Conversion au bio : une vraie aventure
Installé en bio à Brangues, Patrick Vacher est à la tête de la ferme du Clos doré, une exploitation en polyculture-élevage d'une centaine d'hectares. Longtemps, ce colosse aux allures de viking a travaillé en conventionnel, comme son père avant lui. Jusqu'au jour où a éclaté la crise de la vache folle. « Ma réflexion sur la conversion au bio a démarré à ce moment-là, car j'étais dans un système intégré au plus haut point, très dépendant, dans lequel je n'avais guère de choix ni technique, ni commercial », se souvient l'agriculteur. La prise de conscience est assez brutale. Lui qui avait appris au lycée agricole que « boire un verre de Round-Up était moins nocif que du sel de cuisine », se retrouve soudain en pleine interrogation. Par curiosité, il suit un stage de sensibilisation organisé par l'Adabio et visite plusieurs exploitations tournant bien dans la Drôme. Ces expériences déclenchent une profonde remise en cause. « J'ai eu l'impression d'être arrivé au bout d'un système, explique Patrick. Passer au bio, c'était se réapproprier le métier, retrouver un pouvoir de décision sur mon exploitation. »
Une vraie aventure
En 2002, l'agriculteur franchit le pas. « J'ai vécu ça comme une vraie aventure... Ça remet pas mal de choses en question, notamment sur le plan technique et au niveau des débouchés. Tout cela ne se fait pas en cinq minutes », prévient-il. Il faut en effet tout repenser et se débarrasser de confortables automatismes. Pas facile quand on a travaillé pendant des années avec une coopérative qui vous disait ce qu'il fallait faire... Au début, tout à son enthousiasme pour le bio, Patrick voulait tout faire : de l'épeautre (« Il y a un sacré marché ! »), du sarrasin, du blé kamut... Mais c'était « trop compliqué », la terre étant trop riche, notamment pour l'épeautre et le sarrasin. Après mûres réflexions, l'agriculture décide de « tout simplifier » et de s'équiper d'une bineuse, d'une herse-étrille et d'un déchaumeur. Il divise ses surfaces entre prairies permanentes (20 ha pour ses bêtes) et grandes cultures (80 ha répartis entre trois cultures de printemps et une culture d'hiver). Vu le contexte pédoclimatique, Patrick opte pour le classique maïs-soja-blé, complété d'un peu de tournesol. La rotation et le mode de gestion font rapidement leurs preuves : les rendements sont là et les envahisseurs maîtrisés. « Le liseron, qui est un gros problème en conventionnel, n'en est plus un en bio, car je bine mes cultures et j'effectue des rotations », indique Patrick Vacher qui reconnaît cependant ne pas maîtriser aussi facilement les graminées estivales.
Solutions adaptées
L'agriculteur ne s'en retrouve pas moins confronté à des problèmes pratiques. Il faut trouver des semences bio - « ce n'est pas toujours facile » -, combler les déficits en azote, trouver les bons équilibres... « Ce qui est intéressant, quand on passe en bio, c'est d'essayer des systèmes adaptés à son environnement et de trouver des solutions appropriées, indique l'agriculteur. Moi par exemple, je me sers du fumier de mes bêtes, mais ça ne suffit pas. J'achète des fumiers de volaille en direct, je les composte quelques mois pour les mouiller un peu et les épands sur les blés en février et avant la bourre sur le maïs. » Et s'il a tenté quelques engrais verts, Patrick Vacher ne s'en dit « pas trop partisan » : ses essais sur la luzerne n'ont été guère concluants et ceux sur la moutarde carrément « désastreux ». En revanche, l'avoine a eu un effet structurant intéressant.
