Accès au contenu
Loup

Chichilianne fait de la résistance

Porter des arguments scientifiques permettant d'atténuer l'omniprésence de la communication pro-loup est la démarche que suivent des acteurs de terrain à Chichilianne et dans les communes concernées par la prédation du loup. Un appel national est lancé.
Chichilianne fait de la résistance

Yann Souriau, maire de Chichilianne, pose le problème d'une voix calme. « Nous ne sommes pas dans une logique pro ou anti-loup. Nous sommes devant un phénomène qui dépasse les pouvoirs publics. Dans les communes de montagne, nous sommes peu nombreux, éleveurs ou élus. Mais s'il y a un problème, ce sont ces mêmes personnes qui seront inquiétées et iront en prison. Alors il faut savoir de quoi l'on parle quand on parle de loup. »
Le décor est planté, ce samedi soir à Chichilianne, 19 heures. Au centre, Michel Revelin, retraité des Ponts et chaussées, méticuleux, pointilleux sur la précision scientifique. A ses côtés, Patrice Marie, berger, qui apporte son témoignage représentatif de ce que vivent les bergers et les éleveurs en alpages ou en bas, dans des élevages « fixes ».
La méthodologie de Michel Revelin est simplissime mais elle demande beaucoup de temps : relever les idées sur lesquelles s'appuient les pro-loup pour faire croire que tout va bien avec une population importante de prédateurs et les confronter à des études scientifiques nombreuses. « Depuis deux ans que je le côtoie, je découvre l'abondance de la littérature produite par les pro-loup, s'étonne encore Patrice Marie. La communication est permanente. Celle de la profession agricole ne l'est pas assez. Mais dans tout cela je ne retiens qu'une chose : le mépris permanent du métier, du pastoralisme ». Le berger reconnaît qu'il est en colère, mais il ne veut pas s'attaquer aux pro-loup. Il souhaite simplement que la masse silencieuse jusque-là fasse entendre sa voix sur les réalités, auprès des politiques.
Par exemple, le loup est-il encore sauvage ? « De très nombreux scientifiques décèlent la familiarisation du loup qui s'approche de plus en plus des habitations. Et c'est à ce moment-là qu'ils deviennent dangereux. » Car aux Etats-Unis, souvent cités parce que les problèmes sont abordés avec beaucoup plus de frontalité qu'en Europe ou en France, le loup mange sur les décharges, près des habitations. Traversent des villes tranquillement. Patrice Marie a constaté lui aussi cette perte de crainte de la part de l'animal. Mais s'il devient familier, il est certainement hybride, croisé, il peut perdre son statut protégé. Du côté des élus locaux, on travaille dessus. « Nous avons envoyé des crottes, des prélèvements de salives sur les carcasses, des poils, explique Yann Souriau. Les résultats extrêmement récents font apparaître une hybridation à 54% ! » On aurait affaire à un chien-loup et non plus à un loup chien, ou à un loup-loup. Adieu Berne !
La population de loups doit être de plusieurs milliers pour sauvegarder l'espèce. « Mais non, avance avec conviction Michel Revelin. Des études montrent que 120 adultes suffisent pour installation définitive de l'espèce, et que la variabilité génétique est préservée à 200 adultes. » Officiellement, 360 loups sont présents en France. Donc bien au-dessus des niveaux nécessaires.
L'abattage compromet sa survie ? « Mais non, insiste Michel Revelin, l'ONCFS indique que l'on peut abattre sans risque 30% des loups ; d'autres montrent qu'on peut aller à 43%. Au Québec c'est 30% par an, systématiquement. »
Et la protection du berger, de sa santé physique et morale ? Patrice Marie a subi une hospitalisation de huit jours pour épuisement en fin de saison 2016. « Les moutons chôment 16 heures par jours, au moment les plus chauds, et mangent ensuite. Il faut être avec eux en permanence, assène-t-il. La moindre erreur est fatale. Et encore même présent avec des patous, la catastrophe n'est pas évitable. Des loups entraînent les chiens d'un côté, pendant que d'autres détournent une partie du troupeau.» Et avec ses deux jambes et ses deux yeux, le berger pleure sur place.

Jean-Marc Emprin
L'appel de Chichilianne.
Haut lieu de la Résistance, le Vercors, Chichilianne en particulier, aura vécu un moment certainement historique, le 10 juin dernier. Ils étaient peu nombreux devant Patrice Marie, pour l'entendre. Mais le Général en son temps n'avait pas été beaucoup entendu. Les mots sont forts : « Suite à l'appel de la FNO/FNSEA du 1er juin, qui aura le courage de mettre fin au massacre des brebis ? Qui aura le courage de mettre fin à la souffrance psychologique des éleveurs ... ?
L'appel propose aussi de prélever les loups hybrides et les meutes déviantes, d'exiger des brigades loup...
Et il appelle à une marche paysanne nationale pour la défense du pastoralisme des Pyrénées, des Alpes et des autres massifs vers Paris, vers le Parlement.
(texte à retrouver dans son intégralité sur www.terredauphinoise.fr)