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« Chez Danone, la réduction des volumes sera accompagnée d'une aide financière »

Philippe Poncet. Elu président de l'OP Danone Sud-Est le 22 mars dernier, l'éleveur de Virieu a entamé son nouveau mandat par un nouveau cycle de négociations avec la laiterie le 10 avril.
« Chez Danone, la réduction des volumes sera accompagnée d'une aide financière »

Vous avez accepté de prendre la présidence de l'OP Danone Sud-Est. Pourquoi ce choix ? 

Si on réfléchit beaucoup, c'est sûr, on n'y va pas. Du temps de mes parents, on ne se préoccupait pas beaucoup des consommateurs : il y avait une demande, les producteurs laitiers y répondaient. La donne a changé. Nous, il faut qu'on se préoccupe de ce que devient notre lait au sortir de la ferme. Je suis conscient que je n'ai pas forcément toutes les réponses pour affronter des professionnels de la négociation comme ceux de Danone. Mon prédécesseur, Jean Robin-Brosse, était très fort dans cet exercice. Il avait beaucoup d'expérience, connaissait très bien les dossiers. Mais comme il arrivait en fin de mandat et qu'il installait son fils, il a voulu passer la main. Mais je ne suis pas tout seul : nous sommes une équipe.

Vous avez rencontré la laiterie le 10 avril. Qu'en est-il ressorti ?

L'objectif de Danone est de parvenir à une réduction de 20% des volumes collectés au 1er janvier prochain. Par ailleurs, à terme, Danone souhaite que tous les producteurs réalisent entre 95 et 105 % de leur référence, alors qu'aujourd'hui certains projettent de faire 110 à 115 %. Danone estime que le volume surcollecté lui coûte de l'argent, dans la mesure où les frais de collecte ne sont pas répercutés dans la revente des surplus. Pour nous convaincre, ses représentants nous disent que si les volumes collectés correspondent à leurs besoins, le lait sera mieux rémunéré. Ce que je trouve absurde, c'est de précipiter les choses. Quand on regarde la pyramide des âges, on s'aperçoit que de nombreux éleveurs laitiers vont partir à la retraite d'ici deux ou trois ans : pourquoi leur mettre la pression ou les inciter à se reconvertir aujourd'hui ?

Qu'avez-vous obtenu ?

Il a été convenu que la réduction des volumes soit accompagnée d'une aide financière et que l'accompagnement soit prioritairement axé sur les gens qui ne sont pas en conformité avec la charte, ceux qui veulent aller vers une reconversion et ceux qui souhaitent une réduction partielle de leur référence, dans le cas par exemple d'un Gaec dont l'un des associés quitte la structure ou part à la retraite. Sur ce sujet, les négociations sont en cours.

Bien avant les Etats généraux de l'alimentation, Danone était en pointe dans la prise en compte des coûts de production pour le calcul du prix du lait. La loi Egalim a-t-elle changé quelque chose ?

Sur le fond, non, mais elle va nous permettre d'aller plus loin. Nous avions négocié une rémunération qui permettait d'atteindre un revenu équivalent à 1,5 Smic. Avec la loi, nous allons essayer d'aller jusqu'à deux Smic. Quand on sait que Danone ne veut travailler qu'avec les meilleurs, c'est la moindre des choses.

Travailler avec les meilleurs, c'est-à-dire ?

Aujourd'hui, les producteurs sont tenus d'être en conformité avec la charte des bonnes pratiques, ce qui est normal. Mais Danone a rajouté quelques clauses, comme l'accès sécurisé au tank à lait. Il est question d'une surface propre et non glissante. Dans le mot "propre", il y a plein de sous-entendus, comme le bétonnage ou le goudronnage. Mais tout le monde n'en a pas les moyens. Il y a des fermes qui n'ont pas ça, mais qui sont tout de même très propres.

Et qu'en est-il du prix du lait ?

Les choses vont évoluer. De toute façon, l'avenir de la production laitière passe par un prix, plus que par un volume. Quand on sait que de nouvelles normes se rajoutent, comme sur le bien-être animal, et que ces normes ont un coût, il faudra bien le répercuter. La situation s'est dégradée ces dernières années avec les crises à répétition. Si certains bâtiments sont surchargés par exemple, ce n'est pas parce que les éleveurs maltraitent leurs animaux : c'est parce qu'ils n'ont pas les moyens de construire plus grand ! Et puis je vais vous dire : il serait temps que l'on se mette aussi à penser un peu au bien-être de l'éleveur.

Propos recueillis par Marianne Boilève