Accès au contenu
AAC

Chacun cherche sa charte

En avril dernier, le parc de Chartreuse a lancé une vaste réflexion sur le contenu de sa future charte qui engagera le territoire jusqu’en 2035. L'Association des agriculteurs de Chartreuse a ouvert le bal des idées à l'occasion de son assemblée générale.
Chacun cherche sa charte

Ce n'est pas encore l'ébullition, mais ça y ressemble. Le parc naturel régional de Chartreuse est en pleine réflexion sur le contenu de sa charte, un rituel au long cours (trois ans) qui atteste du « processus de renouvellement de son classement [en tant que] Parc naturel régional dans une démarche concertée ». Pour le parc, c'est l'occasion de se remettre en question et de dessiner un projet pour la période 2020-2035, avec de nouvelles orientations et de nouveaux engagements.

La Chartreuse de demain

Elus, habitants, entrepreneurs, agriculteurs, porteurs de projet, touristes… , tous les acteurs du territoire sont invités à se projeter et participer à cette grande cogitation collective qui doit esquisser les contours de la « Chartreuse de demain ». Le coup d'envoi a été lancé début avril, lors de l'assemblée générale de l'AAC (Association des agriculteurs de Chartreuse). Une décision qui ne doit rien au hasard, tant l'agriculture constitue « un enjeu fort pour le Parc », a rappelé en introduction Brigitte Bienassis, maire de Saint-Pierre-d'Entremont (Savoie) et vice-présidente du parc en charge de l'agriculture et de l'alimentation. Dominique Escaron, maire du Sappey et président du parc, a enfoncé le clou : « Il faut se demander ce qu'on veut faire pour cette période. Quelle agriculture nous voulons pour demain ? Le parc est là essentiellement pour faire de l'ingénierie, et donc pour accompagner les agriculteurs, mais il faut que ceux-ci soient porteurs de projet. » Et de conclure par un solennel « Allez de l'avant ! N'ayez pas peur de tout ce que vous pouvez imaginer. »

Le président a été pris au mot. Lors des ateliers participatifs qui ont suivi l'AG, les agriculteurs se sont lâchés. A leur disposition, des dizaines de propositions sur les filières, la valorisation, la transmission, le travail en commun, les modes de production, le foncier, l'énergie. « Nous ne sommes pas partis de rien, explique Laurent Fillion, responsable de la mission agriculture au PNR de Chartreuse. Depuis deux ans, nous faisons des diagnostics, nous lançons des appels à idées... Nous nous sommes nourris de tout cela pour faire émerger des thématiques et des propositions, mais nous avons volontairement forcé le trait pour provoquer le débat. »

Et ça a plutôt bien marché. Réparties en trois groupes (les groupes/l'humain ; filières/valorisation ; les modes et supports de production), les propositions ont rapidement suscité discussions et prises de position. « En 2035, 20 fermes ont créé une banque de travail pour s'entraider : si vous êtes plutôt d'accord avec cette affirmation, quelles actions mettre en place pour atteindre cet objectif ? », demande une fiche. « En 2035, 10 bâtiments d'exploitation sont mutualisés entre agriculteurs », propose une autre. « En 2035, trois équipements collectifs de transformation des produits agricoles sont répartis sur le massif », lance une troisième. Les agriculteurs ne sont pas hostiles à l'idée, mais souhaitent que l'on « recense les besoins », que l'on réfléchisse à leur localisation et qu'un groupe se réussisse pour « mettre en place des structures collectives capables de porter ces projets ». Concernant le travail collectif, ils suggèrent que cela soit pensé en lien avec les Cuma ou la Sica d'alpage qui vient de se constituer. Il faut « encourager les structures collectives » et « démontrer que la vitesse de travail est plus rapide à plusieurs », préconisent les agriculteurs.

Adhésion prudente

Autres champs de réflexion très discutés : la bio et l'approvisionnement local, deux domaines où les attentes des habitants du territoire sont fortes. Les propositions « en 2035, 30% des agriculteurs de Chartreuse sont en agriculture biologique » et « nos cantines sont 100% approvisionnées en produits locaux et bio » sont accueillies avec prudence. « Le label AB est connu et reconnu, mais pas forcément cohérent : ajouter un label local Chartreuse », recommande un participant. Il faut « mettre en place des formations avec Adabio ou autre sur des méthodes alternatives », lance un autre. Quant à l'idée de travailler pour la restauration scolaire, elle séduit à condition de « connaître la réglementation sanitaire ». Pour ce qui est des circuits courts, les agriculteurs préconisent de développer la vente en ligne et la vente à la ferme avec les productions de plusieurs fermes.

Enfin, à la perspective de « zéro déprise des coteaux non mécanisables », les agriculteurs se disent favorables, à condition de « faciliter l'accès au foncier », de disposer d'« outils pour obliger les propriétaires à les laisser cultiver » et de « mutualiser un outil collectif de débroussaillage ». Quand on leur propose de pérenniser l'agriculture en visant un départ pour une installation à l'horizon 2035, ils répondent « oui, si la taille de la structure permet au repreneur de vivre ». Ils suggèrent à « la collectivité » de s'intéresser à la question via le groupement foncier agricole, les fermes relais ou les fermes communales. Mais l'un d'entre eux ramène le propos à la réalité d'aujourd'hui et prévient et  : « Il faut penser aux femmes et aux hommes qui travaillent tous les jours. Il faut nous aider. Nous fonçons dans un mur BLINDÉ. Les agriculteurs sont fatigués, surtout les laitiers. » Même en Chartreuse.

Marianne Boilève

 

L'AAC joue collectif

Installation, formation à destination des éleveurs de petits ruminants, alimentation locale, valorisation et promotion des productions fermières : l'Association des agriculteurs de Chartreuse (AAC) accompagne les dynamiques collectives du territoire. Parmi les projets innovants qu'elle soutient actuellement, on retiendra la mise en place d'une miellerie collective à Saint-Laurent-du Pont, projet co-piloté avec la communauté de communes Cœur de Chartreuse dans le cadre du programme Territoire à énergie positive et croissance verte (TEP CV), une ébauche de réseau d'apiculteurs locaux, un projet de cantine autogérée approvisionnée en produits locaux ou encore la mise en place d'un atelier de transformation collectif à Saint-Pierre-d'Entremont (Savoie). L'AAC s'implique également dans de nombreux programmes de développement, notamment en ce qui concerne la relocalisation de l'alimentation, le patrimoine variétal chartroussin, la filière lait et le pastoralisme. En 2017, elle a ainsi accompagné la création d'une Sica d'alpage à l'échelle du massif, appelant les éleveurs qui utilisent des zones pastorales intermédiaires ou des alpages en individuel à s'associer à la jeune structure pour monter des projets pastoraux, en sollicitant des financements auprès du Plan pastoral territorial de Chartreuse.