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Installation

Candidats et cédants : comment s'entendre ?

Pas facile pour un jeune de trouver une exploitation à reprendre lorsqu'il dispose de peu de capitaux. Pourtant des solutions, assorties de leviers, existent et ont été présentées en Bièvre-Valloire.
Candidats et cédants : comment s'entendre ?

Lorsqu'un agriculteur cesse son activité, la question de l'avenir de son exploitation se pose en deux termes : reprise par un jeune désireux de s'installer ou rachat par un agriculteur soucieux de se développer. « Beaucoup d'exploitations ne trouveront pas de successeurs », expliquait Jean-Marc Vallet de la chambre d'agriculture lors d'une réunion locale à Penol. Après avoir analysé les conditions d'installation en Bièvre-Valloire en dans l'Isère Rhodanienne, il constate que certes « l'agriculture est moins porteuse », mais surtout, que « de moins en moins d'enfants prennent la succession des parents et l'on observe un accroissement des candidats hors cadre familial ». Mais ces candidats peinent à trouver du foncier. Pour reprendre une exploitation ou s'installer, la question des capitaux est essentielle, or un jeune dispose rarement des fonds nécessaires.

Le fermage comme solution

A Gillonnay, Jean-Louis Didier, qui est également maire de la commune, a présenté dans quelles conditions il avait pu transmettre son exploitation, la ferme de Montgontier, à Anthony Jacob. « C'est une ferme de 100 hectares de coteaux et de plaines, à 100% en fermage, y compris le bâtiment. Elle compte vingt propriétaires dont deux significatifs », explique-t-il. Amoureux de son métier, il est le père de trois enfants qui ont choisi d'autres voies que celle de l'agriculture. A l'âge de la retraite et au moment de passer la main, il pensait avec conviction qu'une installation était préférable à un agrandissement. « Le propriétaire principal m'a demandé de trouver un successeur, poursuit-il. Ils étaient neufs candidats au répertoire national, quatre étaient crédibles et Anthony, je le connaissais ». Jean-Louis Didier, souligne combien il est préférable que le cédant s'investisse dans cette recherche plutôt que les propriétaires. L'enjeu étant de conserver un maximum de foncier dans l'exploitation, ce qui fut le cas pour 80 hectares sur les 100 de la SAU d'origine.

Des baux en règle

Pour Anthony Jacob, qui avait travaillé pendant deux ans au service de remplacement et à la ferme du lycée agricole de La Côte-Saint-André, ce projet est l'heureux hasard d'une rencontre. D'autant qu'il avait affaire a un agriculteur peu classique car possédant peu de foncier. « En fermage, les propriétaires attendent que les terres soient travaillées et le fermage payé, moyennant quoi, les relations sont bonnes. J'ai toujours souhaité avoir des baux en règle. Quant au bâtiment d'élevage laitier, j'ai procédé à des travaux en accord avec le propriétaire, dans le cadre d'une convention qui prévoyait les amortissements. Aujourd'hui, la stabulation est aux normes et fonctionnelle », ajoute Jean-Louis Didier. Son conseil : dans le cadre d'une transmission, il convient d'éviter de transmettre des actifs et de préférer dissoudre l'Earl pour démarrer sur une autre structure. Pour Anthony Jacob, grâce au fermage, l'investissement s'est limité à l'achat du cheptel et du matériel. Certes, le jeune agriculteur paye un loyer, mais c'est aussi une opportunité de pouvoir s'installer lorsque l'on en n'a pas les moyens. Jean-Louis Didier insiste sur le fait que n'étant pas propriétaire, cela ne l'a pour autant jamais empêché de faire évoluer son exploitation. L'Earl compte aujourd'hui 32 vaches laitières de race montbéliarde. Anthony a fait le choix de conduire l'exploitation légèrement différemment de son prédécesseur en augmentant le rendement des bêtes pour passer d'un quota de 160 000 à 240 000 litres. Pour autant, la transmission s'est effectuée dans le respect de chacun et la transparence. « Nous avons bâti le projet ensemble », insiste Jean-Louis Didier.

