Contre mauvaise fortune, bons labours
La rentrée politique agricole aura lieu dans trois semaines pour la foire de Beaucroissant. Samedi dernier, on a assisté à une pré-rentrée : un petit tour de chauffe, également à Beaucroissant à l'occasion de la finale départementale de labour. « Nous n'avons pas été ambitieux, nous avons voulu rester mesurés, dit Laura Budillon-Rabatel, responsable JA du canton de Rives-Voiron, co-organisateur avec celui de la Bièvre de ce rendez-vous départemental. Car cette dimension intime nous permet aussi de nous retrouver et d'échanger entre nous. » Malgré tout, deux dizaines de candidats ont répondu présents sur le bord de la parcelle.
Colère sourde
Bien sûr, chacun y va de ses blagues potaches ou des dernières nouvelles de son exploitation, mais on sent aussi une colère sourde. Le récent vote des députés sur le Ceta énerve. D'ailleurs l'absence des parlementaires dans plusieurs rendez-vous agricoles du mois d'août est plutôt remarquée. « La gendarmerie leur aurait conseillé de ne pas se rendre à la finale départementale », entend-on dans la bouche de quelques-uns. « Tu penses, c'est Macron qui leur a donné l'ordre de ne pas se rendre sur le terrain », avancent d'autres. « Nous sommes moins nombreux dans les cantons, les agriculteurs connaissent une motivation en baisse, les médias généralistes balancent de fausses informations, le gouvernement ne prend pas de bonnes décisions », lance tout à trac Sébastien Poncet, président des Jeunes agriculteurs de l'Isère, faisant un rapide tableau du ressenti agricole. Cette situation générale vient se greffer à une année agricole calamiteuse, une deuxième sécheresse qui succède à des orages violents en juin qui n'ont épargné aucun secteur. Alors les Jeunes agriculteurs sont reconnaissants des aides et de l'assistance apportés par leurs partenaires dès les catastrophes. La plupart étaient d'ailleurs présents sur le champ de la finale. Mais ils lancent une invitation à chacun d'eux pour se mettre autour d'une table des discussions afin « d'échanger, pour arrêter de demander de l'aide, pour trouver une méthode pour être autonome et résilient ».
Incohérences des discours
Côté Ceta, Sébastien Poncet est tout aussi clair : « C'est tout ce que nous ne voulons pas. Un an après les Etats généraux de l'alimentation, cet accord est inadmissible. Le Mercosur va suivre. Au Brésil, il y a 150 matières actives autorisées alors que les agriculteurs français baissent leur dose et le nombre des matières actives utilisées. Bien sûr, rares sont les médias qui ont repris cette réalité. Les agriculteurs produisent proprement en France, alors mettez des produits français dans vos assiettes ! »
Jean-Pierre Barbier, seul élu départemental présent, a surfé sur les sujets lancés par Sébastien Poncet. « La France est la première agriculture durable au monde devant le Canada et la Pays Bas, rappelle-t-il. L'incohérence des discours politiques a de quoi vous rendre furieux. De son côté, le Département a toujours eu le même discours. Nous sommes à vos côtés pour vous soutenir et pour vous aider à évoluer. La solution passe par le local et par la qualité, car je suis attaché à l'indépendance alimentaire de notre pays ».
Jean-Claude Darlet, président de la chambre d'agriculture, a félicité les organisateurs de la finale « malgré un moral dans les chaussettes ». Pour lui, l'avenir va passer « par un travail sur l'attractivité du métier car il y a de nombreux besoins en main-d'oeuvre, et sur la formation afin d'adapter l'agriculture aux changements climatiques ou sociétaux, mais aussi un travail sur la transmission et la reprise et donc sur le foncier. » Enfin, une dimension lui tient à cœur : l'économie. « Sans perspectives économiques, il n'y aura pas d'agriculture. Le nerf de la guerre est là. Il y a certainement besoin de se recentrer sur le territoire, avec des marques et la conquête de nouveaux marchés dans la restauration hors domicile (RHD). »