Choisir sa variété de blé tendre
La chambre d'agriculture de l'Isère conduit pour la première fois des essais variétaux de blé tendre afin d'apporter des références locales aux agriculteurs. Elle a mis en place une plateforme test au Grand-Lemps, à raison de quatre îlots de 12 variétés en conduite agriculteurs. Le blé a été semé le 26 novembre 2018 sur un précédent de maïs. Dans cette exploitation, les rotations sont courtes : maïs, blé, colza. Les cultures ont bénéficié de 170 unités d'azote en trois apports (15 février, 20 mars, 15 avril 2019) et ont reçu un fongique le 3 avril.
« Cette année, la pression maladie est faible », constate Yann Janin, le conseiller agronomique grandes cultures de la chambre d'agriculture de l'Isère. Sur la parcelle test du Grand-Lemps, un îlot témoin n'a pas subi le premier traitement. Mais il est quasiment impossible de faire la différence avec les autres îlots traités début avril.
Dernière feuille étalée
Le conseiller recommande d'opérer un traitement (le premier ou le deuxième) au stade dernière feuille étalée. « C'est celle qui donne le rendement, celle qui remplit le grain. A traiter en priorité », insiste-t-il. Le troisième traitement n'interviendra qu'en cas de risque de fusariose, sur l'épi, si celui-ci jaunit. L'humidité peut également être facteur de septoriose, l'enjeu étant que le dernière feuille ne soit pas touchée. Ce premier tour d'observation fait donc apparaître « qu'il n'y a pas besoin d'un traitement fongique systématique », hormis sur la dernière feuille étalée.
La plupart des variétés à l'essai sont courtes, évitant les problèmes de verse. Un premier apport d'azote limité évite aussi les problèmes de verse. Il apparaît également que les variétés les plus sensibles à la verse ne sont plus proposées.
Les résultats en matière de rendements et de protéines seront connus à la récolte prévue aux alentours du 10 juillet. La chambre d'agriculture détaillera dans une plaquette les taux en matière de rendement, PS (poids spécifique), PMG (poids de mille grains), protéine etc. La micromoissonneuse permettra de donner le taux d'humidité et de rendement instantanément.
Orloge (inscription en 2017) est la première variété testée, très précoce, elle est quasiment à épiaison le 23 mai. Les éleveurs l'apprécient aussi pour sa paille.
LG Armstrong, inscrit en 2017, présente quelques tâches physiologiques car la saison reste tout de même sèche.
Goncourt, serait sensible à la rouille brune. Mais beaucoup d'agriculteurs du secteur ne jurent que par cette variété qui offre de bon rendements.
Un peu d'oïdium est visible sur RGT Sacramento, variété semi-précoce.
Tandis que RGT Forzano, une variété courte et précoce inscrite en 2017, présente de belles feuilles.
LG Absalon n'en est pas encore au stade de l'épiaison. Cette variété sortie en 2016 est aussi prisée des agriculteurs locaux.
Nemo est encore tout petit. Les agriculteurs la disent sensible à la verse et aux maladies.
Suivent Tenor, variété précoce inscrite en 2018, puis Excelsior qui se reconnaît à son aspect peu engageant, bleuté, alors qu'au dernier stade, les épis deviennent longs et fournis.
Fantomas présente un aspect très sain.
Enfin, RGT Vivendo, le dernier sorti sur le marché (2018), est aussi d'un bel aspect.
Rubisko et Pibrac (variété courte, précoce, peu sensible au froid sortie en 2016) font aussi partie de l'essai variétal.
Oïdium et septoriose
Cette plateforme fait l'objet d'une visite hebdomadaire. Le conseiller grandes cultures a effectué deux comptages de maladie à l'entrée et à la sortie de l'hiver.
Le présence d'oïdium est ainsi visible sur tige et gaines avant traitement sur rubisko, tenor, fantomas, vivendo, excelsior, nemo et dans une moindre mesure sur pibrac, goncourt et sacramento.
La septoriose avant traitement est surtout visible sur némo, rubisko, et excelsior, mais aussi sur fantomas, pibrac, goncourt, sacramentao et tenor, un petit peu sur forzano et quelques traces sur sacramento.
Selon les variétés et les années, Arvalis peut conseiller quelques mélanges. Mais aujourd'hui, certaines meuneries recherchent des variétés pures pour composer elles-mêmes leurs assemblages.
Si l'année 2019 s'annonce bonne pour le blé avec des résultats attendus début juillet, il n'en est pas de même pour le colza. Des essais sont en cours à Beaurepaire, mais le semis a été compliqué. La chambre d'agriculture de l'Isère projette de lancer des essais de colza associé.
Isabelle Doucet