Anticiper

Jean-Marc Vallet délivre en complément quelques pistes pour favoriser la transmission à un porteur de projet. A commencer par l'anticipation. Dès 55 ou 57 ans, il s'agit de penser à la retraite, à ses besoins et à différencier son patrimoine personnel du capital de l'exploitation. Puis il faudra décider de ce que l'on désire transmettre, évaluer les biens, prévoir les incidences fiscales d'une cessation d'activité et essayer d'identifier un successeur. Vient alors le temps de l'action avec la déclaration d'intention de cessation d'activité (Dica) à la MSA - à 57 ans - et la prise de contact avec un conseiller de la chambre d'agriculture spécialisé dans la transmission. Il faut en effet compter trois ans entre la décision de cessation et la cessation effective. Le conseiller transmission peut aider le cédant à élaborer un scénario de transmission et à évaluer l'exploitation. L'inscription au répertoire départemental d'installation (RDI), via son site internet national, permet de publier une offre de façon anonyme. Ce sont les chambres d'agriculture qui font le lien. L'agriculteur est alors aidé à hauteur de 3 000 euros abondés de 1 000 euros s'il effectue un stage de cédant.

Isabelle Doucet

 

Saint-Prim /

Trois mois pour une bonne entente

« C'est une vie d'agriculteur que je n'ai pas vue passer », explique Gérard Clamaron, 63 ans, agriculteur à Saint-Prim. Sur son exploitation de 45 hectares, la moitié en fermage, la moitié en propriété, il cultive des céréales, des asperges et des fruits. « Je voulais m'arrêter en 2013 », poursuit-il. Il songe d'abord à une solution de proximité, mais là aussi, le hasard le fait rencontrer David Bruyère de Saint-Clair-du-Rhône, désireux de s'installer dans le coin. La plus grande difficulté de cette transmission tient à la préservation de la culture à plus forte valeur ajoutée, c'est-à-dire les asperges, sur une parcelle en fermage que son propriétaire souhaite récupérer. Restent donc 37 hectares à valoriser. Le jeune agriculteur pratique déjà la vente directe et fait partie d'un magasin de producteurs. « Le stage de reprise de trois mois permet de voir beaucoup de choses et de savoir s'il y a une bonne entente entre le cédant et le repreneur », note le jeune agriculteur. Pour les deux hommes, le seul regret est de ne pas s'être rencontrés plus tôt, de façon à anticiper l'évolution de l'exploitation, notamment pour arracher les fruitiers et replanter. Ce qui a facilité la transmission, c'est l'absence de bâtiment d'élevage et donc la modestie des capitaux en jeu.

 

L'installation en Bièvre et en Isère Rhodannienne

Il y avait 1496 exploitations en Bièvre-Valloire en 2000 et 1 174 en 2010, soit une diminution de 22%. En Isère rhodanienne, le recul est plus important avec 1 055 exploitations en 2000 contre 703 en 2010, soit -33%. Dans la période, la Bièvre-Valloire a perdu 2 000 hectares, passant de 48 295 à 46 350 hectares. L'Isère rhodanienne est quant à elle passée de 30 222 hectares de SAU à 28 515 entre 2000 et 2010. La taille moyenne des exploitations s'est accrue de 41% en 10 ans pour s'établir à une quarantaine d'hectares. On assiste au développement du maraîchage, plus particulièrement en Bièvre-Valloire, consommateur de petites surfaces. Les Gaec disparaissent au profit des structures individuelles. La moyenne d'âge est significative de l'état de la profession : 58% des exploitants ont plus de 50 ans en Bièvre-Valloire et 60% en Isère rhodanienne. Les moins de 40 ans représentent 15% des actifs. Seul signe positif, il semble plus aisé de trouver un successeur en 2011 qu'en 2000. Il y a aujourd'hui 42 exploitations sans successeur en Bièvre-Valloire, ce qui représente 2 238 hectares libérables et 134 fermes à reprendre en Isère rhodanienne, soit 2 268 hectares. Les candidats au répertoire en Isère sont 250 dont 54 positionnés sur la Bièvre-Valloire et 21 sur l'Isère rhodanienne. Des choses devraient donc pouvoir se concrétiser...

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