Construire des filières régionales
Cendra Motin est réaliste : « Les circuits courts ne sont pas l'alpha et l'oméga pour trouver des débouchés aux productions agricoles. Il faut donc adapter les productions aux marchés ».
La députée s'est appuyée sur l'expérience de Fabrice Yvorel, dirigeant de l'entreprise Carrel spécialisée dans la transformation de viande de boucherie. Afin de consolider une production de porc en Rhône-Alpes, l'entreprise s'est rapprochée des producteurs régionaux en créant une marque certifiée comportant un cahier des charges précis, amenant une qualité définie dès l'origine. En consolidant son tissu de producteurs locaux, elle a pu répondre à des marchés rhônalpins mais aussi italiens ou corses à des prix compétitifs. Cette contractualisation, les producteurs de saint-marcellin ont réussi eux-aussi à la mettre en place. « Le cahier des charges a été long à élaborer, reconnaît Bruno Neyroud, responsable du comité du saint-marcellin, mais aujourd'hui, des départements voisins veulent s'appuyer sur notre expérience. J'en déduis que nous étions sur le bon chemin, même si nous devons transformer davantage de volumes pour pouvoir maîtriser le marché ».
Une contractualisation des relations permet de structurer plus vite la filière. C'est ainsi que voudrait le faire la coopérative Dauphinoise pour du soja made in Rhône-Alpes, mais également l'entreprise Bigallet pour s'assurer un approvisionnement constant pour la fabrication des sirops. Mais « il faut des fabricants de jus ou des unités de congélation pour constituer cette filière entre les producteurs et nous », explique Gérard Boiton, son P-DG.
Concurrence déloyale
Sylvie Budillon-Rabatel, éleveuse, souhaiterait cependant que ce ne soit pas l'emballeur qui figure au final sur le produit mais également le producteur et le transformateur pour mieux assurer la traçabilité du produit. Une attente que partage également Hervé Garin, représentant du groupe La Dauphinoise, qui évoque le soja entrant dans l'alimentation animale. « En Rhône-Alpes, nous pouvons le proposer à 600 euros/tonne, tandis que celui qui vient d'Inde est à 300 euros/T. Le marché patine donc beaucoup et on se demande si les pouvoirs publics ont une réelle volonté de soutenir la filière jusqu'au bout. »
Serge Figuet, producteur de fruits et légumes, a lui aussi fait part de la concurrence déloyale entre pays, dans un marché ouvert. En pommes ou en tomates, son entreprise se retrouve confrontée à des coûts de production inégalés de la part des espagnols, portugais, polonais, voire grecs. Il se prononce donc pour une Europe sociale avec la diffusion d'un Smic dans tous les pays. « Ces disparités sont insupportables », estime-t-il.
Priorités aux investissements productifs
Lionel Thermoz-Bajat propose de faciliter la production d'énergie renouvelables, notamment de la méthanisation qui procure des revenus aux exploitations, allège leurs contraintes de mise aux normes le tout en rendant service à la société par la lutte contre le réchauffement climatique. Il suggère également de flécher certaines aides vers la création d'emploi plutôt que les investissements matériels, « les agriculteurs ayant besoin d'aide dans les exploitations alors que les vendeurs de matériel récupèrent une partie des sommes destinées à soutenir les exploitations ». Une doléance bien notée par la députée.
Jean-Marc Emprin