Cive d'été : récolte de références à Châtonnay
« Si tout se passe bien, le chantier démarrera dans quelques semaines pour une mise en route début 2022. » Philippe Rimaud, éleveur laitier à Châtonnay et membre du collectif qui porte le projet de méthanisation Terravenir, est confiant. Il faudra bientôt alimenter l'unité de Saint-Jean-de-Bournay avec des effluents d'élevage et de la biomasse agricole. Et donc sécuriser les approvisionnements, tant pour ses bêtes que pour le méthaniseur. C'est pour cela qu'il a accepté de participer à l'une des expérimentations sur les cultures intermédiaires à vocation énergétique (Cive), conduites par la chambre d'agriculture de l'Isère.
Références régionales
Financé par la Région, l'Ademe et GDRF, cet essai s'inscrit dans le programme Pepit Aura-Cive, construit en partenariat avec les agriculteurs, les chambres de l'Ain, du Rhône, de la Loire et du Puy-de-Dôme, ainsi qu'Arvalis et l'Institut de l'élevage. Sa finalité est la collecte de références régionales sur les Cive (choix, productivité, coût, conduite, résistance au sec...), mais aussi l'élaboration d'outils d'aide à la décision (part de Cive et de fourrage, équilibre entre les différentes productions, impacts sur les exploitations...). A terme, le programme régional doit proposer des systèmes avec Cive durables, qui concilient maintien des élevages autonomes en fourrage, rentabilité des unités de méthanisation et préservation des ressources.
« Comme je suis sur un périmètre concerné par la directive nitrate, je suis obligé de faire des couverts, explique Philippe Rimaud en préambule de la matinée Innov'action organisée le 18 septembre sur sa parcelle. Autant que ça permette d'alimenter notre méthaniseur ou mon troupeau, si je manque de fourrage. » Un raisonnement que tiennent de nombreux éleveurs, car nourrir un méthaniseur ou une vache, c'est un peu la même chose : il faut de la biomasse. Reste à déterminer laquelle. En Isère, cinq sites, avec différents types de sol, ont été retenus pour participer à l'expérimentation qui doit se poursuivre jusqu'en 2022. « Grâce à ces essais, menés avec ou sans irrigation, nous mesurons la productivité des espèces pour étudier la variabilité entre les sites et les années », précise Elisabeth Jacquet, conseillère agronomie-environnement à la chambre d'agriculture de l'Isère.
Minimiser les coûts
A Châtonnay, le sol est limono-argileux. Les Cive implantées en juin l'ont été sur un précédent méteil grain, suivi d'un seigle semé en semis direct qui n'a pas vraiment réussi, selon Philippe Rimaud : « On a tout ensilé au printemps, indique-t-il. Nous avons préparé le sol avec un coup de déchaumeur à disque, puis semé dans de bonnes conditions, sur un sol frais, avec un semoir à céréales classique. Car je pars du principe que le méthaniseur doit coûter le minimum. Nous avions prévu une fertilisation, mais comme il n'a pas plu, nous avons renoncé. »
Divisée en plusieurs bandes, la parcelle accueille différentes associations de cultures, avec une dominante sorgho. « Ça permet de compenser quand une espèce marche moins bien », rappelle Elisabeth Jacquet. La parcelle est propre, le sorgho ayant étouffé la plupart des adventices.
Semée avec un mélange Méthani20couv (sorgho multicoupe, tournesol et niger), la première bande a plutôt bien réussi. « Les essais semés ailleurs en juillet, notamment à Beaurepaire, n'ont pas aussi bien marché, témoigne la technicienne. Là où les terres n'étaient pas irriguées, rien n'est sorti. » Cela étant, les tournesols sont assez rares. « Il y a une compétition entre le sorgho et le tournesol, mais c'est une concurrence positive : les deux plantes se stimulent », explique Elisabeth Jacquet.
La bande d'à côté a reçu un sorgho multicoupe pur, semé avec une densité de 25 kg/hectare, qui a produit plus de biomasse que le sorgho en mélange. « Je n'aurais jamais pensé qu'on obtiendrait ça, s'étonne presque l'agriculteur. Il faut quand même travailler le sol avant de semer et avoir de l'eau au bon moment. » L'intérêt des sorghos multicoupes - bi-coupe, rectifieront certains - est que la première récolte peut alimenter le méthaniseur et la repousse être mise en pâture (à condition de dépasser 60 cm, car en-dessous, le sorgho est toxique).
