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Tour de plaine

Canicule : Une année exceptionnellement sèche

Sous le soleil brûlant, les cultures se dessèchent. Les agriculteurs s’adaptent du mieux qu’ils peuvent.

Canicule : Une année exceptionnellement sèche

« Le mal est fait ». Chez André Coppard, dans le Nord-Isère, les fortes chaleurs des derniers jours ont complètement desséché les maïs. « Même s'il pleuvait maintenant, cela serait trop tard pour le rendement ». « On pouvait tenir jusqu'à cette semaine, confirme Lionel Girerd-Chanet, éleveur charolais à Granieu, mais les maïs, le soja et les prairies sont désormais grillés. » Le maïs a trois semaines d'avance donc l'ensilage va débuter mi-août. C'est le seul moyen de « sauver le maïs ». Sans réelle garantie du taux de matière sèche finale. « On sait qu'on va perdre entre 20 et 30 quintaux pour le maïs », explique Lionel Girerd-Chanet. Pour les cultures de soja, c'est le même problème. Alors que le soja a en moyenne 12 rangées de gousses, il n'en a actuellement que 6 ou 7 sur les parcelles de l'éleveur à Granieu. « On va perdre au moins 10 quintaux pour le soja ». Selon Jérôme Huguet, éleveur laitier à Dolomieu, il va falloir semer plus tôt pour passer les chaleurs. « En 10 ans d'installation, je n'ai jamais vu ça ». Malgré tout, selon André Coppard, on n'en est pas encore au stade des conséquences de l'année 2003. Le tournesol, lui, aurait moins souffert que le maïs et n'aurait qu'une semaine d'avance.

Les stocks d'hiver entamés

La chaleur ne profite pas non plus aux bovins. L'éleveur charolais de Granieu empiète sur le stock d'hiver depuis déjà trois semaines. « Elles sont en stabulation 8 heures par jour. La chaleur c'est animaux, alimentation et ravageurs en plus », déplore Lionel Girerd-Chanet. Pour Jérôme Huguet, l'éleveur laitier de Dolomieu, le constat est moins sombre car il a choisi d'équiper son bâtiment depuis deux ans en brumisateurs et ventilateurs. « Le lait se maintient pour le moment même si elles mangent cinq kilos de moins par jour ». Les génisses sont aussi au foin depuis le 10 juillet et entament le stock de l'hiver prochain. « Avec l'ensilage de cette année, on sait que ce sera dur de faire du lait l'année prochaine », explique Jérôme Huguet.
Sous les tunnels des maraîchers, la chaleur se fait aussi sentir. « Les tomates mûrissent moins vite et les fleurs risquent de tomber. Les salades prennent des maladies et les feuilles des courges et pommes de terres se dessèchent », constate Laurent Naselli, maraicher au Fontanil-Cornillon. Pour faire baisser la température, il utilise un goutte-à-goutte, favorise le paillage du sol et le binage. « La plupart des maraîchers irriguent. Pour ceux qui le peuvent, ils essaient de faire circuler l'air dans les tunnels ou encore les blanchissent », explique Christel Robert, animatrice du Groupement des maraichers Isère et Drôme (GMID). Malheureusement, les dégâts ne sont mesurables qu'après coup. S'ajoutent aussi à la chaleur, les ravageurs. « C'est un temps qui va parfaitement aux acariens et aux thrips », explique l'animatrice. Le maraîcher va devoir lancer ses premières cultures d'hiver sous serre dans deux semaines. En espérant qu'il pleuve d'ici là. En attendant, pour assurer ses ventes, Laurent Naselli a choisi de planter davantage de salades. Lionel Girerd-Chanet cultive également des pommes de terre. Selon ses premières récoltes, « c'est un peu moins d'un tiers de la production qui est perdue ».

Des écarts climatiques à répétition

Les dégâts sont d'autant plus importants dans les cultures que les agriculteurs ne se sont pas encore remis des écarts climatiques de mai et juin. Pour Laurent Naselli, les coups de chaleur de mai dernier lui ont davantage porté préjudice. « Les végétaux ne savent plus où ils en sont. Ils sont partis en fleurs trop tôt, avec le risque de geler derrière ». Les forts orages n'ont pas non plus aidé les cultures. « On a eu 220 millimètres de pluie en une dizaine de jours. Le sol était tellement tassé que ça ruisselait plus que ça ne pénétrait dans le sol au profit du maïs », raconte Jérôme Huguet. Il va devoir combler de terre un fossé de 1,70m dans une de ses parcelles. Le grand écart avec la sécheresse actuelle a fini le travail. « Il n'y a plus de réserves dans le sol », confirme André Coppard. Selon lui, il n'y a qu'une solution : « Il faut qu'il pleuve ». Entre 20 et 40 millimètres si possible.

Virginie Montmartin