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Hérens

Ces reines qui aiment la bataille

Eleveur à Saint-Pierre-d'Entremont, Christophe Cloitre est à la tête d'un des deux plus importants troupeaux de vaches hérens en France. Il présentera pour la première fois quelques-unes de ses championnes au concours départemental d'élevage.
Ces reines qui aiment la bataille

De prime abord, on ne penserait pas spontanément à leur flatter les flancs. Musclées, trapues, la robe (souvent) noire, l'œil farouche, les hérens inspirent le respect... et la distance qui va avec. Pourtant Christophe Cloitre assure que ce sont des « vaches sympas ». Cet éleveur de Saint-Pierre-d'Entremont (« Isère », précise-t-il) possède l'un des deux plus gros troupeaux d'hérens en France. Il est également l'heureux propriétaire de Tracy, 558 kilos, championne du monde 2015 des combats d'hérens de l'Espace Mont-Blanc, l'une des compétitions les plus cotées en la matière. Début septembre, l'éleveur chartroussin se rendra à Pressins avec ses plus belles bêtes pour les présenter au concours départemental d'élevage. Une première. « C'est le conseil municipal de Pressins qui m'a sollicté, et notamment un élu agriculteur, confie-t-il. Comme nous faisons partie du même canton désormais, je ne pouvais pas refuser... »

Fierté

L'homme est du genre à fonctionner au feeling. Jusqu'aux années 2000, il élevait surtout des charolaises et des limousines. Mais lorsqu'il a eu sa première hérens, en 1998, sa vie a basculé. En France, ces vaches originaires du Valais n'ont pas bonne presse : ce ne sont pas de grosses laitières et leurs qualités bouchères sont méconnues. Franc-tireur, Christophe Cloitre est passé outre ces a priori. Très vite, il apprend à connaître la race, cherche à comprendre sa psychologie, et se lance dans la formation d'un troupeau qui fait aujourd'hui sa fierté... et la réussite économique de son exploitation.

Spécialisé dans l'élevage et la transformation de vaches hérens, le Gaec des Reines est réputé tant pour la qualité de sa viande que pour la valeur de ses lutteuses. Christophe Cloitre a gagné un premier combat à Vallorcine en 2005, grâce à Madone. Dix ans et des dizaines de compétitions internationales plus tard, c'est au tour de Tracy de braquer les projecteurs sur elle. En 2007, l'éleveur parvient à faire reconnaître la race en France. Depuis, son association, les Hérens de Chartreuse, travaille activement à populariser la race, organisant par exemple des batailles de reines au Planolet, chaque premier dimanche d'août, au beau milieu de la saison touristique.

Sur le plan technique, la conduite d'un tel troupeau ne pose pas de problème, estime l'éleveur : « Une fois que les mélanges d'animaux se font, il n'y a plus de souci. C'est agréable à gérer. Les vaches ont du caractère, mais elles sont gentilles. Si elles se battent, c'est pour être la reine qui va conduire le troupeau. » Et se réserver les meilleurs quartiers de l'alpage. Les plus belles luttes se déroulent au printemps, au moment de la mise à l'herbe. Les vaches se jaugent, se jugent, grattent la terre, s'affrontent, tricotent avec leurs cornes. « On reste un peu pour éviter les mauvais coups, explique Christophe Cloitre. Quand la hiérachie est faite, c'est bon. Après, pour la montée en alpage, il suffit de mener la reine à la corde, et tout le monde suit. »

Taureau cassé

Il ne fait pas toujours bon d'être un taureau dans un tel environnement de meneuses. « Le premier taureau, elles me l'ont cassé, raconte l'éleveur. Il s'est fait charger, elles l'ont versé, et il a roulé en bas de la pente après s'être cassé une épaule ! » Depuis, Christophe Cloitre est plus prudent. Au printemps, il commence par mettre une lutteuse et un taureau. « On les laisse jusqu'à ce qu'ils en aient marre et après on sort les vaches. » 

En matière de reproduction, l'éleveur reconnaît que la race est difficile à inséminer. D'où les quatre taureaux. Et si, de temps en temps, le Gaec des Reines achète des doses, c'est pour « changer le sang et améliorer les bêtes selon leur profil », précise Thibault Cloitre qui, après un BTS Production animale et un certificat de spécialisation en boucherie, s'est associé avec son père. Les deux éleveurs enregistrent une trentaine de naissances par an. Les mâles et les femelles les moins prometteuses sont engraissés pour être abattus et transformés par un prestataire, à un rythme de deux bêtes par mois. Mais la demande est telle, que les Cloitre sont en train de contruire leur propre atelier de découpe. Mais c'est une autre histoire.

MB