Le maïs, champion de biomasse
Sur la bande suivante poussent des maïs, dont une partie a été couchée par les sangliers. « Nous avons pas mal de problèmes depuis cinq ans, explique Philippe Rimaud. L'an dernier, les chasseurs ont tué 300 cochons dans toute l'UG, mais la population est trop importante. » Comme le sorgho et le tournesol, le maïs est particulièrement intéressant en termes de production de biomasse méthanisable (entre 7 et 11 tonnes de matière sèche par hectare). « On peut le faire en première culture mais, l'alimentation humaine et animale étant privilégiée, on ne peut pourra passer que 15% de la production dans le méthaniseur, rappelle Alex Reynard, technicien chez Pioneer Semences. On peut aussi le semer en dérobée ou derrière une céréale, comme ici. Mais rapidement, pour conserver un sol frais, et en choisissant des variétés à cycle court pour que le maïs puisse lever en condition chaude. »
La quatrième bande accueille le seul sorgho monocoupe de l'expérimentation. Malgré sa petite taille, il présente assez bien grâce aux pluies de fin août. « Vu les conditions météo, il n'a pas pu exprimer tout son potentiel », constate Elisabeth Jacquet. A côté, Philippe Rimaud a semé un cocktail maison composé de maïs, sorgho et tournesol. « J'avais lu que c'était intéressant pour le méthaniseur », explique l'agriculteur. Le résultat est mitigé : les maïs sont un peu cachés par les sorghos qui, eux, apparaissent très hétérogènes, certains restant verts et d'autres faisant des graines. « C'est l'année qui veut ça : entre le printemps sec et l'été sec, ce n'est pas évident pour les Cives... »
Marianne Boilève
A quel moment récolter les Cive ?
Pour alimenter un méthaniseur, la date optimale de récolte doit être décidée en fonction de la biomasse et du pouvoir méthanogène de la culture. « La récolte dépend aussi des autres chantiers... et des disponibilités de chacun », a souligné Elisabeth Jacquet, conseillère agronomie-environnement à la chambre d'agriculture de l'Isère, lors de la matinée Innov'action organisée du 18 septembre. « Et de la météo ! », ajoute Philippe Rimaud, éleveur à Châtonnay. Très intéressé par ces essais, Jacques Wiart, référent méthanisation de l'Ademe pour la région Auvergne-Rhône-Alpes, a précisé de son sôté que, pour la récolte, il fallait « viser la formation du grain ». Et surtout éviter que la plante se lignifie (carbone), car son pouvoir méthanogène chute.
Joly's essais à Sainte-Anne-sur-Gervonde
Associé au projet Terravenir et installé en polyculture-élevage à Sainte-Anne-sur-Gervonde, Valentin Joly a mené ses propres essais sur deux parcelles, après une culture d'orge. L'agriculteur a déchaumé le 27 juin, puis passé un coup de disque le 6 juillet avant de semer le lendemain, dans le sec. Sur la première parcelle, il a semé un sorgho monocoupe spécial biomasse (2 sacs pour 3,5 hectares, ce qui lui revient à peu près à 100 euros l'hectare). Comme il n'a pas suffisamment plu, la culture n'a pas livré tout son potentiel, malgré un coup de fertilisation début août. « Si c'était à refaire, je mettrais du digestat au démarrage... mais quand on aura le méhaniseur ! », confie le jeune agriculteur.Sur la seconde parcelle, Valentin a semé tour à tour un rang de tournesol, un rang de maïs et un rang de sorgho. Un travail d'orfèvre. Mi septembre, le sorgho n'avait pas vraiment joué son rôle de tuteur pour le tournesol qui n'était pas encore arrivé à maturité. En revanche, les maïs étaient déjà bien avancés. En attendant de pouvoir alimenter le méthaniseur de Terravenir, à Saint-Jean-de-Bournay, Valentin Joly, comme son collègue Philippe Rimaud, va tout ensiler pour ses bêtes.MB