comparaison, les Chinois ont limité dès le 1er juillet 2020, la teneur maximale en cadmium à 10 mg/kg dans les fertilisants minéraux ; pour les autres types d’engrais, la limite est de 3 mg/kg de matière sèche. En Russie, le standard national impose un seuil de 20 mg Cd/kg. Au Brésil, la limite est fixée à 80 mg/kg. En revanche, il n’existe aucune limite ni pour l’Inde, ni pour les États-Unis, même si Washington émet quelques recommandations. 

Étiquetage obligatoire 

L’Anses estime en outre possible de recourir à des techniques de traitement industriel (décadmiation) dont le coût est désormais jugé « raisonnable ». Parmi ces propositions, l’Agence préconise aux agriculteurs de limiter le transfert du cadmium vers les cultures en optimisant la fertilisation. Il est recommandé « d’ajuster précisément les apports en fonction des besoins réels des cultures et de l’état du sol pour éviter tout surplus inutile », souligne l’avis. Ce dernier encourage également les pratiques agronomiques qui permettent d’utiliser le phosphore déjà présent naturellement dans les sols, limitant ainsi le recours aux fertilisants externes. L’Anses, qui préconise un étiquetage obligatoire de la teneur en cadmium sur tous les fertilisants, afin de « permettre aux agriculteurs de faire des choix éclairés », appelle à ouvrir des chantiers sur les teneurs en cadmium des effluents d’élevage et des boues de stations d’épuration (STEP). Elle souhaite, enfin, le développement de l’innovation variétale, pour produire les plantes moins enclines à absorber et à stocker le cadmium dans leurs parties comestibles. 

Christophe Soulard 

Des roches plus ou moins phosphatées 

INFO+

Des pays comme la Russie, la Finlande, l’Afrique du Sud ou encore la Jordanie détiennent des terres et des roches dont la teneur en cadmium est inférieure à 20 mg/kg. En Russie et en Finlande, les gisements sont d’origine magmatique (Kola), très pauvres en cadmium. En revanche, les terres du Maghreb (Algérie, Tunisie et Maroc) détiennent de grands gisements de phosphate. Le Maroc détient le premier gisement mondial. Le taux de Cd dépasse les 50 mg. Selon FranceAgriMer, la France a importé en 2023, 213 000 tonnes équivalent phosphate. Elle est l’un de plus gros importateurs de l’UE (17 % des volumes), notamment du Maroc (46 % des volumes de l’UE), de la Russie (25 à 30 %), d’Arabie saoudite et des États-Unis.