Roussillon
Chanabel : « Nous sauverons les producteurs »
FRUITS/ Le 13 septembre, le groupe Chanabel a été placé en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Vienne. Un énième coup dur pour cette coopérative qui conditionne 18 000 tonnes de fruits par an, et qui fait face depuis 2007 à des difficultés financières.
La nouvelle a fait l'effet d'une bombe. Mi-septembre, le groupe Chanabel, dont le siège est situé à Salaise-sur-Sanne, dans le canton de Roussillon, a été placé en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Vienne, et est sous observation pour une durée de six mois.
Une décision qui intervient dans un contexte général de crise économique, mais aussi après plusieurs années de difficultés au sein du groupe. Créée en 1948, cette coopérative fruitière connaît depuis 2007 une situation financière fragile. Situation qui semblait pourtant être en voie d'amélioration, selon l'assemblée générale du groupe en janvier dernier. Le directeur Jean-Jacques Caron avait parlé à cette occasion « d'une seconde naissance de Chanabel » et l'ex-président Yves Pascal assurait alors que « la position du groupe Chanabel s'améliore nettement tous les ans, pour arriver à une situation complètement saine dans deux ou trois ans ».
La concurrence espagnole dans le collimateur
Ce vent d'optimisme n'aura malheureusement pas duré, face à la crise économique que subit le secteur fruitier depuis quelques années déjà. « Je ne pensais pas vivre une telle saison, se désole le nouveau président Didier Desmeures. Elle a débuté avec des grosses chaleurs, et ensuite, nous avons eu l'hiver du 15 juin au 15 août ! La consommation des fruits étaient donc en baisse et maintenant, en fin de saison, alors que les températures sont clémentes, nous n'avons plus de fruits ». Un avis partagé par le directeur qui complète : « La saison a commencé tôt et s'est donc terminée plus tôt que prévu. Mais, même si le tonnage était légèrement en baisse, le problème vient des prix de vente qui étaient inférieurs de 13 centimes par kilo à ceux de 2010 ».
Car c'est là que se trouve le nerf de la guerre pour les dirigeants du groupe Chanabel : la concurrence européenne. « Nous sommes confrontés à une concurrence espagnole rude. Aujourd'hui, le prix de revient d'un kilo de pêches est de 1,40 euros au départ de la station. Et, en face de nous, nous avons des producteurs espagnols qui vendent leurs pêches à 0,50 centimes d'euro, sur le marché français. Comment voulez-vous qu'on fasse ? C'est une distorsion de concurrence inacceptable », reproche Didier Desmeures.
Des problèmes de gestion ?
Mais, au-delà de cette crise fruitière qui semble cette année atteindre son paroxysme, des éléments structurels seraient à prendre en compte pour expliquer la situation actuelle de Chanabel. « Entre 1996 et aujourd'hui, nous avons beaucoup investi, dans le Sud de la France et en Tunisie. Malheureusement, la crise économique fait que nous n'avons pas eu le chiffre d'affaires espéré et nous avons du mal à rembourser nos emprunts », explique le président. Le passif général s'élève à 14 millions d'euros pour un chiffre d'affaires oscillant entre 18 et 20 millions d'euros, selon les années…
Des informations confirmées par Pierre Sibut, président du tribunal de commerce de Vienne. « Il n'y a pas que des conséquences dues à la conjoncture. Il y a sûrement des problèmes de gestion ».
Pour l'heure, les dirigeants du groupe adoptent une position ferme : sauver la structure qui compte 120 salariés permanents et près de 500 saisonniers. Mais aussi, et surtout, la trentaine de producteurs travaillant avec le groupe. « Nous avons besoin des producteurs et il est hors de question de repartir sans eux. Un acompte leur a été versé. Il a été chiffré de façon à être au plus près de la réalité et surtout, de ce qu'on peut faire. Ce qui reste à payer sera quantifié dans la dette de Chanabel », affirme Didier Desmeures.
Un dossier sensible qui mobilise les élus
Très sensible, le dossier interpelle également les élus. Le député-maire Jacques Remiller a d'ailleurs contacté le ministre de l'Agriculture, Bruno Lemaire, ainsi que le préfet de la Région et de l'Isère, le conseil général et régional pour mettre en place une table ronde, « car nous savons qu'en Espagne, par exemple, les Régions aident les producteurs en difficulté. En France, quand l'Etat aide, nous sommes rappelés à l'ordre par l'Europe. Il faut peut-être alors réfléchir à un autre mode de fonctionnement ».
En attendant le 8 novembre - date du prochain rendez-vous de la société avec le tribunal de commerce de Vienne - celle-ci doit présenter courant octobre un plan de restructuration. Le directeur signale d'ores et déjà que « tout le monde devra faire des efforts. Il faudra repenser le travail pour diminuer les coûts ».
Lucile Ageron
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Un accompagnement gratuit pour les agriculteurs
Par l'intermédiaire du Sillon dauphinois (programme partenarial financé dans le cadre du Fonds social européen, à l'initiative de la MSA Alpes du nord, la chambre d'agriculture de l'Isère, le conseil général de l'Isère et la Direction départementale de l'agriculture et de la forêt), les producteurs en difficulté vont pouvoir bénéficier d'un diagnostic et d'un accompagnement économique et social. « Cette aide est gratuite car elle est prise en charge par nos partenaires et l'Europe. Le placement en redressement judiciaire de cette coopérative est un dossier délicat, et les agriculteurs ressentent une certaine inquiétude », note Jacques Habrard, conseiller public fragile, à la chambre d'agriculture de l'Isère.