La réflexion touche également l'écoulement de la production. « Au début, comme ma marchandise n'intéressait pas les circuits locaux, j'ai dû rechercher de nouveaux débouchés. C'est comme ça que je me suis mis à transformer mon blé au moulin de Saint-Victor-de-Cessieu et que j'ai investi dans une meule pour faire de la farine complète que je vends à des boulangers, des commerçants ou des particuliers. » Même démarche pour la viande : la commercialisation de ses croisées Angus se fait pour partie en vente directe et pour partie via Dauphidrom, avec une plus-value de 60 centimes environ par rapport au conventionnel. Et un bémol : « En vente directe, il y a de la logistique. Il faut pouvoir livrer, mais aussi se faire payer. La plupart du temps, ça se passe bien, mais en bio comme ailleurs, il y a des magasins qui déposent le bilan... »
Treize ans après sa conversion au bio, Patrick Vacher ne regrette rien. Au contraire. Il apprécie d'avoir repris la main sur son exploitation, tout autant que sur sa vie. En 2010, il a d'ailleurs proposé à un de ses jeunes stagiaires qui voulait s'installer en maraîchage de lui mettre à disposition quelques hectares. Ce qui permet de mutualiser le magasin de vente installé sur la ferme, ainsi que le camion de livraison et divers matériels. Mais pour en arriver là, il a fallu tenir. Et notamment affronter le regard des autres. « Il y a une pression réelle, reconnaît Patrick. Ça a mis du temps avant d'être accepté. Maintenant, ça change. L'an dernier, j'ai eu des rendements supérieurs à ceux de l'entrepreneur qui vient chez moi : ça le questionne. »
Marianne Boilève
Passer au bio, une idée à cultiver ?
Pour la Quinzaine de la bio, du 5 au 18 octobre, les producteurs bio ouvrent les portes de leur exploitation aux agriculteurs, aux porteurs de projets et aux publics en formation agricole. C'est l'occasion de visiter des fermes, d'aborder la question des débouchés, des filières, des techniques de production et d'assister à des démonstrations de matériel, mais aussi de connaître les derniers résultats d'expérimentation. En Isère, six fermes participent à l'opération.Vendredi 9 octobre - Diversifier sa commercialisation par un approvisionnement structuré en restauration d'entreprise (organisation et planification des cultures, travail du sol avec l'outil Actisol, intervention de Manger bio Isère… Zoom sur les engrais verts en maraîchage). De 14 h à 17 h au Gaec Pierre et Nathalie Jamet - 460 chemin du Meney à Noyarey. Contact : 04 76 31 61 56 ou 06 21 69 09 97Lundi 12 octobre - Maraîchage bio : des machines vivantes pour une agronomie en mouvements (planches permanentes, adaptation des outils, démonstration de nouvelles machinesDe 14 h à 17 h chez Jean Nivet - EARL Derrière la haie - 946, route de la Guillotière à Jarcieu. Contact : 07 85 41 99 02Mardi 13 octobre - Convertir une exploitation céréalière en AB et valoriser ses produits en filière longue (approche technico-économique dans une ferme qui vient de se convertir au bio, point sur les aides bio de la nouvelle Pac, prix de vente, atelier bovin viande…)
De 9 h 30 à 12 h 30 à l'EARL GM Ovareale- Guillaume Jordan - 178, rue de la Grande Terre à Vénérieux. Contact : 06 21 69 09 71Mercredi 14 octobre - Mener un troupeau allaitant bio et valoriser ses produits en restauration collective (points clés de la conversion au bio, rationnement à l'engraissement, pâturage tournant dynamique, autonomie alimentaire, perspective de développement de la filière bovine bio en restauration collective par l'abattoir de la Mure, Sicaba et Manger Bio Isère…)
De 9 h 30 à 12 h 30 à l'EARL des Hormins - Francis Surnon - Ferme de Chalonne à Charette. Contact : 06 26 54 37 85Jeudi 15 octobre - Conversion bio en élevage laitier : quelles conséquences technico-économiques pour la ferme ? (l'autonomie, clé du système, choix de l'assolement, système fourrager, séchage en grange, transformation partielle à la ferme et vente à Biolait…)
De 10 h 30 à 12 h 30 au GAEC des Vorsys - Christian Ville et Thomas Jaouen - Les Vorsys à Saint-Martin-de-Clelles. Contact : 06 26 54 37 85Vendredi 16 octobre - Gestion du varroa et sélection en apiculture bio (présentation de la filière apiculture bio, échanges avec des techiciens de l'Adara et de l'ITSAP, visite de la ferme et de ses installations…)
De 9 h 30 à 17 h. RDV à la salle de la mairie de Revel-Tourdan puis visite du GAEC les Ruchers de Mareys à Moissieu-sur-Dolon. Contact : 06 98 42 36 80