Accès au contenu
Société

Casser les barrières du handicap

Les jeunes de l’Espace anim’ de Pont-en-Royans ont organisé début juin des Olympiades handisport à Saint-Marcellin afin de sensibiliser la population au handicap.
Casser les barrières du handicap

Le jour J est arrivé : les Olympiades handisport « Cassons les barrières » sont lancées. Au gymnase de Saint-Marcellin, les habitants étaient invités début juiin à découvrir les différents sports pour les personnes en situation de handicap dans le cadre d'un tournoi. Depuis septembre, sept jeunes âgés de 14-15 ans de l'association Espace anim' de Pont-en-Royans travaillent sur ce projet. L'association échange régulièrement avec l'Institut médico-éducatif (IME) La Providence de Saint-Laurent-en-Royans au travers d'atelier de cirque ou de voyage. Cette année, les jeunes ont choisi le handisport. « C'est facile comme moyen d'échanges entre les enfants », explique Thomas Grindatto, animateur à l'espace anim'. Après avoir remporté le deuxième prix de l'appel à projet jeunes de la MSA Alpes du Nord, d'un montant de 2 000 euros, et le 1er prix spécial Solidel des 13-17 ans au niveau national, d'un montant de 2 500 euros remis au Salon de l'agriculture, ils ont pu financer leur projet. « Cela donne de nouvelles sensations au travers du handisport. Les gens peuvent se rendre compte de ce que les jeunes en situation de handicap vivent tous les jours », explique Mathys, un des jeunes porteurs du projet.
Cécifoot, footbéquille, torball... les familles étaient invitées à passer d'ateliers en ateliers pour découvrir ces handisports peu connus. Souvent, les règles sont basées sur le sport exercé par les gens valides mais avec une adaptation. Par exemple, le cécifoot, pratiqué par les personnes malvoyantes, se joue par équipe avec un ballon sonore dans une enceinte gonflable. Un guide est chargé de dicter les directions à suivre. Le footbéquille, lui, se joue comme le foot classique mais à destination des personnes amputées d'une jambe.

Financer l'équipement

Le plus connu est bien souvent le handfauteuil, pratiqué avec des fauteuils roulants particuliers. Le club de handball de Saint-Marcellin a une équipe de handfauteuil depuis quatre ans. « Ce sport procure les mêmes sensations que le handball. Au lieu de faire trois pas, on fait trois lancers de roues », explique Jean-Luc Bodin, ancien président du club. « Il y a quelques années, il n'y avait que les grosses agglomérations qui avaient du handisport. Aujourd'hui, même dans les petites communes, on veut y avoir accès », explique Elodie Vincens, du comité départemental d'handisport de l'Isère (CDHI). A Saint-André-le-Gaz, Bourgoin-Jallieu, Paladru ou encore Cessieu, les volontés sportives ne manquent pas. Mais la pratique du handisport demande quelques financements supplémentaires. « Il faut pouvoir financer le fauteuil. Les plus basiques commencent à 1 100 euros », explique Jean-Luc Bodin. Equipés de roues inclinées et roulette anti-bascule, ces fauteuils permettent de tourner très facilement. Ce sont les associations qui financent le plus souvent grâce à des aides régionales ou nationales. Alors que d'autres handisports ont besoin de peu de matériel, le handbike demande également de s'équiper. Et cela coûte cher. « Au lieu d'avoir le pédalier au niveau des pieds, il se trouve au niveau des mains. Le premier prix est à 1 500 euros, mais il y en a à 3 500 euros. Le handbike, c'est du luxe », explique Elodie Vincens.

Créer du lien

La jeune femme s'occupe d'un atelier qui compare un handfauteuil et ceux utilisés au quotidien. Chaque enfant doit passer une travée de la largeur d'une porte. Force est de constater qu'avec le handfauteuil c'est un jeu d'enfant alors que le second passe tout juste dans l'espace. « Il faut que les gens se rendent compte que les personnes handicapées ne vivent pas en fauteuil durant trois minutes mais 12 heures par jour ! Le message d'un tel événement n'est pas « c'est génial le handisport » mais prenez-soin de vous ». Et, passer les premiers matchs, les ressentis se font vite entendre. « C'est très physique ! On fait tout avec les bras. C'est difficile aussi de se situer quand on fait du cécifoot par exemple », explique Teddy Marandel, venu découvrir le handisport en famille. Le club de handball de Saint-Marcellin organise ainsi des journées hand'ensemble qui permettent aux adultes handicapés de jouer avec des valides. « On n'a pas de tournoi comme dans les sports pour valides alors on organise des journées comme hand'ensemble ou sinon on joue durant des journées de sensibilisation au handicap », explique Jean-Luc Bodin. Afin que ces Olympiades ne restent pas lettre morte, les jeunes organisateurs vont constituer une mallette pédagogique qui contiendra ballon sonore, maillots colorés et accessoires à destination des autres centres de loisirs.

Virginie Montmartin

Tirer à la carabine à l’aveugle

De nombreux handisports étaient présentés aux Olympiades mais l’un d’entre eux a particulièrement marqué les participants.

Tout est possible dans le handisport. Même le tir à la carabine à l’aveugle. Equipé d’une carabine laser dirigée vers une cible, la personne non ou mal-voyante se repère au son grâce à un casque. Semblable à une caméra de recul dans une voiture, les « bip » de plus en plus serrés et de plus en plus aigus en se rapprochant de la cible. Si l’épreuve peut étonner, elle fait pourtant partie du biathlon paralympique. « Lors d’un biathlon classique, l’athlète doit faire plusieurs kilomètres en ski de fond et ensuite tirer à la carabine à plomb dans 5 cibles situées à 50 mètres. Dans l’épreuve handisport, la personne mal-voyante est accompagnée d’un guide et la carabine est équipée d’un laser », explique Hervé Saquet, vice-trésorier de l’association Vercors handisport. Aux Jeux paralympiques, un athlète touche les cinq cibles en moins d’une minute.
Adopter une stratégie
Aux Olympiades, chacun a plus ou moins de facilité à se faire au système. « La carabine est lourde et s’est difficile de stabiliser au niveau de la cible », explique un jeune. « Et pourtant, je l’ai bien rapproché ! », s’amuse le vice-trésorier. En effet, elle a été placée à 10 mètres pour l’animation au lieu des 50 réglementaires. Afin d’aider les jeunes, un choix stratégique est conseillé : « Chacun a sa stratégie de tir. Certains font des spirales de plus en plus petites pour localiser les cibles tandis que d’autres vont déplacer la carabine de haut en bas », explique-t-il. L’association Vercors handisport aide des personnes en situation de handicap à pratiquer le biathlon. « En été, pour ne pas perdre nos acquis, nous faisons du hand-bike, du tandem ou encore des randonnées où la personne est accompagnée d’un guide », explique Marie-Laure Aubert-Saquet. Si la présence du guide peut étonner en randonnée ou en ski de fond, il doit avoir des capacités physiques supérieures au mal-voyant pour ne pas le freiner et lui décrire les éléments alentour autant par sécurité que pour le plaisir de la promenade.
VM