Les agriculteurs qui le souhaitent peuvent contacter le Sillon dauphinois au 04 74 20 81 49 ou Jacques Habrard au 04 76 93 95 21.
LA
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Une décision qui intervient dans un contexte général de crise économique, mais aussi après plusieurs années de difficultés au sein du groupe. Créée en 1948, cette coopérative fruitière connaît depuis 2007 une situation financière fragile. Situation qui semblait pourtant être en voie d'amélioration, selon l'assemblée générale du groupe en janvier dernier. Le directeur Jean-Jacques Caron avait parlé à cette occasion « d'une seconde naissance de Chanabel » et l'ex-président Yves Pascal assurait alors que « la position du groupe Chanabel s'améliore nettement tous les ans, pour arriver à une situation complètement saine dans deux ou trois ans ».
La concurrence espagnole dans le collimateur
Ce vent d'optimisme n'aura malheureusement pas duré, face à la crise économique que subit le secteur fruitier depuis quelques années déjà. « Je ne pensais pas vivre une telle saison, se désole le nouveau président Didier Desmeures. Elle a débuté avec des grosses chaleurs, et ensuite, nous avons eu l'hiver du 15 juin au 15 août ! La consommation des fruits étaient donc en baisse et maintenant, en fin de saison, alors que les températures sont clémentes, nous n'avons plus de fruits ». Un avis partagé par le directeur qui complète : « La saison a commencé tôt et s'est donc terminée plus tôt que prévu. Mais, même si le tonnage était légèrement en baisse, le problème vient des prix de vente qui étaient inférieurs de 13 centimes par kilo à ceux de 2010 ».
Car c'est là que se trouve le nerf de la guerre pour les dirigeants du groupe Chanabel : la concurrence européenne. « Nous sommes confrontés à une concurrence espagnole rude. Aujourd'hui, le prix de revient d'un kilo de pêches est de 1,40 euros au départ de la station. Et, en face de nous, nous avons des producteurs espagnols qui vendent leurs pêches à 0,50 centimes d'euro, sur le marché français. Comment voulez-vous qu'on fasse ? C'est une distorsion de concurrence inacceptable », reproche Didier Desmeures.
Des problèmes de gestion ?
Mais, au-delà de cette crise fruitière qui semble cette année atteindre son paroxysme, des éléments structurels seraient à prendre en compte pour expliquer la situation actuelle de Chanabel. « Entre 1996 et aujourd'hui, nous avons beaucoup investi, dans le Sud de la France et en Tunisie. Malheureusement, la crise économique fait que nous n'avons pas eu le chiffre d'affaires espéré et nous avons du mal à rembourser nos emprunts », explique le président. Le passif général s'élève à 14 millions d'euros pour un chiffre d'affaires oscillant entre 18 et 20 millions d'euros, selon les années…
Des informations confirmées par Pierre Sibut, président du tribunal de commerce de Vienne. « Il n'y a pas que des conséquences dues à la conjoncture. Il y a sûrement des problèmes de gestion ».
Pour l'heure, les dirigeants du groupe adoptent une position ferme : sauver la structure qui compte 120 salariés permanents et près de 500 saisonniers. Mais aussi, et surtout, la trentaine de producteurs travaillant avec le groupe. « Nous avons besoin des producteurs et il est hors de question de repartir sans eux. Un acompte leur a été versé. Il a été chiffré de façon à être au plus près de la réalité et surtout, de ce qu'on peut faire. Ce qui reste à payer sera quantifié dans la dette de Chanabel », affirme Didier Desmeures.
Un dossier sensible qui mobilise les élus
Très sensible, le dossier interpelle également les élus. Le député-maire Jacques Remiller a d'ailleurs contacté le ministre de l'Agriculture, Bruno Lemaire, ainsi que le préfet de la Région et de l'Isère, le conseil général et régional pour mettre en place une table ronde, « car nous savons qu'en Espagne, par exemple, les Régions aident les producteurs en difficulté. En France, quand l'Etat aide, nous sommes rappelés à l'ordre par l'Europe. Il faut peut-être alors réfléchir à un autre mode de fonctionnement ».
En attendant le 8 novembre - date du prochain rendez-vous de la société avec le tribunal de commerce de Vienne - celle-ci doit présenter courant octobre un plan de restructuration. Le directeur signale d'ores et déjà que « tout le monde devra faire des efforts. Il faudra repenser le travail pour diminuer les coûts ».
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Par l'intermédiaire du Sillon dauphinois (programme partenarial financé dans le cadre du Fonds social européen, à l'initiative de la MSA Alpes du nord, la chambre d'agriculture de l'Isère, le conseil général de l'Isère et la Direction départementale de l'agriculture et de la forêt), les producteurs en difficulté vont pouvoir bénéficier d'un diagnostic et d'un accompagnement économique et social. « Cette aide est gratuite car elle est prise en charge par nos partenaires et l'Europe. Le placement en redressement judiciaire de cette coopérative est un dossier délicat, et les agriculteurs ressentent une certaine inquiétude », note Jacques Habrard, conseiller public fragile, à la chambre d'agriculture de l'Isère.
Les agriculteurs qui le souhaitent peuvent contacter le Sillon dauphinois au 04 74 20 81 49 ou Jacques Habrard au 04 76 93 95 21.
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