Conf' et CR : les réponses divergent
Produits phytosanitaires, installation, foncier, PAC : beaucoup de thèmes ont été abordés lors de la rencontre organisée lundi 7 janvier à Saint-Laurent-du-Pont entre la Confédération paysanne et la Coordination rurale. Des préoccupations communes à l'ensemble du milieu agricole, mais des réponses différentes, selon la sensibiité syndicale.
Dans les rangs de la Confédération paysanne (Conf) iséroise, on a tout d'abord souligné l'importance du vote aux élections à la chambre d'agriculture, « qui peut orienter pour partie l'agriculture du département », mais aussi au nivau national et européen.
La discussion a débuté par le thème des importations, la Coordination rurale (CR) proposant de taxer les produits importés avec une TVA sociale de façon à compenser le niveau de charges sociales. « A l'international, nous demandons l'exception agriculturelle », a indiqué Thierry Boiron, tête de liste CR. La Coordination rurale souhaite également la liberté de commerce de céréales entre agriculteurs. « Nous n'avons pas le droit de le faire sans passer par une OP, sauf pour le maïs aplati et le maïs ensilage », s'insurge le syndicaliste.
La Conf' oppose à cela « les exportations par la France de produits aidés », ainsi que l'expose Cédric Ménoni en désignant le blé français qui inonde les pays du Maghreb. Il plaide pour « relocaliser les productions et les adapter aux besoins nationaux ». C'est en cela que la chambre d'agriculture aurait un rôle à jouer, « en faisant le lien entre l'offre des uns et les besoins des autres », ajoute Maud Charat, tête de liste Confédération paysanne.
Haro sur les coopératives
Le sujet des états généraux de l'alimentation et de la loi qui en est issue a été rapidement abordé. Cédric Ménoni, de la Conf', a fait valoir le travail mené par la députée Monique Limon, mais s'est dit « très déçu ». « Nous attendons beaucoup des ordonnances sur la gouvernance des coopératives », a-t-il insité. Le syndicat milite pour des organismes plus petits et leur retour « aux mains des producteurs ».
Thierry Boiron est quant à lui « resté sur sa faim », notamment sur la question des prix rémunérateurs. Il ne croit absolument pas à un retour de vertu des industriels dans les négociations « qui trouvent toujours quelque chose ». François Ferrand, ex-président de la Coordination rurale Isère, plaide pour « tout remettre à plat », s'intéressant aux « 85% de producteurs qui livrent aux industriels et qui ne maîtrisent pas l'aval ». Il insiste : « les grosses coopératives ont ruiné les producteurs ». Les deux syndicats veulent donc « reprendre le pouvoir ».
Culpabilité
Pas de débat non plus sans glyphosate. Le responsable de la Coordination rurale a rappelé qu'il est « utilisé à des doses modérées car c'est un produit qui coûte cher », tout en faisant remarquer la progression des plantes invasives comme l'ambroisie et le datura. « En 2-3 ans, nous devrons nous passer d'herbicides et de pesticides, mais il nous faut le temps d'apprendre, de nous former et de nous équiper ». Il regrette la culpabilité que l'on fait peser sur les agriculteurs qui n'osent plus sortir ni enrouleur, ni pulvé. « Avant, les gens s'arrêtaient au bord de la route pour discuter, maintenant, c'est pour nous eng...»
Pour Maud Charat, de la Conf, il importe « d'accompagner les agriculteurs dans la transition », reconnaissant qu'en grandes cultures, le désherbage mécanique et manuel ont leurs limites. Le syndicat souhaite donc que la chambre d'agriculture mobilise davantage ses techniciens pour la « vulgarisation de méthodes alterntives », afin de « redonner leur autonomie et leur capacité financière aux paysans ». Le syndicat estime avoir fait la preuve, dans ses fermes, qu'une agriculture sans glyphosate est possible.
Transmission
Sur les questions plus techniques relatives à la PAC notamment, la Conf' a des positions tranchées, réclamant des aides à l'UTH (unité de main-d'œuvre), plutôt qu'à l'hectare, de façon à limiter la course à l'agrandissement. « Cela permettrait d'installer un jeune qui tire sa rémunération de son activité et non pas en fonction du foncier », a insité Maud Charat. Le syndicat paysan demande un inventaire des terres à céder. Il est aussi très remonté contre la limitation des aides à la conversion et au maintien à l'agriculture biologique. Les deux syndicats réclament une meilleure répartition des aides PAC, mais pas sûr qu'ils visent les mêmes pilliers.
L'installation, la formation, la taille des fermes (humaine pour la Conf/qui puisse faire vivre les producteurs pour la CR), la communication auprès du grand public et surtout auprès des urbains coupés du milieu agricole ou les retraites agricoles ont nourri les discussions. Dans les conclusions, la Coordination rurale a fait valoir son ouverture tandis que la Confédération paysanne plaidait pour son éthique.
Isabelle Doucet