Communiquer autrement pour mieux travailler ensemble
L'agriculture de groupe et les démarches collectives, c'est bien, mais pas toujours simple. Que l'on coopère au sein d'un Gaec, d'une Cuma ou d'un magasin de producteurs, un incident ou la moindre incompréhension peuvent vite avoir des conséquences fâcheuses, surtout en période de crise. D'où l'importance de cultiver de bonnes relations au sein du collectif... et de savoir les préserver. Fort de cette conviction, le service Agriculture du Pays voironnais mène depuis deux ans une « politique incitative au travail sur le fonctionnement des groupes ». Objectif : aider les associés à repenser leur mode de fonctionnement et à communiquer autrement pour favoriser le maintien des structures dans la durée.
Vingt-trois exploitations sociétaires, toutes bénéficiaires du Fonds intercommunal pour le développement agricole (Fida), ont été invitées à suivre une formation axée sur « la régulation des relations sociales au sein des structures collectives agricoles ». En février dernier, Thierry Seigle-Vatte, éleveur laitier et président de la Cuma de Saint-Pierre-de-Paladru, s'est rendu à l'une de ces journées, un peu contraint et forcé (1). Il reconnaît que l'expérience a pourtant été « plutôt utile ». « Ça a permis de reposer les bases de la Cuma, explique-t-il. Nous avons tous la tête dans le guidon, ce qui fait que l'on ne voit souvent que l'aspect financier des choses. Au cours de cette journée de réflexion commune, nous avons pu préciser les besoins et les attentes de chacun, et clarifier les fondamentaux de notre Cuma. »
Signal d'alarme
Comme les autres, l'éleveur était venu un peu par politesse, beaucoup par obligation. « La première demi-heure, ce n'était pas évident, se souvient-il. Nous ne trouvions pas d'intérêt spécial à suivre ce genre de formation. Toutes ces questions de relationnel, surtout dans le monde paysan, c'est toujours délicat. Mais comme nous étions là, nous avons joué le jeu. » Lise Escallier, intervenante de la chambre d'agriculture spécialisée dans les relations humaines au sein des groupes, met rapidement les choses au clair : l'enjeu de la journée n'est pas de régler ses comptes, mais de cerner les motivations de chacun, préciser les enjeux de la Cuma et s'interroger sur ce qui pourrait être mis en place pour éviter, gérer si nécessaire, les situations de blocage ou de conflit. « Le signal d'alarme, c'est l'absentéisme aux réunions ou quand ça râle dans tous les coins, fait observer la spécialiste. Ces signes indiquent que le projet commun n'est plus adapté ou que certains - les nouveaux par exemple - ne le connaissent pas. » D'où l'intérêt de prendre le temps de se poser pour redéfinir les fondements dudit projet et ajuster l'organisation collective.
Nourrir le positif
« Il est également capital de savoir comment gérer les tensions, surtout dans un contexte difficile », ajoute Lise Escallier. Utilisation du matériel, répartition des tâches, conception différente du nettoyage, propositions nouvelles, retards répétés, non-dits, préjugés... Il existe mille et une situations susceptibles de générer des conflits au sein d'un collectif. Sauf si l'on parvient à désarmorcer les tensions en communiquant autrement et en s'efforçant de « nourrir le positif » (dire ce qui va bien, ce qu'on apprécie chez l'autre...). C'est ce que tentent de faire les agriculteurs qui ont suivi la formation dispensée par Lise Escallier. « Nous mettons en pratiques certaines choses, en faisant attention à notre manière de parler, en arrondissant les angles, en faisant du social, quoi ! raconte Thierry Seigle-Vatte. En tant que président de la Cuma, je suis peut-être plus amené à le faire que les autres parce que j'ai un rôle de médiateur. J'essaie d'expliquer le pourquoi du comment. Mais il faut aussi que ce soit donnant-donnant. »
Marianne Boilève
(1) Le Pays voironnais a conditionné ses aides pour l'achat de matériel en commun au suivi préalable d'une formation aux questions des relations humaine.
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