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Ce qui a été mesuré, c'est le désespoir qui touche le monde agricole

Jean-Pierre Rose, président du Mouvement chrétien dans le monde rural, à la veille de la journée de rencontre et de partage avec le monde agricole, le 9 septembre au LEAP Saint-Exupéry de Saint-Siméon-de-Bressieux.
Ce qui a été mesuré, c'est le désespoir qui touche le monde agricole

Comment est née cette idée de journée diocésaine pour les agriculteurs ?

L'évêque de Grenoble a souhaité rencontrer les agriculteurs. Cela fait écho aux différentes crises qu'a connu le monde agricole et plus particulièrement la crise laitière. Les évêques de France ont été sensibilisés à cela. Une délégation s'est d'ailleurs déplacée au dernier salon de l'agriculture pour rencontrer les agriculteurs. L'église a une parole à dire au regard de se qui se passe dans le monde agricole.

Quel est le principe de cette rencontre ?

C'est une rencontre qui s'adresse à tous les agriculteurs du département. Cette première édition devrait être suivie d'autres rencontres. Elle est organisée avec La Mondée qui a reçu une lettre de mission dans laquelle cette association est invitée à porter un regard attentif au monde rural et aux agriculteurs en engageant un travail spécifique dans ce milieu.

Est-ce une réponse à une recherche de spiritualité ?

Beaucoup d'agriculteurs se posent de nombreuses questions. Elles sont peut-être plus d'ordre éthique que spirituel. Et même si cette journée est initiée par le diocèse, elle est ouverte à tous ceux qui sont intéressés par ce qui pourrait être partagé.

Le partage est une valeur importante de cette rencontre ?

Ce qui a été mesuré, c'est le désespoir qui touche le monde agricole qui connaît beaucoup de suicides.
Dans la journée, différents thèmes seront proposés, dont la possibilité de discuter directement avec l'évêque, mais aussi des témoignages d'agriculteurs et de ce qu'ils vivent dans leurs fermes.

Comment la journée va-t-elle se dérouler ?

Elle débutera, à partir de 10h, par la présentation d'un micro-trottoir réalisé à Grenoble et dans la Bièvre qui propose des regards croisés sur le monde agricole. Puis les participants seront invités à réagir, à dire si cela les interpelle, s'ils se sentent concernés. Suivra l'intervention de l'évêque Mgr Guy de Kerimel et un échange à partir de l'encyclique Laudato Si* qui traite d'écologie humaine. Après un repas tiré du sac, l'après-midi sera consacré à l'exposition de la MSA Double Je et à un atelier sur l'identité de la femme dans le monde agricole, on parlera aussi d'environnement, il y aura également un groupe de parole avec l'évêque et la messe sera célébrée à 15h30 en l'église de Saint-Siméon-de-Bressieux.

Justement, cette encyclique est « un hymne à la création », or, les agriculteurs se sentent peu reconnus au regard de ce qu'ils apportent à l'environnement ...

C'est un sujet difficile. Lorsqu'il y a des reportages télévisés sur l'agriculture, on représente toujours l'agriculteur avec un pulvérisateur. C'est une image fausse à 70%, même si on doit reconnaître qu'on est allé trop loin à un moment et qu'il faut revenir à d'autres pratiques et faire attention aux produits qu'on utilise. Les conséquences se mesurent encore des années après.
La société civile nous interroge sur ces questions-là. C'est le cas du traitement des noyers dans le Sud-Grésivaudan. Il faut être attentif à ce qu'il se passe autour de nous. Nous ne sommes pas seuls. Il y a toute une population nouvelle qui s'installe dans les communes rurales, qui cherche un cadre de vie et qui se pose des questions sur les produits chimiques et qui interroge les agriculteurs sur leurs pratiques. Il ne faut pas se voiler la face.

Quelle sont les grandes valeurs communes au monde agricole et à la communauté chrétienne ?

Il y a d'abord le partage et le travail en commun, même si cela a diminué au fil des années. Cependant, il existe des formes qui persistent comme les Cuma qui sont une mutualisation du matériel et des hommes. La solidarité est aussi très présente dans le monde agricole, même si elle se manifeste de façon plus ponctuelle.

Propos recueillis par Isabelle Doucet

*Laudato Si, 24 mai 2015 ou « Loué sois-tu Seigneur » (Saint-François-d'Assise), sur « la sauvegarde de la maison commune ». Cette deuxième encyclique du Pape François traite des questions environnementale et sociale, de l’interaction entre l’homme, la société et l’environnement