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Syndicalisme

Capable d'interpeller les politiques

Le congrès de la FDSEA de l'Isère de Dolomieu la semaine dernière, a démontré la capacité de l'organisation agricole d'interpeller les élus de tous les niveaux et de tous bords.
Capable d'interpeller les politiques

En ce début d'une année éléctorale chargée, il ne pouvait en être autrement. Le congrès de la FDSEA de l'Isère a permis d'interpeller les élus quant aux politiques récentes et celles à venir, les premières permettant de juger de l'efficacité de chacun, les secondes pouvant peut-être donner des perspectives.

 

Sapin II efficace ?


Richard Duvert et Martial Durand, tous deux administrateurs de la FDSEA, ont abordé l'application de la loi Sapin II et de la loi biodiversité, dont un nouvel arrêté d'application vient d'être pris. Joëlle Huillier, députée, a mis en avant les progrès de la loi Sapin 2. « La LME vous a desservi en rendant trop fragile votre position vis-à-vis de la grande distribution. La nouvelle loi a permis de prendre en compte les coûts de production dans les négociations de prix en cours. L'industrie agro-alimentaire aura une meilleure visibilité des prix ». La députée attendait toutefois la fin des négociations (le 28 février) pour apprécier l'effet réel. « En 2016, la DGCCRF a augmenté ses contrôles en la matière et des millions d'euros ont été rendus aux fournisseurs par les distributeurs qui ne respectaient pas les textes », s'est-elle réjouit.
La députée Michèle Bonneton a regretté que sa proposition de facteur multiplicateur maximal entre le prix producteur et le prix consommateur n'ait pas été retenue. En revanche, invitée à se prononcer sur la loi biodiversité, elle a confirmé la reconduction de l'arrêté d'application quant aux distances de traitement lors de pulvérisation de phytosanitaires. En rappelant, au préalable que les agriculteurs participent par essence à la protection des ressources naturelles. « On parle des aménités naturelles de la forêt, on devrait le dire aussi pour l'agriculture qui rend service au territoire, aux habitants, aux Français dans leur ensemble. »

Une Région éloignée

Gilles Convert a abordé le nouveau rôle de la Région en matière agricole, alors qu'un peu plus tard, lors des questions de la salle, Sylvie Budillon-Rabatel s'est interrogée sur l'éloignement de cette collectivité agrandie. Bruno Désies, conseiller régional Front national, a tenu un rôle d'opposition vis-à-vis de la politique actuelle. Il a également indiqué aux dirigeants de la FDSEA « qu'ils ne constituaient pas une force politique » [dans le débat avec la Région, ndlr].Yannick Neuder, en tant que vice-président du conseil régional, a rappelé que l'agriculture avec le tourisme, l'artisanat et le commerce, est l'un des quatre piliers de la politique régionale. Le budget qui va être consacré à ce seul secteur passera entre 2015 et 2017 de 36 millions d'euros à 51 millions d'euros. « Par les investissements, nous voulons redonner de la compétitivité à l'exploitation agricole, retrouver de la valeur ajoutée, renforcer la bio qui n'est pas le monopôle de certains », rappelle-t-il. Il en profite pour s'insurger contre « les retards de paiement de 18 mois des aides PAC, un véritable scandale. »

S'emparer du pôle alimentaire

David Gallifet a interpellé au nom de la FDSEA le Département sur sa capacité à mener une politique agricole malgré la redistribution des compétences entre les collectivités par la loi Notre. Robert Duranton, vice-président délégué à l'agriculture, s'est voulu rassurant en la matière. « Une convention avec la Région nous permet de continuer d'intervenir en faveur de l'agriculture pour laquelle nous réservons 8 millions d'euros dans notre budget. » La position est d'autant mieux acceptée par la Région que les compétences ont été transférées sans budget. Quant au pôle alimentaire départemental soutenu par le Département, « c'est un dossier mené avec la Métro et les communautés de communes voisines, rappelle-t-il. L'abattoir du Fontanil va être amélioré, la consommation des bêtes locales facilitée et nous étendrons l'action au-delà de la viande. » Pascal Denolly a d'ailleurs incité les agriculteurs à s'investir dans ce projet, « une troisième voie entre circuit court et long. C'est un sujet qu'il faut s'approprier même si les effets dans les fermes ne seront pas immédiats », plaide-t-il.
En ce qui concerne la proximité de la collectivité régionale, Yannick Neuder souhaite s'appuyer sur les intercommunalités pour établir des ponts entre la politique régionale et le terrain. « C'est à l'élu local d'utiliser avec agilité le bon outil pour rétablir cette proximité », affirme-t-il.
Un outil, le GIP*, a été évoqué, notamment par Gérard Seigle-Vatte, élu du Pays voironnais, pour regretter le manque d'enthousiasme des collectivités. Mais cela pourrait évoluer, Jean-Claude Darlet, président de la chambre d'agriculture, indiquant que Vienneagglo et les Vals du Dauphiné rejoignent le dispositif et que le Grésivaudan et la Capi s'interrogent.

Jean-Marc Emprin

*GIP : Groupement d'intérêt collectif

 

« Les solutions sont chez nous et en Europe »

Si jamais les élus politiques manquaient d'idées, Pascal Denolly leur en a fourni dans son rapport d'orientation présenté lors du congrès départemental de la FDSEA 38 à Dolomieu. « L'avenir agricole est vital en matière d'indépendance alimentaire, d'emplois et de protection de l'environnement », mais pour cela il est nécessaire de « rémunérer les agriculteurs, de favoriser la recherche en s'appuyant sur le principe d'innovation et non sur celui de précaution, de choisir une agriculture de fermes et non de firmes. »
L'europe y a son rôle : « Nous n'avons pas besoin de moins d'Europe, mais de mieux d'Europe... la démocratie, l'efficacité économique et la maîtrise des marchés en dépendent. » Mais certains défauts de l'Europe doivent être corrigés : « Elle doit coordonner les règles sociales, fiscales afin que le marché unique soit juste et équitable... Elle doit aussi définir une vision stratégique des enjeux alimentaires pour une bonne visibilité des agriculteurs quant aux marchés. Cela passe par les protéger des crises, compenser le handicap, investir pour l'avenir. »
Mais toutes les solutions ne sont pas extérieures : « La loi LME doit être réformée pour donner des règles du jeu et faire de l'Etat un arbitre ». Il faut également « fonder les politiques publiques environnementales sur la culture du résultat, passer d'une logique punitive à une logique de contrats de service environnementaux. » C'est tout à fait possible si l'on en croit « le mix allemand qui allie production agricole, photovoltaïque, méthanisation ». Pour le président de la FDSEA, « les solutions ne sont donc pas toutes à l'autre bout de l'Europe, mais dépendent aussi d'une concertation respectueuse entre agriculteurs, élus, consommateurs... Toutes les solutions démarrent dans nos fermes, elles partent toutes de nous et de notre capacité d'évolution.»
 
JME