Collectif jeune
« A cause des normes et de toutes les contraintes ». Laura Budillon-Rabatel avait pris part au cortège des agriculteurs lors de la manifestation du 5 août dernier avec la même motivation qui anime une grande part des JA. La jeune agricultrice travaille dans l'exploitation laitière de ses parents, qui produit pour le saint-marcelin, dispose aussi d'un petit atelier porcin et fait un peu de vente directe. « Je suis en cours d'installation, mais je vais attendre, à cause de la conjoncture.»
Action collective
La famille a beaucoup de projets : agrandir le bâtiment pour augmenter le troupeau et surtout faire un vrai atelier d'engraissement de porcelets pour pouvoir les vendre par lots. Moyennant quoi la nouvelle associée pourrait se dégager un salaire. Mais comme tous les jeunes, elles se pose beaucoup de questions : « Quelles sont les perspectives ? Comment s'installer ? Faut-il envisager faire un autre métier ? Aurons-nous un salaire, une maison dans 5 ans ? » Elle croit d'autant plus en son métier que « les clients nous disent que nos porcs n'ont pas le même goût que ceux du supermarché », rapporte-t-elle. Convaincue que les réponses passent par l'action collective, Laura Budillon-Rabatel s'est investie dans le syndicalisme. Présidente du canton JA de Voiron, elle a envie de rejoindre le bureau départemental, voire régional. « Nous sommes de moins en moins nombreux, nous devons nous regrouper, voir plus loin que notre canton ».
Quand elle regarde autour d'elle, elle se rend bien compte que certains se demandent comment ils vont passer l'hiver et elle comprend que la route est longue d'ici à la sortie de crise. Elle prend l'exemple des organisations de producteurs. « Faut y aller, beaucoup de producteurs ne le font pas et sont mécontents. Mais pour Lactalis, les OP ne représentent que 10% des producteurs. Ils ne font pas le poids et les industriels ne viennent même pas discuter autour de la table. Si les grands groupes n'achètent pas aux producteurs français, ils iront acheter leur lait ailleurs, en Europe. » Lucide, la jeune agricultrice se bat sur tous les fronts, comme celui des normes imposées, à commencer par la directive nitrates « que certains ne savent pas traduire sur le terrain » et que les agriculteurs ont du mal à suivre, faute de moyens. « Nous sommes à un tournant. Il va falloir qu'il se passe quelque chose d'ici à la fin de l'année », espère-t-elle.