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Technique

Cellules de crise

Isère Conseil Elevage a axé sa réunion de secteur du Sud Isère début décembre sur les bons gestes à mettre en place pour limiter le nombre de cellules avant la mise à l'herbe.
Cellules de crise

Chaque été, c'est la même chose. Certaines exploitations voient le nombre de cellules présentes dans le lait augmenter durant la période estivale. Avant d'accuser le pâturage, il faut d'abord savoir « Qu'est-ce qui change l'été ? ». Pour Samuel Bouchier, référent lait chez Isere Conseil élevage, les facteurs sont multiples. Tout d'abord, la chaleur. « Durant la période estivale, les vaches subissent un stress thermique. Il y a aussi un fort développement microbien en surface qui est favorisé lorsque les animaux sont regroupés ». La modification de logement serait aussi une cause. Lorsque les vaches pâturent en journée, certains installent la paille le matin et rentreront les vaches le soir. Même si cela est plus pratique en termes d'organisation, c'est créer un terrain propice aux bactéries. « Il faut une dizaine d'heures aux bactéries environnementales pour se développer dans la paille. Lorsque vous rentrez vos vaches, la paille est déjà contaminée », explique le référent lait. Le pâturage n'est pas forcément mieux puisque, par définition, il n'est pas nettoyé. Les vaches se couchant au même endroit, la zone contient parfois plus d'agents pathogènes. « Le pâturage n'est pas forcément plus sein qu'une aire paillée », confirme Samuel Bouchier. Enfin, les pratiques de nettoyage sont aussi modifiées : « Vous avez tendance à moins nettoyer les trayons durant l'été car elles sont dehors et donc propres. Mais ce n'est pas le cas. ». Le dernier facteur pointé du doigt est l'alimentation. Entre la transition alimentaire et la baisse d'ingestion en raison de la chaleur, le système immunitaire est fragilisé. « Le changement de logement et de pratique auront tendance à favoriser les infections tandis que la chaleur et l'alimentation font baisser l'immunité », conclue-t-il.

Ventiler pour mieux se poser

Pour entraver le cercle vicieux, la première étape est d'essayer d'éviter que les vaches ne dorment au même endroit. « Par exemple, vous pouvez clôturer vos parcelles pour les faire pâturer une parcelle à la fois, explique le référent lait, ou encore clôturer l'endroit où elles se couchent le plus souvent pour qu'elles s'installent ailleurs ». Ensuite, il faut faire baisser la température pour maintenir le système immunitaire. Brumisation, ventilateur, ... ; plusieurs systèmes se développent. Avant de se lancer, il faut d'abord réfléchir aux utilisations. « Si vous prenez juste des brumisateurs et qu'il fait humide, vous allez réchauffez l'intérieur et non diminuer la chaleur ambiante ». Certains vont favoriser les ouvertures de bâtiment par le bas pour aérer plus aisément lorsqu'elles sont couchées ; d'autres vers le haut pour faciliter les courants d'air. « Le but est de ventiler au mieux. Avant, on nous disait, en hiver de l'air sans courant d'air. Maintenant, l'été, il faut de l'air avec beaucoup de courants d'air ! Avec le changement climatique, il fera plus chaud, on doit s'adapter », explique le référent lait d'Isère conseil élevage.

Garder des vaches saines

Dernier point de vigilance : la traite. En fonction des élevages à risques de mammites, il est possible de réaliser une désinfection en pré-trempage. Il faut aussi se méfier des lavettes. « Il faut bien penser à les laver et les désinfecter, au dioxyde de chlore par exemple », explique Samuel Bouchier. Enfin, l'eau peut être un facteur de transmission si elle est contaminée, notamment à travers les douchettes, l'eau des lavettes. Les facteurs de transmission sont multiples et difficiles d'en contrôler l'intégralité. Pour le référent lait, le but serait plutôt de maintenir durant l'année un taux de cellules inférieur à un certain seuil. « Une vache est considérée saine en dessous de 100 000 cellules par millilitre de lait. Avant la mise à l'herbe, il faut avoir le troupeau le plus sain possible. Plus disponible en hiver, il faut penser à anticiper les traitements pour l'été prochain ». Au niveau national, la norme se situe à 300 000 cellules par millilitre de lait.

Virginie Montmartin

Un robot et moins de maux

Les deux frères Carton ont investi dans un nouveau bâtiment et un robot de traite pour leur confort de travail et celui de leurs vaches laitières.

« On essaie de trouver des solutions ». C’est un euphémisme. En 10 ans, les deux frères Carton, du Gaec Le Châtel à Prébois, ont adapté leur exploitation laitière pour le départ en retraite de leur père, pour leur confort de travail et celui des vaches. Après un changement de race en 2006, passant des abondances aux montbéliardes, les deux frères viennent d’investir dans un nouveau bâtiment et un robot de traite. « On voulait se dégager du temps sans prendre de nouvel associé. On a donc cherché à avoir un bâtiment fonctionnel gérable pour une seule personne d’astreinte si l’un de nous deux est malade », explique Thomas Carton. Le nouveau bâtiment de 2 100m2 a permis de donner plus d’espace à leurs 85 vaches. En aire paillée avec caillebotis, le nouvel aménagement permet aussi aux deux éleveurs de ne pailler qu’une fois par jour et plus rapidement que dans leur ancien bâtiment.
Moins de cellules
Le robot de traite a aussi modifié le fonctionnement de l’exploitation. « On a pris un robot qui ressemble le plus à la traite en salle de traite. Il y a deux à trois traites par vache et par jour », explique Thomas Carton. Les vaches sont enregistrées et sont dans un groupe de traite. « Il ne faut pas perdre de temps à brancher une vache avec peu de lait ou qui repasse trop souvent ». Ils ont également un repousse-fourrage pour « stimuler les vaches ». Les travaux terminés depuis août, le nouveau système semble satisfaire l’éleveur. « On a un suivi comme on n’a jamais eu grâce à l’application à distance. On n’impose plus de rythme aux vaches, elles font ce qu’elles veulent ». Alors qu’ils étaient inquiets pour le risque de mammites avec l’utilisation d’un robot, le nombre est passé d’environ une centaine à cinq, et le nombre de cellules a chuté fortement. Avec 720 000 litres de lait de production et les nouveaux investissements, les deux éleveurs, en collecte chez Danone, espèrent assurer la viabilité de l’exploitation.
VM