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Foncier

Captages de Virieu-sur-Bourbre : le tiercé gagnant

Afin d'améliorer la qualité de l'eau issue des captages de Virieu, syndicat des eaux, agriculteurs et Safer ont procédé à des échanges de parcelles, troquant surfaces cultivées contre prairies en herbe, avec baux environnementaux à la clé.
Captages de Virieu-sur-Bourbre : le tiercé gagnant

« Y'avait longtemps qu'on le savait... » Comme ses collègues, Thierry Guttin, éleveur laitier sur les hauteurs de Virieu-sur Bourbre, n'a pas été surpris par les démarches engagées pour améliorer la qualité des captages du secteur. Depuis les suivis opérés par la DDASS dans les années 2000, la qualité de l'eau était régulièrement mise en cause, notamment en raison d'une pollution à l'atrazine, provoquée par d'anciennes pratiques agricoles. Les contraintes étant devenues plus fortes du fait du Grenelle de l'Environnement, les captages de Virieu sont passés « prioritaires ». Il a donc fallu d'urgence engager une démarche agro-environnementale pour réduire à la source les causes de pollution. D'où un grand jeu de « parcelles musicales », mis en œuvre conjointement par le syndicat des eaux de la Haute-Bourbre, les agriculteurs impliqués, la Safer, la chambre d'agriculture de l'Isère et l'agence de l'eau Rhône-Alpes-Méditerranée Corse.

Plus d'herbe que de maïs : le nouveau régime des vaches de Thierry Guttin (gaec de Ripaillon) n'est pas pour leur déplaire.

Echanges de parcelles

Cette initiative originale n'aurait pas été possible sans la conjonction de deux facteurs : le départ à la retraite d'un couple d'agriculteurs et la compréhension fine des enjeux par les exploitants du secteur, déjà sensibilisés à la question. Les deux ensembles de captage (Layat et Frêne-Barril-Vittoz) faisaient déjà l'objet d'arrêtés préfectoraux précisant des périmètres de protection et des règles de préservation de la ressource. Mais lorsque les captages ont été classés prioritaires, il a fallu employer les grands moyens : un diagnostic agro-environnemental a été réalisé et un plan d'action élaboré, passant par l'évolution des pratiques agricoles et une étude foncière de la Safer pour envisager des échanges de parcelles.

En effet, comme l'explique Daniel Vitte, président du syndicat des eaux, « il était impensable de demander aux agriculteurs de réaliser des efforts sans leur proposer de contrepartie ». Le départ à la retraite d'André Guinet et la vente concomitante de l'ensemble des parcelles de son exploitation (21 hectares), située dans les environs du périmètre des captages sont tombés à pic. « Cette vente a été une monnaie d'échange qui a permis d'établir une relation plus facile avec les agriculteurs concernés et qui a contribué au bon déroulement de l'opération », analyse Pascal Denolly, président de la Safer.

Captage du Layat

Le syndicat des eaux de la Haute-Bourbre, via la Safer, s'est donc porté acquéreur des cinq hectares situés dans les aires d'alimentation des captages, les 16 autres étant mis en réserve par la Safer pour procéder à des échanges entre les cinq exploitants. Cultivant des parcelles situées à l'intérieur des aires d'alimentation des captages, ceux-ci ont accepté de mettre ces surfaces en prairie. Et pour les dédommager de la perte économique liée à cette conversion, le syndicat a proposé aux agriculteurs des parcelles situées à l'extérieur du périmètre afin qu'ils puissent les mettre en culture. C'est ainsi par exemple que Thierry Guttin, l'un des agriculteurs les plus touchés avec 30 hectares concernés, a converti une partie de ses terres cultivées (rotation blé-maïs) en prairie, récupérant trois hectares cultivables un peu plus loin. Pour nourrir ses bêtes, l'éleveur est passé de l'ensilage à l'herbe au printemps dernier. Il est encore trop tôt pour permette à l'exploitant de dire s'il a « gagné » ou « perdu » : « Cette année, grâce à la pluviométrie, nous avons eu beaucoup d'herbe et nous fauchons tous les jours pour les vaches. Mais qu'en sera-t-il les années de sécheresse ? »

Cadrages

Les exploitants de Virieu étant tous en polyculture-élevage, la mise en herbe des terres autour des captages allait presque de soi. « Pour nous qui avons des vaches, ça ne posait pas de problème. Avec des céréaliers, ça aurait sans doute été plus compliqué », fait remarquer Thierry Guttin. Côté « cuisine », la recette n'a pourtant pas été si simple à élaborer. « La réalisation de ce projet a nécessité la mise en musique de nombreux paramètres et un important travail administratif, indique Nicolas Agresti, directeur de la Safer Isère. Nous avons rencontré les exploitants et les bailleurs fonciers pour préciser leurs besoins et leur demander leur autorisation. Nous nous sommes ensuite mis d'accord sur le montant des terrains achetés par le syndicat, pour qu'ils soient au prix du marché. Puis les agriculteurs se sont entendus sur la répartition des nouvelles parcelles. Enfin, nous avons rédigé les documents de cadrage de ces échanges entre le syndicat des eaux et les exploitants. » En l'occurrence, des baux environnementaux d'une durée de neuf ans pour les parcelles situées à l'intérieur de l'aire d'alimentation des captages, qui stipulent qu'elles doivent être implantées en prairies. Et des contrats de prêt à usage d'une durée d'un an renouvelable, pour des parcelles, situées hors du périmètre concerné par les captages, que le syndicat prête aux exploitants, en échange de leur engagement à convertir en prairie des parcelles cultivées situées dans les aires d'alimentation.

Captage Vittoz

Subventionnée à hauteur de 80% par l'agence de l'eau, l'opération a été réalisée un temps record : tout a été bouclé en deux ans. « Nous avons souhaité imposer un rythme assez rapide, car il était important que la signature des baux et des contrats de prêt à usage soit concomitante à la vente, de manière à ce que l'ensemble de l'opération soit réalisée avec les mêmes personnes du début à la fin », précise Nicolas Agresti, qui reconnaît que le contexte local était favorable à sa réalisation : « L'opportunité de la vente de la propriété Guinet, une surface d'alimentation des captages peu importante et située dans une zone d'élevage où les agriculteurs ont autant besoin de céréales que de prairies, et surtout une très bonne ambiance locale et une volonté partagée de s'entendre ont contribué à la réussite du projet. » Qui se solde par le maintien en herbe de 32 hectares de prairie et la conversion en herbe de 20 hectares de cultures céréalières. L'enjeu maintenant est de ne voir apparaître aucun nouveau polluant. Les éleveurs sont aux aguets.

Isabelle Brenguier et Marianne Boilève